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Académie Roumaine | « Henrieta Serban : entre rigueur philosophique et révélation poétique »

« 18 questions » pour Henrieta Serban, articulé autour de son recueil Mis-en-abîme, de son parcours philosophique et de son entrée récente dans la poésie publiée.

Exploration à la fois de la dimension intime et sensible de sa poésie et la rigueur intellectuelle que reflète son parcours académique. Mise en lumière du dialogue entre philosophie et poésie, entre institutions et création personnelle…

Dans le paysage intellectuel et littéraire contemporain, notamment d’Europe de l’Est, rares sont les voix qui parviennent à conjuguer avec autant de justesse la rigueur philosophique et la sensibilité poétique occidentale. Henrieta Serban, philosophe reconnue pour ses travaux en épistémologie, philosophie politique et philosophie du langage, s’impose aujourd’hui également comme poète, avec la parution de son premier recueil Mis-en-abîme.

Ce livre, à la fois intime et conceptuel, témoigne d’une traversée singulière : celle d’une pensée formée dans les sciences exactes, nourrie par les humanités, et désormais transfigurée par l’écriture poétique.

L’entretien qui suit explore cette double dimension – l’exigence académique et l’élan créateur – en mettant en lumière les influences, les hésitations, les fidélités et les audaces qui jalonnent le parcours de Serban. Entre philosophie et poésie, institutions et création personnelle, elle nous invite à réfléchir à la manière dont la beauté, le langage et la pensée se rencontrent pour donner naissance à une œuvre qui se veut à la fois témoignage, révélation et acte de résistance contre l’oubli du sensible.


C’est dans cet esprit de dialogue entre raison et émotion, entre héritage philosophique et jaillissement poétique, que nous avons proposé à Henrieta Serban de répondre à dix-huit questions autour de son recueil Mis-en-abîme, de son cheminement intellectuel et de son entrée récente dans la poésie publiée. Voici ses réponses, riches de profondeur et de sincérité, qui ouvrent un espace de méditation et de partage.


GMSAVENUE

Entretien avec Henrieta Serban


  1. Bonjour et merci d’échanger avec GMSavenue. Que devrait retenir le public sur l’identité, parcours, et prémices d’écriture d’Henrieta Serban ?

Bonjour et merci de m’avoir invité. Je suis honoré que mon premier volume de poésie soit remarqué. Je pourrais vous demander à mon tour : comment cet heureux incident s’est-il produit ? Quoi qu’il en soit, je suis content. J’écrivais quand j’étais petite, mais j’étais aussi attirée par l’écriture quand j’étais petite. J’aimais l’école et le savoir sous toutes ses formes. L’esprit, la poésie, l’amour et la connaissance sont pour moi liés au le ramage enchanteur de l’existence et de l’univers qui se cache et éclate dans les artésiennes multicolores, souvent, pour ainsi dire, uniquement pour moi.

  1. Vous avez longtemps publié des travaux théoriques en philosophie avant d’entrer dans la poésie. Qu’est-ce qui a déclenché ce passage vers la publication poétique ?

Permettez-moi de décrire brièvement un certain contexte. Mon chemin de vie a été une maturation en plein régime céausiste ; en conséquence, j’ai d’abord évité les domaines des sciences humaines fortement idéologisés et qui devenaient des espaces d’endoctrinement, de plus en plus accentués, de jour en jour. J’ai fait des études de chimie théorique et suis revenu aux sciences humaines après la révolution de 1989 en Roumanie qui, quoi qu’en disent certains, a été une véritable expression révolutionnaire populaire de l’option démocratique, même si le déclencheur a probablement été un coup d’État.

Le fait est que malgré un amour éternel pour la poésie, même si j’ai continué à écrire des poèmes, je ne les ai pas conservés et je n’ai pas envisagé de les publier. Le retour des sciences exactes aux sciences humaines ne signifia pendant quelques décennies qu’un retour à la philosophie (sociale et politique, du savoir, du langage). Dans le fond de mon être et de mon existence, la préoccupation pour la poésie est restée vivante et a fait rage à de nombreuses reprises ; de quoi attirer mon attention, s’imposer progressivement dans un projet mature, métaphilosophique et artistique de ma vie.

  1. Votre recueil Mis-en-abîme est présenté comme un témoin sensible de la profondeur d’âme et d’esprit. Comment définiriez-vous cette profondeur dans votre propre démarche ?

Ici “s’assoient” avec moi les géants de l’univers culturel humain, extrêmement nombreux parmi lesquels Im. Kant, dans le sens d’atteindre une expérience mature et autonome de rapport au monde qui était nécessaire pour se manifester et ne pouvait se manifester que fondamentalement poétiquement, comme de très nombreux philosophes sont venus se trouver et s’exprimer, des existentialistes à Deleuze, jusqu’aux pragmatistes comme Dewey et Rorty, ou plus récemment Catherine Gander avec l’idée de la poésie comme expérience incarnée et surtout le philosophe (et poète) roumain Lucian Blaga (1895-1961) avec son idée sur la singularité de l’être humain en tant que mutation culturelle unique dans l’univers, sur le double mode existentiel humain, pour la survie et la sécurité d’une part, et pour le mystère et la révélation d’autre part.

La spécificité humaine est donnée par ce dernier aspect. Et, en internalisant la beauté de cette idée, comment ne pas écrire de la poésie ? Mais ils m’ont influencé et m’ont fait me sentir chez moi dans mon existence poétique, celle qui m’accompagne toujours, comme une bénédiction, comme un amour partagé, aux côtés du poète philosophe Lucian Blaga, notamment Paul Verlaine, Jacques Prévert, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon et Charles Baudelaire.

  1. Vous écrivez de la poésie et de la prose courte depuis l’enfance, mais sans publier. Qu’est-ce qui vous a retenue jusque-là, et qu’est-ce qui vous a finalement poussée à partager vos textes ?

Oui, voyez-vous, même si mon père m’a énormément encouragé y compris dans les écrits littéraires, je ne suis pas sorti facilement d’une certaine serre un peu sombre de la pudeur. Le détour par d’autres domaines du savoir, à travers la vie, m’a été bénéfique, dans le sens d’une maturation qui m’a donné notamment du « courage », mais aussi le sentiment que « la vie est maintenant » et que d’une certaine manière je dois la joie même de vivre d’honorer autant que je peux le « talent de la poésie ».

En même temps, ce n’est pas une petite chose que j’ai la chance d’avoir des copines et des amis spéciaux, plus récemment et plus activement, les discussions avec mon fils et mon mari, avec Viorella Manolache, Ruxandra Iordache, Diana Surdu, Vali Negoiță et Francesca Rusu et Gheorghe Dănişor et Theodor Damian, Mihai Golu, Gorun Manolescu, et probablement d’autres aussi, mais je sais qu’ils sont généreux, et ceux qui ne sont pas mentionnés ne seront pas offensés… ces personnes (tellement, fatidique) avec leurs réactions lumineuses… Je suppose que je suis un être très chanceux.

  1. Votre poésie se caractérise par une expression simple mais riche, sans exagération. Est-ce une esthétique volontaire, une discipline, ou une fidélité à votre regard sur le monde ?

Je pourrais m’empresser de dire que telle est ma vision du monde, ou de rappeler le fait qu’un de mes professeurs de langue et littérature roumaines au lycée faisait remarquer que ma poésie (à l’époque) aurait été “comme une femme nue” et qu’elle aurait pu m’induire une sorte de retenue, un voile retenu… Quoi qu’il en soit, le fait qu’entre bénédictions et ouvertures se trouve l’apprentissage de la langue française, à l’école, a amené à mon horizon l’idée que “plus c’est moins”, une philosophie esthétique, mais aussi une philosophie de l’art de vivre, in nuce, comme disent les Latins.

  1. Le titre Mis-en-abîme évoque une réflexion sur soi, une mise en miroir. Quelle signification particulière ce concept prend-il dans votre recueil ?

La phase du miroir, on le sait, est extrêmement importante pour la conscience de soi, mais une réflexion encore plus approfondie sur le néant de l’insignifiance peut signifier une revitalisation du voyage vers de nouvelles significations avec de nouvelles ressources. Mais c’est aussi le nom de la technique artistique qui inclut l’image dans l’image, au sens métaphorique et philosophique d’une ouverture infinie. En même temps, c’est aussi une référence au regard dangereux vers l’abîme contre lequel Nietzsche met en garde : affronter l’abîme comme néant et le manque de sens, de valeur et de but peut être dangereux pour l’être humain. Cependant dans mes poèmes, cette confrontation connaît une fin heureuse.

  1. Vous êtes spécialiste de philosophie politique, d’épistémologie et de philosophie du langage. Comment ces champs théoriques influencent-ils votre écriture poétique ?

Je suppose que toutes ces spécialisations créent pour moi, d’une part, un contexte fertile, une certaine ouverture, mais, d’autre part, toutes les idées généreuses ou ordonnées de la philosophie ne sont pas exclusivement un exercice cérébral, mais surtout un aliment pour la vitalité de l’être et un catalyseur de poésie et vice versa. Les idées de ce genre résonnent à la fois philosophiquement et poétiquement.

  1. Lucian Blaga est l’un de vos centres d’intérêt. Pourquoi et Quelle résonance trouvez-vous entre sa pensée et votre propre poésie ?

La poésie de Lucian Blaga m’a parlé dès le premier verset lu de l’intérieur, de moi-même et non de l’extérieur. C’était le mien, mais ce n’était pas écrit par moi. Il y a probablement dans les poèmes de Mis-en-abîme beaucoup d’intertextualité avec de nombreux poèmes et idées qui ont décoré ma “maison d’être” au fil du temps. mais il y a un poème qui brode un peu sur le thème du dicton latin “Per aspera ad astra” et dans lequel je raconte la montée de la boue à l’horizon, au moins de l’attention, sinon de l’esprit, mais sans dédaigner le point de départ, la modeste et méconnue “boue” une métaphore des épreuves fertiles de la vie et rappelle même directement dans une citation approximative telle qu’elle est restée “avec moi” d’un poème de Lucian Blaga dans le mienne : „Quand je me souviens de l’horizon/C’est que je l’ouvre.// Qui est-ce que me rappellera le ciel ?// Qui est-ce que me fera lever les yeux ?/Peut-être le cri d’un oiseau,/Peut-être me souviens-je d’un verset/« Ne sais-tu pas que seulement dans les lacs avec/ De la boue au fond/Poussent les nénuphars ?» [Voici la référence à la poésie de Lucian Blaga.] / La boue est fertile sous le ciel/Lequel/Est présent.” La poésie et la poétique ont des subtilités philosophiques, et le langage en vient toujours à les valoriser.

  1. Votre poésie est décrite comme un “travail d’exploratrice qui a commencé juste pour prendre la force de continuer”. Comment et Quelle force cherchez-vous à puiser dans l’écriture ?

Les poètes et les philosophes savent qu’en découvrant le monde, vous le créez réellement, et en même temps vous vous découvrez et vous créez. La confiance et le manque de confiance dans les possibilités d’y parvenir, plus précisément dans cette connaissance de soi et du monde, des continuités et discontinuités entre soi et le monde, doivent terriblement à l’exploration, à l’intentionnalité, à l’écoute du monde, ainsi qu’à la joie et à l’amour. Car sans joie et sans amour, tout est sombre et flou, perdu dans un arrière-plan incertain, mais pas dans le sens émotionnel et provocateur que procure l’approche impressionniste. La recherche de soi et la redécouverte de soi, la recherche de sens et les sens retrouvés, renouvelés, sont l’enjeu et la joie de vivre artistique.

  1. Vous êtes active dans plusieurs institutions prestigieuses, de l’Académie roumaine au Forum personnaliste britannique. Comment ces engagements académiques dialoguent-ils avec votre création poétique ?

Oh, dans le temps extérieur, ces engagements sont concurrents et même plutôt en compétition pendant une période de plus en plus courte, ils sont antagonistes plutôt qu’en dialogue ; et pourtant, dans le forum intérieur de la conscience, d’une conscience sensible et réceptive, les engagements idéationnels et poétiques se concluent et se nourrissent les uns les autres, étant des dialogues et des symphonies et des consonances résonantes, de véritables bénédictions et joies intellectuelles pour lesquelles je suis indiciblement reconnaissant. Une idée en appelle une autre, s’enrichissant, se nourrissant, se matérialisant ; ce ne sont pas de simples échos, ce sont des phénomènes et des tempêtes créatives.

  1. Votre poésie semble se situer à la croisée du sensible et du conceptuel. Techniquement, comment parvenez-vous à équilibrer émotion et pensée dans vos textes ?

J’adore cette idée ! C’est ainsi que commence toujours pour moi une collaboration entre poétique et concept que je ne propose pas pour laquelle je n’ai d’autre dosage que celui d’un rythme de sentiment que j’embrasse et valide en le mettant par écrit. Il ne s’agit en aucun cas d’une recette que moi ou ma muse aurons découverte, ni d’un rituel explicite ou d’un phasage secret.

C’est une sorte de reconnaissance de quelque chose de spécial venant de mes profondeurs en accord avec ce que me dit l’univers [hmmm, pas que j’entende des voix – hé hé], des idées qui se présentent comme belles, captivantes et convaincantes et il serait cruel de ne pas leur donner un cours et un espace, un chemin ouvert, pour éveiller quelque chose de spécial chez d’autres comme moi, peut-être qu’il y en a quelque part, “là-bas”.

  1. Le recueil insiste sur la beauté révélée dans les moindres détails. Quelle est pour vous la mission de la poésie : révéler, expliquer, ou simplement témoigner et pourquoi ?

Tout d’abord, la beauté sauvera, a sauvé et sauve le monde. En même temps, et non sur un plan secondaire, expliquer et témoigner ne sont que des facettes plus modestes de la révélation. On ne peut qu’être surpris par le poète attentif au monde, à la vie, à l’univers, à l’amour, ou par celui qui voit le “léopard derrière la pomme” (le fruit), comme dirait Nichita Stănescu, une autre poète roumaine, c’est-à-dire voir le courage et la férocité derrière la création, mais aussi depuis l’ombre de la tentation… Encore une fois, comme dans la philosophie de Lucian Blaga, l’homme vit « dans le mystère et pour la révélation».

Ce n’est pas du mysticisme, c’est une formulation quasi théologique destinée à donner le poids qui lui revient à cette caractéristique humaine exploratrice, curieuse, courageuse, pleine d’émerveillement ou dans un émerveillement continu, dans un présent d’émerveillement, comme dirait le poète Mihai Eminescu à travers un gérondif surprenant et conquérant.

Je pense que sous cet aspect, je suis le plus proche de Lucian Blaga, mais aussi de stars de la poésie universelle comme Emily Dickinson, Sylvia Plath, Ana Blandiana, Magda Cârneci, Elizabeth Barrett Browning, William Blake, Marta Petreu, William B. Yeats, Tennessee Williams, Mark Strand, Pat A. Fleming, Robert Frost [oh, mon Dieu, si semblable à Blaga, une véritable âme sœur], Rudyard Kipling, Henry Wadsworth Longfellow, un peu plus près de moi, Theodor Damian et Gheorghe Dănișor, bien d’autres de tous genres, portant plus simplement sur les défis et les offres de l’existence, en simplifiant, il y a bien plus d’hommes et bien plus de femmes à citer sur la scène poétique, oh, tellement les étoiles sont hautes sur le ciel de la poésie.

Nous parlons d’éveil et d’élévation (au sentiment, à la joie, à l’amour, au sens, au concept), à la fois dans la poésie de Blaga et dans la poésie de ceux mentionnés, et j’espère, semble-t-il, la mienne aussi.

  1. Vous avez travaillé sur le postmodernisme. Votre poésie s’inscrit-elle dans une continuité postmoderne ou dans une volonté de dépasser ce cadre ?

Quand on aborde le thème du postmodernisme, je me souviens toujours de la définition parfaite mais éludée proposée par Lyotard : c’est le modernisme à l’état naissant. Et, en même temps, le postmodernisme est une sorte de dérapage, presque comme tomber amoureux, une plongée dans le courant romantique. Il y a un certain postmodernisme dans ma poésie, une attitude de fragmentation, de hasard et d’autoréférentialité.

Il explore fréquemment des thèmes dénués de sens, embrasse le jeu et les jeux de mots et remet en question l’idée d’une réalité unique et cohérente. Il y a un amour là dans ma poésie qui l’allonge avec l’abandon des formes traditionnelles, mais non, ce n’est pas une abdication de sens et de signification. C’est là que s’arrête mon postmodernisme, face au déni du sens que je crois possible malgré nos obscurcissements et nos désespoirs. Pour moi, même le rien a de sens ; le rien c’est quelque chose, quelque chose qui rêve d’exister, d’émerger pas d’échappatoire.

  1. Votre appartenance à la Société internationale pour la recherche en solitude est intrigante. La solitude est-elle un moteur, élément ou thème central de votre poésie ?

La solitude est un thème difficile qui m’interpelle et m’intrigue. Alors que je suis d’accord qu’on s’occupe de ce qu’on ne comprend pas ou de ce qui nous pose problème. Et mon sentiment dominant est une certaine perplexité qui est aussi extrêmement séduisante. Le thème de la solitude n’est pas encore entré dans ma poésie car il ne se réconcilie pas avec le thème des échos infinis auquel j’ai répondu… Et il entrera quand je pourrai l’attraper “au point”.

  1. Vous avez une carrière académique dense. Comment trouvez-vous l’espace intérieur pour écrire de la poésie en parallèle ?

C’est un espace qui est créé à chaque fois par une idée poétique, spontanément, un peu comme une brèche par laquelle pénètre une lumière qui m’arrête toujours et m’enlève à autre chose. L’espace intérieur poétique s’impose. La poésie s’impose, comme une sorte d’urgence de mon être. Il y a beaucoup à faire.

  1. Votre poésie est décrite comme honnête et sans ambition consciente de forcer les mots. Est-ce une réaction contre certaines tendances littéraires contemporaines ?

Je suis un consommateur laïc de poésie. Je suis un créateur courageux qui court vers… “une fusion d’horizons”.  Parfois j’interprète le monde, parfois je le traduis, parfois je le raconte, comme un journaliste, et parfois (souvent) je le recrée… Mais je pense que ce serait une illusion de croire que je connais bien les courants contemporains du monde de la poésie. Avec lucidité, je sais que je viens tout juste d’entrer dans le monde littéraire et que je ne peux pas dire que c’est “mon monde”. Je ne fréquente pas les salons de poésie, mais j’aimerais bien, cela fait des années que je rêve de fréquenter ceux de Paris et de New York, mais toujours d’autres priorités ils se sont imposés. Alors si je force les mots et que je veux le faire : les mots sacrifiés d’une manière ou d’une autre entraîne le sacrifice d’une vision rigide, schématique ou durcie du monde.

C’est pour “ne pas écraser la corolle des merveilles du monde” dont je parle (pour citer encore Lucian Blaga le poète) pour prendre mes lecteurs comme participants, partenaires, amis dans le brillant spectacle d’expériences et d’idées sur le monde et sur mon monde. Dans la corolle des merveilles du monde nous nous retrouvons en tant qu’êtres humains donc cette corolle de merveilles est extrêmement précieuse, inestimable.

  1. Le regard simple et profond que vous portez sur le monde est-il lié à une philosophie de vie particulière ?

Oui, la vie c’est maintenant et l’univers nous envoie des milliers de cadeaux (maintenant) et je dois me déshabiller on doit ne déshabiller, réveillons-nous, on doit aura dessaoulé … pour les voir ; une philosophie de vie qui a en son centre la préoccupation d’observer tout ce qui est beau et bon, de ne pas être indifférent à ces “déclarations d’amour” que l’univers ne cesse de nous faire, de pouvoir enfin considérer la joie comme faisant partie de notre devoir dans ce monde, mais surtout la joie de contribuer au bien et de pousser les choses vers le bien, c’est ainsi que je résumerais ma philosophie de vie qui se retrouve, au moins partiellement, dans Mis-en-abîme.

  1. Quels sont vos projets littéraires à venir : un prolongement poétique, un retour à la prose théorique, ou une hybridation des deux ?

Il y a dans ma nature et dans mon éducation une philosophie forte et sérieuse, qui me donne envie de terminer ce que j’ai commencé. Seulement qu’en écrivant, comme en lisant, il n’y a pas d’autre issue que la maladie, la dépression ou le départ de cette vie : avec cette conception, je continuerai à écrire tant qu’il y aura des thèmes, des idées et des concepts qui me feront m’exclamer ” Comme c’est beau ! “. Et je les aborderai spécifiquement, théoriquement, poétiquement ou en prose…  On sait : Vita brevis, ars longa. Ou en grec où cette pensée est apparue à l’origine, avec le sens pratique et concret de la longue durée d’apprentissage pour maîtriser un métier, qui peut être plus longue qu’une vie humaine : Ὁ βίος βραχύς, ἡ δὲ τέχνη μακρή.

Cette fois, dans un sens métaphorique, c’est un long chemin vers une bonne poésie, de très bons écrits, le bon soi-même, le « vrai » amour… Et oui, j’en profiterai aussi pour évoquer mon amour Antoine de Saint-Exupéry, qui savait qu’on ne connaît vraiment qu’avec le cœur, et je vous raconte ici le temps différent de l’amour, semblable à celui de la poésie et des écrits qui sont sur un autre plan, en ce moment, bien que paradoxalement, beaucoup plus longs.

  1. Enfin, quel rôle souhaitez-vous que votre poésie joue dans le monde contemporain : un espace de méditation, une résistance, ou une ouverture vers l’autre ?

La poésie aiguise la pensée dans les feux de nos enthousiasmes, de nos amours, de nos émerveillements et de nos émotions, en l’ouvrant et en la déchirant, pour que d’autres lumières nouvelles et renouvelées puissent nous atteindre. Ce genre de bénédiction qui nous rappelle notre nature profondément humaine est essentielle pour nous retrouver humains, pour nous restaurer, pour nous sortir des tourbillons de la routine, des tourbillons du strictement matérialisme et des marécages du bon sens peu généreux, où meurt l’esprit.

  1. Que pensez-vous de gmsavenue, portail intellectuel qui fêtera ses 3 mois en janvier et que lui souhaitez-vous ?

Un portail intellectuel comme gmsavenue se situe entre ces signaux bénis de l’univers ; c’est une joie et une chance de rencontrer des âmes sœurs, une chance de faire écho dans l’esprit et le cœur des autres, d’éterniser de belles pensées et émotions, et peut-être, ce que je veux le plus, d’apporter plus de joie, de beauté et de courage pour vivre pleinement et pleinement humain en embrassant les ouvertures et les résonances que provoque la poésie. gmsavenue, où l’esprit vient faire la fête !  Je vous souhaite célébration pendant des années et des années apportant de la reconnaissance et réussissant la reconnaissance que vous méritez ! Joyeux anniversaire !


A bientôt !


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