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Clément Diarga BASSE | « Témoigner pour réparer : une Médecine au service des invisibles »

Son rêve est d’être un bâtisseur de ponts entre les communautés vulnérables, les systèmes de santé, et les institutions internationales.

Médecin de terrain, Ecrivain de conscience | iTW

Dr Clément Diarga BASSE, ou tout simplement Clément, comme il préfère être appelé, ou encore Diarga, qui signifie le berger en sérère incarne une médecine des ponts plutôt que des murs, une médecine de la nuance où chaque contexte est respecté.

Pour lui, la santé publique ne peut progresser sans nuance, sans écoute, et sans une meilleure compréhension des réalités vécues par les populations. Il milite pour une information claire, accessible, et pour des politiques de santé qui allient rigueur scientifique et humanité.

Clément est né et a grandi à Dakar. Il s’identifie d’abord comme Africain, ensuite comme Sénégalais, et enfin comme Sérère.

Sa mère, infirmière à la retraite au cœur pur, incarne à la fois une autorité bienveillante et ferme, que Dieu lui prête longue vie.

Son père, feu Pierre BASSE, ne parlait pas beaucoup, mais a eu une forte influence sur ce que Clément est devenu aujourd’hui. Pierre BASSE a été formateur de professeurs d’anglais, proviseur de plusieurs lycées, chercheur en linguistique appliquée, premier conseiller technique ministériel dans deux ministères distincts, ainsi que directeur de cabinet ministériel, entre autres responsabilités. Formé en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Japon, il a consacré sa vie à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’engagement civique.

Il fut reconnu comme « Citoyen du Monde » en 1972 pour son rayonnement international et son implication dans différents mouvements. Sa disparition en juin 2022 a été pour Clément une grande épreuve, mais aussi un enseignement de vie sans mesure.

Étant le benjamin de sa fratrie, il a été profondément inspiré par ses frères et sœurs, qui lui ont transmis de nombreuses valeurs. Vu l’écart d’âge, chacun et chacune ont individuellement contribué à l’éducation de leur plus jeune frère, en lui inculquant des principes et en représentant des modèles inspirants.

Il a su très tôt, dans son enfance, qu’il voulait devenir médecin, inspiré par sa mère qu’il voyait soigner le voisinage et tant d’autres. Il était ainsi témoin du réconfort et du soulagement que la médecine pouvait apporter aux autres. Il a donc fait ses études de médecine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il pensait devenir cardiologue, puis réanimateur, mais les vents ont emmené sa barque ailleurs. Néanmoins, il fait partie de ceux qui croient que le hasard n’existe pas.

Il a ensuite été formé par des institutions prestigieuses telles que le Harvard School of Public Health, l’Université Libre de Bruxelles, l’Université de Nagasaki, le Mandela Washington Fellowship à l’Université du Minnesota, et la West African Health Organization (WAHO).

Son expérience s’est construite dans les secteurs humanitaire, gouvernemental et privé. Il s’est illustré très tôt dans des contextes complexes, notamment en Casamance, en tant que jeune fonctionnaire nouvellement recruté.

Après avoir quitté la fonction publique, son dernier poste étant au sein de la Direction de la Planification, de la Recherche et des Statistiques, à Fann Résidence, au siège du ministère de la Santé, il a repris son engagement envers les groupes vulnérables en rejoignant une organisation humanitaire : le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Il y a travaillé essentiellement dans des zones de conflit, piloté des politiques de santé du personnel et formé beaucoup de professionnels de santé.

  • Il a été Coordonnateur régional de la santé du personnel du CICR en Afrique de l’Ouest, puis en Asie. Il a ainsi séjourné deux ans et demi à Bangkok, en Thaïlande, d’où il couvrait les pays d’Asie et du Pacifique. Il se rappelle comme si c’était hier de son message, juste avant de prendre ses vacances de Noël en décembre 2019. Dans cet email, il mettait en garde ses équipes de médecins et infirmiers des pays respectifs qu’il couvrait, en leur demandant de prêter attention à une pneumopathie de cause inconnue à Wuhan, en Chine. Il insistait sur le fait que, pendant les vacances de fin d’année, il fallait bien briefer le personnel entrant et sortant de Chine sur les mesures d’hygiène. Cette pneumopathie s’est avérée plus tard être la COVID-19. Pendant plusieurs mois, il a travaillé avec les équipes à la mise en place de mesures de contingence pour le CICR dans ces pays de l’Est du monde, où la pandémie avait débuté.
  • Il est ensuite allé en République Démocratique du Congo en tant que Staff Health Manager, évoluant dans la zone de conflits à l’Est du pays, où il se rappelle avoir compté un jour 10 épidémies actives simultanément sur le territoire national, incluant Ebola. Il ne s’est pas ennuyé en RDC !
  • Son dernier poste avec le CICR a été celui de Staff Health Adviser, basé à Genève pendant presque deux ans, après quoi il a démissionné.

Pour des raisons multiples, mais essentiellement familiales, il a quitté son poste à Genève pour rentrer au Sénégal. Au moment de son départ, il n’avait aucun poste ni contrat de travail au Sénégal, ce en quoi beaucoup de gens qui étaient au courant de son départ imminent ne croyaient pas. Juste avant de démissionner, il taquinait souvent son supérieur en lui disant : « De la manière dont tu vois des Sénégalais prendre des pirogues pour venir en Europe, tu me verras bientôt prendre une pirogue pour quitter l’Europe et retourner chez moi au Sénégal », et ils en rigolaient.

Dieu faisant grâce, un mois après son arrivée à Dakar, en mars 2024, il a commencé à collaborer avec ses collègues médecins pour accompagner les entreprises sénégalaises dans la mise en place de systèmes de santé et sécurité au travail. En parallèle, il a travaillé avec la startup KERA Health, qui développe des solutions digitales innovantes pour améliorer l’accès à la santé pour les populations.

Ces neuf mois avec KERA ont été pour Clément une véritable école, où il est sorti de sa zone de confort pour pratiquer de nouvelles disciplines telles que le product management, la vente, la supervision d’équipes commerciales, et les stratégies de déploiement.

Dr BASSE est aussi auteur du livre « Enfants des rues au Sénégal : regard d’un médecin » publié en mars 2020 aux Éditions l’Harmattan. Cet ouvrage relatif aux enfants des rues provient essentiellement de son expérience de terrain entre 2008 et 2010 au sein du Samusocial Sénégal. En sa qualité de médecin, il a côtoyé, fréquenté, soigné et discuté avec les enfants des rues, en particulier lors des maraudes. 

Le livre décrit le milieu de vie des enfants des rues ainsi que les affections auxquelles ils sont confrontés. C’est un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en charge des enfants des rues et d’une protection accrue par la loi. 

Très tôt, son engagement communautaire, surtout envers les groupes vulnérables, l’a amené à dépasser les murs des hôpitaux. Il s’est engagé dans plusieurs initiatives communautaires et réseaux professionnels, en offrant des consultations aux enfants en situation de handicap, aux détenues, et aux enfants des rues. Le tout à travers ses rôles au sein de WYDO (Point Focal National du Sénégal de la communauté de l’Organisation mondiale des jeunes médecins), WANEL, Samusocial Sénégal, Special Olympics Senegal, etc. Il croit fermement que la médecine doit être humaine, accessible et inclusive.

Aujourd’hui, Dr BASSE travaille essentiellement sur le harm reduction (ou réduction de la nocivité), un concept de santé publique. Il s’agit d’une approche pragmatique qui vise à minimiser les conséquences négatives d’un comportement à risque, sans nécessairement chercher à l’éliminer complètement.

  • Le harm reduction est utilisé notamment dans les domaines des drogues, du tabac, de l’alcool, ou encore des comportements sexuels à risque. Exemples : distribution de préservatifs, substituts nicotiniques, tabac chauffé, seringues stériles, etc.
  • Il repose sur l’idée que toute amélioration est bénéfique, même si elle ne mène pas à l’abstinence.

Le harm reduction permet de limiter les conséquences graves d’un comportement à risque (comme les cancers, les overdoses, les infections, etc.), même si ce comportement persiste. Il reconnaît que tout le monde n’est pas prêt ou capable d’arrêter un comportement à risque, et propose des alternatives plus sûres au lieu de stigmatiser ou d’imposer une seule solution : l’arrêt.

Cette approche, le harm reduction, a été documentée à profusion par des données probantes issues de milliers d’études dans le monde, publiées dans les plus grandes revues scientifiques, qui prouvent ses effets bénéfiques.

Le harm reduction vient compléter les deux premiers piliers de la maîtrise des comportements à risque à savoir la prévention et la cessation, en offrant une troisième voie pour les personnes qui n’adhèrent pas aux approches traditionnelles.

Dr BASSE s’investit dans le Harm reduction, particulièrement dans lutte contre les maladies non-transmissibles, plus précisément dans la lutte contre le tabagisme, parce qu’il comprend que l’enjeu, aujourd’hui, pour l’Afrique subsaharienne, est que, bien que les maladies transmissibles ou infectieuses, comme le VIH/SIDA, le paludisme, la tuberculose, etc. représentent un problème de santé publique, les maladies non transmissibles, comme le cancer, les AVC ou les maladies cardiovasculaires, sont en augmentation considérable. Et selon certains experts, si rien n’est fait, elles devraient, d’ici 2030, dépasser les maladies infectieuses en tant que principales causes de décès en Afrique.

Malheureusement, l’approche que beaucoup de spécialistes adopteraient face, par exemple, à une communauté confrontée chez les jeunes à des grossesses précoces, à la transmission du VIH et d’autres IST, serait de se limiter à prôner l’abstinence sexuelle. Or, l’approche pragmatique, réaliste, réalisable et efficace serait la distribution de préservatifs, tout en continuant, bien sûr, à promouvoir l’abstinence.

Selon Dr BASSE, son aspiration est d’incarner, tel un berger, une offre de santé au service de l’humain, partout où le besoin se fait sentir. 

Substrat de son Interview avec GMSavenue

Ce sont les visages que l’on croise à l’aube, dans les ruelles de Dakar, qui m’ont appris à écouter autrement. En tant que médecin au Samusocial Sénégal, j’ai partagé les nuits des enfants des rues, leurs douleurs sans mots, leurs corps en errance. Chaque maraude était une leçon d’humanité : une plaie à désinfecter, un regard à soutenir, une histoire à deviner.


Mais très vite, j’ai compris que soigner ne suffisait pas. Il fallait aussi écrire. Écrire pour témoigner, pour faire exister ceux que l’on ne voit pas. Mes carnets se sont remplis de récits cliniques, de confidences arrachées au silence, de diagnostics sociaux autant que médicaux.


Ce livre est né de cette urgence : dire ce que j’ai vu, ce que j’ai senti, ce que j’ai appris. Non pas pour raconter ma pratique, mais pour porter la voix de ceux qui n’en ont pas. Pour que la médecine devienne aussi littérature de conscience.

Sénégal | Zoom sur les fragments d’une Médecine Engagée | iTW avec un Médecin témoin

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