Match littéraire : Cameroun vs Côte d’Ivoire
Werewere Liking vs Véronique Tadjo
Thème : Mythes, femmes et réconciliation
Round 1 : Récits fondateurs et blessures collectives
- Liking, écrivaine, dramaturge et prêtresse de la parole, compose une œuvre rituelle et transgressive. Dans La mémoire amputée ou Elle sera de jaspe et de corail, elle invente des formes hybrides — roman-chant, roman-rite — pour dire les blessures coloniales, patriarcales, et les chemins de réconciliation. Le mythe devient outil de guérison.
- Tadjo, poétesse, romancière et plasticienne, inscrit son œuvre dans une quête de mémoire partagée. Dans Reine Pokou ou En compagnie des hommes, elle revisite les mythes africains et les tragédies contemporaines (comme Ebola) pour interroger la responsabilité collective. Le mythe devient miroir du présent.
Round 2 : Langue et rituel
- Liking écrit dans une langue incantatoire, polyphonique, traversée par les rythmes oraux, les chants, les cris. Elle invente une syntaxe du sacré, une grammaire de la transe. Sa langue est un corps en mouvement, un théâtre de la mémoire.
- Tadjo manie une langue limpide, poétique, grave. Elle écrit avec sobriété, mais chaque mot est chargé de symboles, de silences, de résonances. Sa langue est un fil tendu entre le conte et le témoignage, entre l’intime et l’universel.
Round 3 : Féminin et réconciliation
- Liking politise le féminin en le rituant. Elle fait du corps féminin un espace de mémoire, de résistance, de renaissance. Ses héroïnes sont des passeuses, des guérisseuses, des prophétesses. La réconciliation passe par la réinvention du féminin sacré.
- Tadjo universalise le féminin en le poétisant. Elle donne voix aux mères, aux reines, aux survivantes. Elle interroge la transmission, la responsabilité, la mémoire. La réconciliation passe par l’écoute, la compassion, la mise en récit.
Round final : Qui gagne ?
Ce match est une cérémonie.
- Liking nous offre un théâtre-rite, une parole transgressive, une mythologie réparatrice.
- Tadjo nous donne une poésie de la mémoire, une sagesse douce, une éthique du récit.
Deux écritures du mythe, deux figures du féminin, deux chemins vers la réconciliation. Ensemble, elles dessinent une cartographie des blessures et des guérisons africaines — entre cri et silence, entre rite et récit.



