La poésie contemporaine, lorsqu’elle traverse les frontières, devient un langage universel de mémoire et de sensibilité.
Le texte que nous publions aujourd’hui en français en exclusivité sur GMSAvenue, Histoire d’une épouse fidèle, traduit par Germain Droogenbroodt et Elisabeth Gerlache à partir de l’original de Tamali Neogi (Inde), s’inscrit dans cette tradition de la poésie migrante et dialogique.
Droogenbroodt, poète belge reconnu pour ses traductions et ses anthologies, poursuit ici son rôle de médiateur culturel, à l’instar de figures comme Octavio Paz, Paul Celan ou Adonis, qui ont fait de la traduction et de la circulation des textes un acte de fraternité poétique.
Ce poème, où l’intime se mêle au cosmique, rappelle la puissance des images chères à Rabindranath Tagore ou à Rainer Maria Rilke : l’attente, la fidélité, la douleur de l’absence y sont transfigurées par la nature – le cytise, les nuages, la pluie – qui devient miroir de l’âme.
La voix féminine, entre résignation et transcendance, rejoint les grandes figures de l’épouse fidèle dans la littérature universelle, de Pénélope chez Homère à certaines héroïnes de la poésie persane ou bengalie.
La traduction de Droogenbroodt et Gerlache ne se contente pas de transposer les mots : elle restitue la musicalité et la profondeur spirituelle du texte, dans la lignée des grands passeurs de poésie mondiale.
En ce sens, Histoire d’une épouse fidèle illustre parfaitement la mission de GMSAvenue : offrir un espace de rencontre où les voix du monde se croisent, se répondent et s’enrichissent mutuellement.

Photo de Germain Droogenbroodt
Histoire d’une épouse fidèle
Lorsque tu t’es envolé vers un pays lointain aux montagnes bleues,
je n’ai pas pleuré avec force comme le font de fidèles épouses,
je ne me suis pas comme certaines adonné à un isolement feint,
car tu m’avais laissé l’odeur de ton corps.
Dans notre nid au-dessus du cytise,
j’attendais une poignée d’amour
que tu m’apporterais peut-être.
Plongeant dans la lumière du matin je commence ma journée,
feuilletant les livres saints ; que tout aille pour le mieux.
Tous les jours j’attends des amis pour le lunch,
dans les après-midis oisifs des pensées mélangent ombre et lumière.
Si les étoiles sont vos voisines, qui donc se fâcherait avec la lune ?
Où est la possibilité d’être triste ?
Les nuages m’apprennent à voler.
Mais ce soir-là, lorsque le rugissement du vent a pénétré ma chambre
et renversé mes bougies,
j’ai compris pendant la prière du soir
que loin de moi, les côtes de mon amour
avaient été brisées, sans pitié.
Cette nuit là est venue la première pluie de l’année
et depuis ce jour la pluie tombe
pour écrire un livre entier de vraie tristesse.
La beauté adoucit peu, au-dessus du cytise,
mon cœur abandonné est à présent un bûcher brûlant.
Tamali Neogi, India
Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Entretien avec Germain Droogenbroodt -Pressenti pour le Prix Nobel de Littérature


