The Man Died : écrire depuis la cellule
Publié en 1972, The Man Died: Prison Notes of Wole Soyinka est un journal de captivité, écrit pendant les deux années que Soyinka a passées en isolement, emprisonné par le régime nigérian pour avoir tenté de négocier la paix durant la guerre du Biafra. Ce texte est un cri. Un cri contre la tyrannie, contre l’oubli, contre la mort intérieure.
Mais c’est aussi une méditation sur la résistance. Soyinka y explore les limites de l’esprit humain, la puissance de la pensée, la nécessité de la parole. Il y affirme que « l’homme meurt en tous ceux qui gardent le silence face à la tyrannie ». Ce livre est un acte de foi dans le pouvoir du langage, dans la dignité humaine, dans la mémoire comme arme.
Death and the King’s Horseman : le théâtre comme rituel
Inspirée d’un fait réel survenu à Oyo en 1946, Death and the King’s Horseman est une pièce de théâtre qui met en scène le conflit entre les traditions yoruba et l’administration coloniale britannique. Selon la coutume, le roi défunt doit être accompagné dans l’au-delà par son chevalier, Elesin, qui doit se suicider rituellement. Mais l’intervention des autorités coloniales empêche ce passage, bouleversant l’ordre cosmique.
Soyinka ne propose pas une simple opposition entre colonisé et colonisateur. Il explore les failles internes, les hésitations, les responsabilités partagées. Il interroge la spiritualité, le devoir, le sacrifice, la mémoire collective. La pièce est une tragédie dans le sens le plus noble du terme : elle met en scène la chute, la tension entre destin et liberté, le poids des choix.
La langue de Soyinka y est dense, poétique, rituelle. Elle convoque les tambours, les masques, les chants. Elle fait du théâtre un espace sacré, un lieu de passage entre les vivants et les morts, entre l’histoire et le mythe.
Pourquoi lire Soyinka aujourd’hui ?
Parce que ses mots brûlent encore. Parce qu’il nous rappelle que la littérature est un acte de courage. Parce qu’il nous enseigne que la culture n’est pas un folklore, mais une architecture de sens. Parce qu’il nous invite à penser l’Afrique non pas comme une victime, mais comme une source de sagesse, de complexité, de beauté.
Lire Soyinka, c’est entrer dans une forêt de symboles, de rythmes, de révoltes. C’est entendre les voix des ancêtres, les murmures des prisonniers, les chants des femmes, les silences des dieux. C’est apprendre à écouter autrement.
À lire, à méditer, à transmettre
- The Man Died pour comprendre l’engagement, la solitude, la puissance du verbe.
- Death and the King’s Horseman pour ressentir la tension entre tradition et modernité, entre rituel et rupture.
Ces deux œuvres se répondent. L’une est un cri intérieur, l’autre une offrande collective. Ensemble, elles forment un diptyque sur la dignité, la mémoire et le pouvoir du théâtre.
Et vous, que vous dit la voix de Soyinka ?
Partagez vos impressions, vos extraits préférés, vos interprétations. Ce Tour d’Afrique du Livre est aussi un espace de dialogue. Chaque lecture est une escale, chaque échange une lumière.
Le prochain épisode vous emmènera dans les pas d’une plume féminine, douce et tranchante. Mais pour l’heure, laissez-vous traverser par la parole de Soyinka — elle ne meurt jamais.


