Introduction
À 73 ans, Thierry Robinet incarne l’image du voyageur infatigable, curieux et passionné. Depuis ses premiers pas sur la « route des Indes » dans les années 1970, il n’a cessé de parcourir le monde, de l’Orient aux confins de l’Indonésie, en passant par l’Himalaya, la Birmanie ou encore l’Afrique sahélienne.
Pionnier du voyage d’aventure, il a accompagné des circuits hors normes, collaboré avec des tour-opérateurs visionnaires et participé à de nombreux documentaires télévisés.
Son parcours personnel et professionnel, marqué par la découverte des cultures asiatiques et par une vie partagée entre la France et Bali, nourrit une œuvre littéraire singulière : récits de voyages, manuscrits, articles et projets en cours. L’écriture, pour lui, est une manière de prolonger l’aventure, de transmettre une mémoire vivante et de partager une quête spirituelle qui traverse ses expériences.

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Interview de Thierry Robinet
Parcours personnel
Question : Bonjour et Merci pour cet échange. Comment vous présenteriez-vous ?
Réponse : Je suis un voyageur né. Depuis ma prime jeunesse, je n’ai eu de cesse d’aller voir ce qui se passait ailleurs, parcourir les montagnes, les plaines, les déserts, attiré surtout par le continent asiatique.
Question : Pouvez-vous nous raconter votre parcours, depuis vos études en tourisme (BAC G2, CFTH École tourisme) jusqu’à votre expérience professionnelle en Indonésie avec la gestion d’une guest-house à Bali ?
Réponse : Après mon BAC, j’ai arrêté mes études et fait divers travaux pour gagner un peu d’argent (maçonnerie, fermier, barman…). Puis j’ai pris la route de l’Orient, entre 1969 et 1972, jusqu’à Istanbul, puis plus loin : Turquie, Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde, Népal. Ce voyage initiatique a donné lieu à un livre (Mémoires de routes – Le chemin initiatique).
De retour, j’ai suivi une formation en tourisme à Chambéry, suis sorti premier de ma promotion, puis j’ai travaillé dans des agences de voyages. Ma rencontre avec André Caillon m’a amené à Delta Voyages en Indonésie. De 1977 à 1982, j’ai accompagné et créé des circuits pionniers. Ensuite, j’ai collaboré avec Terres d’Aventure jusqu’en 1995.
J’ai exploré l’Inde, le Népal, la Birmanie, le Sri Lanka, le Laos, le Cambodge, le Pakistan, l’Algérie, le Maroc, le Niger, l’Égypte… En 1993, j’ai rencontré ma future épouse balinaise. Nous nous sommes mariés en 1995, avons eu un fils, et ouvert une maison d’hôte à Canggu, toujours active en 2025.
Question : Comment ce cheminement professionnel et personnel a nourri votre regard sur les cultures asiatiques et votre écriture ?
Réponse : Ces voyages m’ont appris à rencontrer l’autre avec curiosité et respect, à partager les coutumes locales, qu’elles soient musulmanes, hindouistes, chrétiennes, animistes ou bouddhistes. Cette ouverture se retrouve dans mon écriture et dans mon rôle de logisticien pour documentaires télévisés. L’écriture est devenue une suite naturelle de mes expériences.
Question : Aujourd’hui retraité, quel rôle joue l’écriture dans votre quotidien et votre rapport au monde ?
Réponse : L’écriture est pour moi un passe-temps essentiel, un exercice de mémoire et de transmission. Marié à une Balinaise, je suis devenu hindou et participe aux cérémonies religieuses locales. Je travaille actuellement sur un manuscrit consacré au Népal (prévu pour 2026) et je souhaite rééditer Le Chemin Initiatique. J’aimerais aussi écrire un scénario ou un roman.
Le sentier des immortels. Inde du Nord
Question : Qu’est-ce qui vous a conduit à explorer l’Inde du Nord et à en faire le sujet de ce livre ?
Réponse : Je suis arrivé en Inde du Nord en 1972, en stop et trajets locaux, sur la « route des Indes » des hippies. J’ai découvert le Rajasthan, l’Himalaya, les shamans, les renonçants, les plantations de thé, les camps de base de l’Everest. L’Inde du Nord est une étape majeure de ma vie.
Question : Le titre évoque une dimension spirituelle et intemporelle. Comment avez-vous articulé le récit entre voyage concret et quête intérieure ?
Réponse : Depuis mon jeune âge, j’ai été attiré par les religions asiatiques, notamment le bouddhisme tibétain et l’hindouisme. J’ai vécu des expériences dans les monastères, les temples et auprès des sadhus. Ma quête intérieure est au cœur de mes récits.
Question : Quels lieux, rencontres ou expériences vous semblent les plus marquants dans ce périple ?
Réponse : Le Ladakh et le Zanskar, le Rajasthan et ses palais, le pèlerinage d’Amarnath, le Sikkim, Calcutta. Les rencontres avec les saddhus, les princes du désert, les musiciens, les guérisseurs de l’Himalaya.
Question : Comment avez-vous travaillé la narration pour rendre compte de la diversité culturelle et religieuse de cette région ?
Réponse : Je m’appuie sur mes notes et surtout sur ma mémoire. Passionné de géographie, je déroule mes mots avec naturel, en insistant sur la diversité des coutumes et des religions.
Question : Quelle place occupe ce livre dans votre œuvre : est-ce un point de départ, une révélation, ou une étape dans une trajectoire plus vaste ?
Réponse : C’est une étape logique dans mes aventures asiatiques, complémentaire de mes récits sur l’Inde du Sud, la Birmanie ou l’Indonésie. L’Inde du Nord est une moitié du pays, une étape incontournable.
Les fils du soleil. Inde du Sud
Question : Après l’Inde du Nord, pourquoi avoir choisi de consacrer un ouvrage à l’Inde du Sud ?
Réponse : L’Inde du Sud est totalement différente : cuisine, rites, nature, temples, peuples aborigènes. C’est un prolongement naturel de mon exploration.
Question : Le titre suggère une relation intime avec la lumière et la chaleur. Comment cette métaphore se traduit-elle dans vos descriptions et vos rencontres ?
Réponse : Les saddhus, « fils du soleil », défient la lumière lors des festivals. La chaleur, les couleurs, la lumière des lagunes sont omniprésentes.
Question : Quels contrastes majeurs avez-vous observés entre le Nord et le Sud de l’Inde, et comment les avez-vous mis en récit ?
Réponse : Contrastes dans la nourriture (blé/poulet au nord, riz/poisson au sud), dans les temples (plus grandioses au sud), dans les langues (hindi/ourdou vs tamoul, malayalam, kannada, telougou), dans les peuples aborigènes (présents surtout au sud).
Question : Quelle importance accordez-vous aux traditions locales (arts, temples, cuisine, paysages) dans ce livre ?
Réponse : Elles sont centrales, car elles incarnent le cœur de la civilisation indienne.
Question : En quoi ce second ouvrage complète ou dialogue avec Le sentier des immortels ?
Réponse : Il met en lumière la diversité culturelle de l’Inde. L’Inde du Sud est un complément indispensable pour comprendre ce pays-continent.
Le chant des pagodes. Birmanie
Question : Qu’est-ce qui vous a attiré vers la Birmanie et ses pagodes ?
Réponse : La Birmanie était fermée dans les années 70. J’y ai découvert la pagode de Swedagon et surtout Pagan, site archéologique majeur, qui m’a profondément marqué.
Question : Comment avez-vous abordé la dimension spirituelle et architecturale dans ce récit ?
Réponse : J’ai parcouru Pagan à bicyclette, rencontré des moines et des populations, vécu des expériences spirituelles dans les temples souterrains ou devant des bouddhas lumineux.
Question : Quels échos ou différences avec vos expériences indiennes avez-vous relevés ?
Réponse : Les expériences sont multiples et parfois identiques : tribus Nagas côté birman, tribus Nishis et Apatanis côté indien.
Les îles de la Sonde. Indonésie
Question : Vous avez consacré plusieurs écrits à l’Indonésie. Qu’est-ce qui vous fascine dans cet archipel ?
Réponse : L’Indonésie est ma terre d’adoption. Plus de 17 000 îles, une diversité culturelle et naturelle immense, mais aussi des menaces écologiques. C’est un paradis pour la plongée, les volcans, les rencontres.
Question : Comment avez-vous choisi de raconter la diversité des peuples rencontrés (Hommes-fleurs, Papous, etc.) ?
Réponse : En vivant sur place, en partageant leur quotidien, en dormant dans leurs cases, en participant à leurs activités. J’insiste sur le respect mutuel.
Question : Quelle place occupe l’exploration des jungles et des territoires inexplorés dans votre démarche d’écrivain-voyageur ?
Réponse : Une place centrale. J’ai vécu des semaines dans des conditions extrêmes, ce qui nourrit mon écriture.
Question : En quoi ce livre se distingue de vos articles sur l’Indonésie, comme De Sabang à Merauke ?
Réponse : Les articles sont des synthèses, concentrés sur quelques pages, tandis que les livres développent sur des dizaines de pages. Les articles prolongent mes aventures mais avec un ton plus journalistique.
Articles et récits courts
Question : Vos articles évoquent des traversées de jungles et des rencontres avec des peuples authentiques. Quelle différence de ton ou de style adoptez-vous entre un article et un livre ?
Réponse : Le style d’un livre et celui d’un article sont forcément différents. Dans une interview ou un article, je dois concentrer mes idées, en faire une synthèse acceptable pour l’auditeur ou le lecteur. Un article se limite à 2 ou 3 pages, là où un manuscrit peut en dérouler 10 ou 15. Mes articles prolongent mes aventures mais avec un ton plus journalistique.
Question : Comment choisissez-vous les thèmes de vos articles : sont-ils des prolongements de vos livres ou des éclats autonomes ?
Réponse : Mes articles sont le prolongement de mes aventures terrestres. Je voyage, mes yeux sont mes messagers, ils captent les clichés que je retranscris sur le papier. Je suis parfois journaliste, écrivain voyageur, scénariste, mais je garde toujours cet aspect de ma personnalité : rester simple, regarder, écouter, sentir et comprendre.
Œuvre globale et vision
Question : Si vous deviez définir le fil conducteur de votre œuvre, quel serait-il ?
Réponse : Le fil conducteur de ma route, c’est l’Aventure, l’envie toujours renouvelée de parcourir notre planète et ses continents.
Question : Quelle place accordez-vous à la dimension spirituelle dans vos récits de voyage ?
Réponse : Une grande dimension spirituelle m’accompagne à chaque voyage. Je vibre intérieurement de la rencontre d’un prêtre chrétien en son église, d’un lama bouddhiste dans son monastère, d’un ascète dans son stupa, d’un imam dans sa mosquée.
Mes parents m’ont inculqué tôt les devoirs du chrétien. Ma famille balinaise m’inculque au quotidien le devoir des offrandes à offrir au panthéon des dieux de l’hindouisme. Le moine tibétain entretient la simplicité et la sagesse en mon esprit, l’imam bienveillant dans sa mosquée est toujours d’accord pour partager des idées sur le devenir de l’homme moderne.
Question : Comment vos expériences en Asie (Inde, Birmanie, Indonésie) ont-elles transformé votre regard sur l’Afrique ou l’Europe ?
Réponse : J’ai aussi beaucoup voyagé sur le continent africain, en Europe et dans les Amériques. J’aime l’Afrique des déserts en Algérie, Maroc, Tunisie, Égypte, Mauritanie, Niger. J’aime l’Afrique de l’Est et ses immenses réserves animalières ainsi que ses volcans.
J’aime la Namibie, le Lesotho, enclave royale au centre de l’Afrique du Sud. Je dois reconnaître que je suis moins européen aujourd’hui, après tant d’années passées en Asie du Sud-Est. Mais j’aime la France, je suis très français, j’y retourne de temps en temps et sa cuisine est toujours un must. Ma famille y réside et le ciment familial est très profond. On ne renie jamais ses racines.
Question : Quelle est votre conception du rôle de l’écrivain-voyageur aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation et du tourisme de masse ?
Réponse : Je n’ai aucune vraie idée de mon rôle d’écrivain voyageur aujourd’hui, à l’heure où on trouve tout ce que l’on cherche sur Google en deux minutes, ou où l’IA va très probablement remplacer l’écrivain plus tôt qu’on ne le pense. Par contre, pour le tourisme d’agences de voyages, oui mes livres sont intéressants car visuels au moment où le voyageur foule la terre indonésienne ou indienne.
Question : Quels conseils donneriez-vous à un jeune auteur qui souhaite écrire sur ses voyages sans tomber dans le simple carnet touristique ?
Réponse : Voyager d’abord, être curieux, ouvert aux idées, apprécier les aspects de la vie locale, se fondre dans le moule, et ensuite écrire. On peut écrire un article pour un magazine en un seul voyage. On ne peut pas écrire un livre sur un voyage de quelques jours. Il faut partir de chez soi, choisir ses envies de pays, et utiliser la route comme moyen de locomotion.
Question : Quels projets littéraires ou éditoriaux envisagez-vous encore, malgré votre statut de retraité ?
Réponse : J’ai déjà des titres pour un roman et un scénario de film. Je prépare un manuscrit sur le Népal, que je souhaite finir avant l’été 2026. Ce projet est une suite logique de mes aventures asiatiques.
Question : Un mot sur votre projet en écriture pour 2026: “le sherpa” au Népal.
Réponse : Le Népal a été mon moteur depuis les années 70 : la route des hippies, Goa, Katmandou. J’y ai fait des trekkings au long cours, les Tours des Annapurnas, le camp de base de l’Everest, découvert le Mustang interdit, séjourné dans des monastères. Ce livre sera la suite de mes aventures depuis la fin des années soixante.
Conclusion
Question : Quel message souhaitez-vous que vos lecteurs retiennent de l’ensemble de votre œuvre ?
Réponse : Je souhaite que le lecteur aime la façon dont je raconte mes aventures, qu’il ait envie de voyager, de découvrir des peuples extraordinaires aux quatre coins de notre planète. Voyager avec des yeux neufs, être un écologiste moderne, un sauveur de la forêt et des espèces. Car c’est d’une planète saine que dépend notre vie de demain.
Question : Si vous deviez choisir une image ou une métaphore pour résumer votre parcours, laquelle serait-elle ?
Réponse : Aller là où les autres ne vont pas. Il en reste beaucoup de ces coins inédits sur notre belle planète. Mais pas de publicité, pas de voyage de masse, une approche feutrée de peuples inconnus. J’aimerais traduire mes manuscrits en anglais, pour partager encore plus largement mon expérience.


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