Par GMSavenue
Quand la mémoire rencontre l’algorithme
Cette réflexion invite à penser une Négritude numérique — non comme une simple transposition, mais comme une réinvention des formes de transmission, de création et de souveraineté.
Développement : Technologies, usages et tensions
1. Archives digitales : réactiver les mémoires dispersées
- Les archives de la Négritude sont progressivement numérisées par des institutions comme la BnF, l’INA ou les universités africaines. Manuscrits de Césaire, discours de Senghor, poèmes de Damas deviennent accessibles en ligne, mais souvent sans contextualisation critique ni interface inclusive.
- Des projets comme AfroDigital Archives ou Mémoire Marronne proposent des plateformes collaboratives où les utilisateurs peuvent déposer des récits familiaux, des photos, des recettes, des chants — créant ainsi une archive vivante, diasporique et polyphonique.
- En Guyane, des initiatives locales numérisent les carnets de guérisseuses et les récits de marronnage, tandis qu’en Martinique, des collectifs comme Kréyol Numérique développent des bases de données sur les résistances culturelles.
2. Intelligence artificielle : entre outil de création et risque d’effacement
- L’IA permet aujourd’hui de générer des textes, des images, des voix. Des artistes afrodescendants l’utilisent pour créer des fictions spéculatives, des portraits réimaginés, des récits augmentés. Exemple : le projet Afrofutur.ai qui combine archives coloniales et IA générative pour produire des contre-récits visuels.
- Mais l’IA pose aussi des défis : biais algorithmiques, absence de corpus africains dans les bases d’entraînement, invisibilisation des langues créoles ou wolof. Comme le souligne l’UNESCO, « la technologie n’est pas neutre » : elle incarne les valeurs de ses concepteurs et peut reproduire des stéréotypes ou effacer des mémoires.
- Des chercheurs comme Mame-Fatou Niang ou James Maisiri appellent à une IA ancrée dans les cultures locales, conçue avec les communautés, et pensée comme outil de justice mémorielle.
3. Création numérique : vers une esthétique post-Négritude
- Des artistes comme Tabita Rezaire, Mélissa Laveaux ou Jean-Luc Herbulot explorent les liens entre spiritualité noire, mémoire coloniale et technologies. Leurs œuvres mêlent vidéo, code, chant, archive et interface — créant une esthétique post-Négritude, incarnée et transversale.
- Des plateformes comme GMSavenue, Black Quantum Futurism ou Kourtrajmé Afrique proposent des capsules éditoriales, des séries interactives et des modules pédagogiques qui relient héritage et innovation.
- Le numérique devient alors un espace de marronnage contemporain : on y échappe aux assignations, on y réinvente les récits, on y construit des solidarités transnationales.
Pour une souveraineté technopoétique
Vers une Négritude numérique, c’est aller au-delà de la numérisation des archives : c’est penser les technologies comme des alliées de la mémoire, de la création et de la dignité. C’est refuser les effacements algorithmiques, les interfaces coloniales, les récits standardisés. C’est inventer une technopoétique noire — où l’archive devient vivante, l’IA devient critique, et la mémoire devient puissance.
GMSavenue s’engage à documenter, créer et transmettre dans cette direction : capsules bilingues, séries interactives, modules pédagogiques, archives vivantes. Car la Négritude numérique n’est pas un futur lointain : elle est déjà là, dans chaque pixel, chaque ligne de code, chaque voix qui refuse l’oubli.


