Introduction
Dans l’histoire de la poésie, certaines voix surgissent comme des éclats de lumière capables de traverser les frontières, les langues et les époques. De Sappho à Pablo Neruda, de Mahmoud Darwich à Anna Akhmatova, la poésie a toujours été ce fil subtil qui relie l’intime à l’universel, le quotidien à l’éternité.
C’est dans cette lignée que s’inscrit Khulood Almuala, poétesse émiratie dont l’œuvre, à la fois enracinée dans la tradition arabe et ouverte aux horizons du monde, prolonge ce dialogue millénaire entre l’âme et le verbe.
Ses textes, écrits en vers libres, rappellent la quête de liberté formelle des poètes modernistes arabes tels qu’Adonis ou Badr Shakir al-Sayyab, tout en portant une intensité émotionnelle qui évoque les grandes voix féminines de la poésie mondiale, de Sylvia Plath à Forough Farrokhzad.
Son recueil Sans ailes s’inscrit dans cette tradition de révélation du quotidien : une tasse de café, une rue, un geste simple deviennent matière poétique, à la manière de Charles Baudelaire qui transformait la modernité urbaine en poésie, ou de Fernando Pessoa qui voyait dans les détails les plus modestes une porte vers l’infini. Chez Khulood, l’ordinaire se transfigure en symbole, et l’oublié devient visible.
Récompensée en 2008 par le Prix Baland Al-Haydari des jeunes poètes au Maroc, elle rejoint ainsi la longue lignée des poètes arabes dont la voix résonne au-delà des frontières, rappelant que la poésie est un pont entre les cultures.
Son engagement international, notamment au Costa Rica où elle fut élue membre honoraire de la Maison de la Poésie, témoigne de cette vocation universelle : comme Octavio Paz, elle croit que le poème est un acte de communication qui dépasse les barrières et construit l’humain face aux laideurs du monde.
Traduites en plusieurs langues européennes et en espagnol, ses œuvres participent à ce vaste mouvement de circulation des voix poétiques, où l’écho de Khulood Almuala rejoint celui des grandes figures qui ont su faire vibrer le monde par la force du verbe. À travers elle, la poésie arabe contemporaine affirme sa place dans le concert des littératures mondiales, en portant un message de beauté, de paix et de dialogue interculturel.
Cet entretien est donc une invitation à entrer dans l’univers de Khulood Almuala : une poétesse qui, comme l’écrivait Paul Éluard, « donne à voir » ce que l’œil ordinaire ne perçoit pas, et qui, par ses ailes invisibles, nous conduit vers les jardins de la communication et de l’amour.
Interview avec… Khulood Almuala
1. Comment allez-vous et comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs ?
Je suis la poétesse qui écrit son poème pour l’être humain, où qu’il soit… et la poésie est mon aile.
Quant à me définir, j’aime répondre par un extrait d’un de mes poèmes où je dis :
« Je suis une poétesse qui prolonge le silence
et ne maîtrise pas les mots.
Quand je parle avec mon cœur,
les poèmes jaillissent de ma bouche,
corps embrasés de désir. »
2. Comment décririez-vous le parcours entre votre enfance et votre réussite professionnelle ?
La poésie a été ma compagne dès l’enfance. Mon grand-père fut ma première porte d’entrée vers le poème, lui-même écrivait de la poésie. Ma mère également, connue localement, a publié deux recueils : le premier parut alors que j’étais encore à l’école, et le second, c’est moi qui ai édité ses poèmes et publié son livre il y a quelques années. J’ai grandi entourée de poésie. Ma première tentative d’écriture remonte à la sixième année de l’école : un poème romantique, écrit en arabe classique et en dialecte, à l’image de ma mère.
Ma passion pour la poésie m’a accompagnée jusqu’à la publication de mon premier recueil, durant mes études universitaires, paru en 1997 au Caire. J’ai été surprise par l’écho qu’il a rencontré dans les milieux culturels du Caire et des Émirats, ce qui m’a encouragée à poursuivre. Il est à noter que mon domaine scientifique et professionnel était éloigné de la poésie et de la vie culturelle, mais le poème m’a toujours ramenée vers le monde que j’aime, il était mon aile pour voler vers ses cieux.
3. Votre recueil Sans ailes explore les profondeurs du cœur et de la vie quotidienne. Qu’est-ce qui vous a inspirée à transformer des objets simples – comme une tasse de café ou une rue – en matière poétique ?
C’est ce qui distingue le regard du créateur. Le poète, l’écrivain ou l’artiste pénètre dans les détails des choses, il ne les traverse pas comme tout le monde. Il interagit, contemple, invente, entre dans la profondeur de la scène pour l’exprimer par un poème ou une peinture. Parfois, il garde l’image en mémoire et la restitue plus tard sous une autre forme, l’intégrant au poème pour exprimer un état, un sentiment ou une idée. Par l’imagination et la contemplation du poète, même les détails simples ou négligés deviennent des significations profondes qui marquent l’être humain. L’ordinaire devient remarquable, l’oublié devient visible.
4. Vos poèmes sont écrits en vers libres, empreints d’angoisse, de tristesse, mais aussi d’amour et de rêves flamboyants. Comment parvenez-vous à équilibrer ces émotions contrastées dans votre écriture ?
La vie est pleine de contradictions, et nous luttons sans cesse au milieu de ces contradictions pour avancer. Pour qu’un poème soit sincère et authentique, il doit refléter ce que nous vivons et ce que la vie nous offre, qu’il soit doux ou amer, triste ou joyeux, lumineux ou sombre. Le poème est la voix de la vie et le reflet de ses multiples visages.
5. Vous avez remporté en 2008 le Prix Baland Al-Haydari des jeunes poètes au Maroc. Comment cette reconnaissance a-t-elle façonné votre parcours littéraire et votre relation à la poésie ?
Ce qui est beau, c’est que j’ai été nominée sans avoir postulé. Ce fut une heureuse surprise, car je n’ai appris ma nomination qu’après l’annonce officielle. Cela donne une valeur et un sens plus profonds à la récompense lorsqu’elle vient par nomination. Ma grande joie fut aussi que ce prix venait du Maghreb, riche de sa culture authentique, de ses créateurs et de ses poètes. Le prix m’a offert une présence importante dans le Maghreb à cette époque.
6. En 2020, vous avez été élue membre honoraire de la Maison de la Poésie au Costa Rica et avez rejoint son comité consultatif. Comment cette expérience internationale a-t-elle enrichi votre vision de la poésie et du dialogue interculturel ?
Le Costa Rica est l’une des étapes les plus marquantes de ma vie culturelle et humaine. Ma présence là-bas en tant que poétesse fut éclatante et déterminante. Le festival de poésie auquel j’ai participé plusieurs fois est, malgré son budget limité, l’un des plus importants festivals culturels. Son directeur et fondateur, le poète Alberto Salini, est l’un des organisateurs les plus passionnés que j’ai rencontrés, convaincu de la valeur de la poésie et de sa capacité à construire l’être humain et à affronter la laideur du monde.
Ce festival se distingue par le fait que les poètes lisent dans de nombreuses villes, sur des scènes variées : places, écoles, universités, associations, institutions culturelles. Chaque édition publie un livre traduit en espagnol pour chaque poète invité. Trois recueils de mes poèmes ont ainsi été publiés en espagnol, laissant une empreinte dont je suis fière, consolidant ma relation avec la scène culturelle et affirmant ma présence non seulement au Costa Rica mais aussi dans plusieurs pays d’Amérique latine.
7. Dans Sans ailes, vous semblez chercher à rendre poétique ce qui paraît ordinaire et banal. Croyez-vous que la poésie ait pour mission de révéler la beauté cachée du quotidien ?
Parler de poésie ressemble à parler d’amour. Tous deux sont nécessaires à l’équilibre de la vie et à la pureté de l’univers. Ils sont une simplicité difficile. Leur existence ne se réalise qu’à travers un équilibre sensible, guidé par la liberté et façonné par la beauté. Poésie et amour se réalisent avec peu de mots et beaucoup de sentiments. Ce sont les deux faces d’une même médaille, par lesquelles nous diffusons le bien et la paix.
8. Vos textes ont été traduits en plusieurs langues européennes, montrant une résonance universelle. Comment percevez-vous la réception de votre poésie au-delà du monde arabe ?
Mon expérience avec la traduction a commencé lorsque certains de mes poèmes furent traduits pour des festivals culturels en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Italie, ce qui a contribué à leur diffusion dans d’autres langues. Certains traducteurs ont ensuite pris contact avec moi pour traduire mes poèmes. J’ai eu la chance, il y a quelques années, d’être incluse dans une initiative de traduction de la littérature émiratie, soutenue par l’Autorité du Livre de Sharjah.
Mes participations à de nombreux festivals internationaux ont commencé tôt, dès mon deuxième recueil, ce qui a permis à mes poèmes de s’envoler dans d’autres langues et de communiquer avec l’autre. Les réactions du public étranger, à l’Est comme à l’Ouest, après avoir entendu mes poèmes, m’ont souvent réjouie. Cela m’a convaincue que ma voix atteint le cœur de l’autre, où qu’il soit, et que j’écris pour l’être humain, sans frontières ni barrières.
9. Enfin, si vous deviez résumer l’essence de Sans ailes en une phrase, quel message aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent après avoir refermé le livre ?
C’est une demande difficile à réaliser en une seule phrase. Parler de mes poèmes me déstabilise souvent, non pas parce qu’ils me sont étrangers, mais parce qu’ils sont une partie de moi. En parler revient à parler de moi. À travers eux, je me révèle et je me cache, ce qui me trouble. J’ai pris l’habitude de laisser le poème me précéder et de me tenir derrière lui. C’est par lui que le monde me connaît.
Le poème détient les rênes de la parole, il parle au monde avec peu de mots et beaucoup d’amour, il me représente et me relie au lecteur par un fil subtil que je m’efforce de maintenir vivant et vibrant. Je sais qu’il peut franchir les barrières qui défigurent le monde et nous éloignent des jardins de la communication et de l’amour. Je sais aussi que ses ailes peuvent me porter vers tous les cœurs emplis de tolérance et de bonté. Mon poème est ce voyageur obstiné vers l’homme et l’humanité.
Interview With……..Khulood Almuala
1. How are you, and how would you introduce yourself to our readers?
I am the poet who writes her poem for humanity wherever it may be… and poetry is my wing.
As for defining myself, I like to answer with a passage from one of my poems where I say:
“I am a poet who prolongs silence
and does not master speech.
When I speak with my heart,
poems flow from my mouth,
bodies ignited with desire.”
2. How would you describe the journey between childhood and your professional success?
Poetry was my companion in childhood. My grandfather was my first gateway to the poem, as he wrote poetry himself. My mother too, a locally known name, published two collections: the first while I was still in school, and the second, I edited and published myself years later. I grew up surrounded by poetry.
My first attempt at writing came in sixth grade: a romantic poem written in both classical Arabic and dialect, imitating my mother. My passion for poetry continued until I published my first collection during my university studies, released in Cairo in 1997. I was surprised by the resonance it found in Cairo and the UAE, which motivated me to continue publishing.
It is worth noting that my academic specialization and professional field were far from poetry and cultural life, but the poem always carried me back to the world I love. It was my wing that lifted me into its skies.
3. Your collection Sans ailes explores the depths of the heart and everyday life. What inspired you to transform simple objects—like a cup of coffee or a street—into poetic material?
This is what distinguishes the creator’s gaze. The poet, writer, or artist penetrates the details of things; they do not pass by them casually. They interact, contemplate, invent, and enter the depth of the scene to express it in a poem or a painting. Sometimes they store it in memory, and later memory returns it in another form, which they employ in the poem to express a state, a feeling, or an idea.
Through the poet’s imagination and contemplation of life’s details, even the simplest or most neglected elements become profound meanings that affect human beings. The ordinary becomes remarkable, the overlooked becomes visible.
4. Your poems are written in free verse tinged with anxiety, sadness, but also love and blazing dreams. How do you manage to balance these contrasting emotions in your writing?
Life is full of contradictions, and we struggle constantly within them to move forward. For a poem to be sincere and authentic, it must reflect what we live and what life offers us—whether sweet or bitter, sad or joyful, light or darkness. The poem is the voice of life and the reflection of its many faces.
5. You won the Baland Al-Haydari Prize for Young Poets in Morocco in 2008. How did this recognition shape your literary journey and your relationship with poetry?
The beautiful thing is that I was nominated without applying. It was a joyful surprise, as I only learned of my nomination after the announcement. This gives the award greater value and deeper meaning when it comes through nomination. My great happiness was also that the prize came from the Maghreb, rich in its authentic culture, creators, and poets. The award gave me an important presence in the Maghreb at that time.
6. In 2020, you were elected Honorary Member of the House of Poetry in Costa Rica and joined its advisory committee. How has this international experience enriched your vision of poetry and intercultural dialogue?
Costa Rica is one of the most significant stations in my cultural and human life. My presence there as a poet was dazzling and transformative. The poetry festival I participated in several times, despite its limited budget, was among the most important cultural festivals. Its director and founder, poet Alberto Salini, was one of the most dedicated organizers I have met, deeply believing in the value of poetry and its ability to build humanity and confront the ugliness of the world.
What distinguishes this festival is that poets read in many cities, on diverse platforms: squares, schools, universities, associations, and cultural institutions. Each edition publishes a book translated into Spanish for every participating poet. Three of my collections were published in Spanish through this festival, leaving an imprint I cherish, strengthening my ties with the cultural scene and affirming my presence not only in Costa Rica but also across several Latin American countries.
7. In Sans ailes, you seem to seek to make poetic what appears ordinary and banal. Do you believe poetry has the mission of revealing the hidden beauty of everyday life?
Speaking about poetry is like speaking about love. Both are necessary for the balance of life and the purity of the universe. They are the “simple yet difficult.” Their existence can only be realized through a sensitive balance, guided by freedom and shaped by beauty. Poetry and love are achieved with fewer words and more feelings. They are two sides of the same coin, through which we spread goodness and peace.
8. Your texts have been translated into several European languages, showing a universal resonance. How do you perceive the reception of your poetry beyond the Arab world?
My experience with translation began when some of my poems were translated for cultural festivals in Germany, Britain, and Italy, which contributed to their spread in other languages. Later, translators reached out to me to translate more of my work. I was fortunate to be included in an initiative to translate Emirati literature, supported by the Sharjah Book Authority.
My participation in many international festivals began early, from my second collection, which allowed my poems to soar in other languages and connect with others. The reactions of foreign audiences, in both East and West, after hearing my poems, often delighted me. This convinced me that my voice reaches the heart of the other wherever they are, and that I write for humanity without borders or barriers.
9. Finally, if you had to summarize the essence of Sans ailes in one sentence, what message would you like your readers to retain after closing the book?
This is a difficult request to fulfill in a single sentence. Speaking about my poems often unsettles me—not because they are foreign to me, but because they are part of me. Talking about them means talking about myself. Through them, I reveal and conceal myself, which unsettles me. I have grown accustomed to letting the poem precede me while I remain behind it. It is through the poem that the world knows me.
The poem holds the reins of speech; it speaks to the world with few words and much love. It represents me and connects me to the reader with a delicate thread that I strive to keep alive and vibrant. I know it can cross the barriers that distort the world and distance us from the gardens of communication and love. I also know its wings can carry me to all hearts filled with tolerance and goodness. My poem is that insistent traveler toward humanity and humankind.
Interview With Khulood Almuala
1. How are you, and how would you introduce yourself to our readers?
أنا الشاعرة التي تكتب قصيدتها للإنسان أينما كان ..والشعر جناحها..
أما عن التعريف عن نفسي أحب أن أجيب عليه بمقطع من قصيدة لي أقول فيه:
” أنا شاعرةٌ تطيلُ الصمتَ
ولا
تجيدُ الكلام
حين أتحدَّثُ بقلبي
تتدفَّقُ القصائدُ من فمي أجسادا تتـَّقدُ رغبتُها”
2. How would you describe the journey between childhood and your professional success?
الشعر كان رفيقي في الطفولة، جدي كان بوابتي الأولى للقصيدة، وكان يكتب الشعر ، ووالدتي كذلك وهي اسم معروف على النطاق المحلي وأصدرت كتابين للشعر الاول صدر خلال دراستي المدرسية والثاني كنت أنا من حررت قصائدها ونشر كتابها منذ سنوات. وعيت وكبرت والقصيدة تحلق حولي وأول محاولة لكتابة القصيدة كنت في السنة السادسة في المدرسة وكانت قصيدة رومانسية كتبتها باللغة العربية الفصحى والدارجة تشبها بوالدتي . ولعي بالشعر استمر معي إلى أن نشرت ديواني الأول خلال دراستي الجامعية وصدر عام 1997 في القاهرة وفاجأني صدى الكتاب في الوسط الثقافي في القاهرة والإمارات وكان الحافز الذي دفعني لمواصلة النشر. والجدير بالذكر أن تخصصي العلمي ومجال عملي كانا بعيدين عن الشِّعر والحياة الثقافية لكن القصيدة كانت دائما تأخذني إلى عالم الشّعر الذي أحب، وكانت جناحي الذي حلق به إلى سماواته .
3. Your collection Sans ailes (the French title) explores the depths of the heart and everyday life. What inspired you to transform simple objects—like a cup of coffee or a street—into poetic material?
هذا ما يميز نظرة المبدع عن غيره، فالشاعر أو الكاتب أو الفنان يدخل في تفاصيل الأشياء ولا تمر عليه مرورها العادي ، يتفاعل ويتأمل ويبتكر ويدخل في عمق المشهد ليعبر عنه بقصيدة أو لوحة وأحيانا يحفظه في ذاكرته ثم تعيده له الذاكرة بصورة أو بأخرى يوظفها في القصيدة تعبيرا عن حال، شعور أو فكرة . من خيال الشاعر وتأمله في تفاصيل الحياة يحول حتى التفاصيل البسيطة أو المهلة إلى معاني عميقة لها أثرها في الإنسان، فيصير العادي لافتا، والمهمل مرئيا.
4. Your poems are written in free verse tinged with anxiety, sadness, but also love and blazing dreams. How do you manage to balance these contrasting emotions in your writing?
هي الحياة مليئة بالتناقضات، ونحن بين تناقضاتها في كفاح مستمر للوصول . ولكي تكون قصيدة صادقة وحقيقية لا بد أن تعكس ما نعيشه وتقدمه الحياة لنا حلوا كان أو مرا، حزينا أو مبهجا، ضوءا أو عتمة . القصيدة صوت الحياة وانعكاس لمختلف وجوهها.
5. You won the Baland Al-Haydari Prize for Young Poets in Morocco in 2008. How did this recognition shape your literary journey and your relationship with poetry?
الجميل أني رشحت للجائزة و لم أتقدم لها وكانت مفاجأة سعيدة وهذا ما أفرحني بها جدا لأني لم أعلم بأني ضمن المرشحين إلا بعد الإعلان عنها. وهذا ما يعطي قيمة عالية ومعنى أعمق حين يكون نيل الجائزة بترشيح. وسعادتي الكبيرة أن الجائزة من المغرب العربي الغني بثقافته الأصيلة و بمبدعيه وشعرائه وما حققته لي الجائزة من حضور مهم في المغرب العربي في تلك الفترة.
6. In 2020, you were elected Honorary Member of the House of Poetry in Costa Rica and joined its advisory committee. How has this international experience enriched your vision of poetry and intercultural dialogue?
كوستاريكا من أهم المحطات في حياتي ثقافيا وإنسانيا . حضوري فيها كشاعرة كان مبهرا وفارقا ، فمهرجان الشعر الذي شاركت فيه أكثر من مرة كان بالنسبة لي من أهم المهرجانات الثقافية رغم ميزانيته المحدودة وكان مديره ومؤسسه الشاعر ألبيرتو ساليني… من أكثر مدراء المهرجانات الذين عرفت اهتماما بالشعر والشعراء إيمانا منه بقيمة الشعر وقدرته على بناء الإنسان ومواجهة القبيح في هذا العالم واستطاع أن يحقق ذلك بوضوح من خلال نجاحات المهرجان في جميع دوراته والتي شاركت في عدد منها. وما يميز هذا المهرجان أن الشعراء المشاركين يقرؤون في مدن كثيرة وعلى منصات مختلفة في الميادين والمدارس والجامعات والجمعيات والمؤسسات الثقافية ، يصدر المهرجان كتابا مترجما للإسبانية لكل شاعرا مشارك. وقد صدر لي بالإسبانية ضمن مشاركاتي في المهرجان ثلاثة كتب لقصائد مختارة تركت صداها الذي أعتز به ووثقت علاقتي بالساحة الثقافية ورسخت حضوري ليس في كوستاريكا فقط وإنما في عدد من دول أمريكا اللاتينية.
7. In Sans ailes, you seem to seek to make poetic what appears ordinary and banal. Do you believe poetry has the mission of revealing the hidden beauty of everyday life?
التحدث عن الشعر يشبه التحدث عن المحبة. كلاهما ضرورة لاستقامة الحياة ونقاء الكون. هما السهل الممتنع . كلاهما لا يتحقق وجودهما إلا بميزان حساس يعمل بشروط وضوابط تقودهما الحرية ويصيغهما الجمال. الشعر والمحبة يتحققان بكلام أقل ومشاعر أكثر. هما وجهان لعملة واحدة ننشر بها الخير والسلام.
8. Your texts have been translated into several European languages, showing a universal resonance. How do you perceive the reception of your poetry beyond the Arab world?
بدأت تجربتي مع الترجمة حين كانت بعض قصائدي تترجم للمشاركة في عدة مهرجانات ثقافية في ألمانيا، وبريطانيا وإيطاليا مما ساهم في انتشار قصيدتي بلغات أخرى ومنها بدأ بعض المترجمين التواصل معي لترجمة قصائدي. ثم منذ سنوات كنت محظوظة أني كنت ممن ترجم لهم مختارات بلغات مختلفة ضمن مبادرة ترجمة الأدب الإماراتي والتي ترعاها هيئة الشارقة للكتاب.
إن مشاركاتي في الكثير من المحافل والمهرجانات الدولية بدأت معي مبكرا ومنذ ثاني إصدار لي الأمر الذي فتح لقصيدتي التحليق بلغات أخرى والتواصل مع الآخر من خلالها. وكثيرا ما أبهجتني ردود أفعال الحضور الأجنبي في شرق العالم وغربه بعد سماع قصيدتي. هذا جعلني أتيقن أن صوتي يصل لقلب الآخر أينما كان، وأني أكتب للإنسان في أي مكان دون حدود ولا فواصل.
9. Finally, if you had to summarize the essence of Sans ailes in one sentence, what message would you like your readers to retain after closing the book?
هذا طلب صعب تحقيقه في جملة واحدة. الحديث عن قصائدي في الحقيقة غالبا ما يربكني. ليس لشيء إلا لأنها جزء مني ، والحديث عنها يعني الحديث عني ، بها أكشف وأنكشف وهذا ما يربكني. تعودت أن تتقدمني القصيدة وأتوراى خلفها. من خلالها يعرفني العالم . هي من عندها زمام الحديث، تحكي للعالم بكلام قليل وحب كثير ما يدل علي فتربطني بالمتلقي بخيط شفيف الذي أسعى جاهدة أن يظل ممتدا ونابضا بيني وبين من تصله قصيدتي . أعرف أنها قادرة على اختراق الحواجز التي تشوه العالم وتبعدنا عن بساتين التواصل والمحبة، وأعلم أن أجنحتها قادرة على السفر بي إلى كل القلوب العامرة بالتسامح والخير . قصيدتي هي ذلك المسافر بإصرار إلى الإنسان والإنسانية.
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