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EUROPE & DIASPORA | Mame Coumba Gaye, Une Renaissance et l’Automne Comme Point de Départ !

Il est des récits qui naissent dans le tumulte, d’autres dans le silence. Celui de Mame Coumba Gaye est né au croisement des deux — entre une colère douce et une feuille rouge tombée au Jardin du Luxembourg à Paris.

Mame Coumba GAYE


C’est là, un après-midi d’automne, que l’autrice sénégalaise trouve le joli titre de son livre « Les aventures secrètes automnales », en observant… les couleurs sous ses pieds.

Une scène presque anodine, mais qui cristallise un parcours fait de départs, de solitude choisie, et de résilience.

Dans cette interview, Mame Coumba Gaye revient sur les origines de son écriture, ses voyages à travers trois continents, et les leçons qu’elle tire de ses expériences. De l’Égypte à Singapour, en passant par Budapest et Paris, elle trace une cartographie intime de l’exil volontaire, des embûches surmontées et des rencontres providentielles — comme celle avec Sarah Diedenhoven, amie allemande devenue figure de secours dans un aéroport asiatique.

Son récit, autobiographique et sans fard, est aussi un message à la jeunesse africaine : croire en ses rêves, ne jamais se renier, et se souvenir que même dans l’inconnu, il y a des mains tendues.

Mame Coumba Gaye ne se revendique pas comme modèle, mais son parcours — entre management, relations internationales et écriture nocturne — inspire par sa sincérité et sa force tranquille.

Dans les pages qui suivent, elle nous parle de ses débuts littéraires, de sa grand-mère complice, de ses colères fécondes et de cette obsession du détail née à Singapour.

Une voix singulière, à la fois pudique et puissante, qui rappelle que l’automne n’est pas une fin, mais parfois le vrai commencement.


Voici le lien d’achat

https://www.fnac.com/a17520164/Mame-Coumba-Gaye-Les-aventures-secretes-automnales



Interview –

Mame Coumba Gaye, autrice de

« Les aventures secrètes automnales »


Sur le récit et ses origines

Le titre « Les aventures secrètes automnales » est intriguant. Que signifie pour vous cette saison dans le contexte de votre parcours ?

Effectivement, il est assez intriguant. Alors, lorsque j’avais commencé à écrire le livre, je n’avais pas encore de titre, aucun titre n’était assez bon pour moi pour qualifier ce parcours. Le temps passa et l’idée m’est venue en tête, alors que j’étais assise un après-midi au jardin du Luxembourg à Paris et que je regardais les feuilles d’automnes, en dessous de mes pieds, qui étaient de différentes couleurs : le rouge, l’orange, le jaune.

Donc, vue que j’avais parcouru plusieurs pays, et vécu plusieurs expériences différentes. J’ai jugé que c’était le titre approprié, d’autant plus qu’on était aussi en jour d’automne, et mon premier voyage était aussi en automne. C’est comme cela que le titre vit le jour.

Vous décrivez une jeune fille « partie à la croisée de l’inconnu ». Qu’est-ce qui vous a poussée à partir seule à l’aventure ?

Alors cela s’est fait tout seul, je dirai… J’étais allée seule lors de mon premier voyage en Egypte, plus précisément en Alexandrie sans y connaitre absolument personne, et sans savoir ce qui allait se passer une fois sur place.

Alors j’ai pu m’en sortir par la grâce du bon Dieu, il y’avait eu plus de peur que de mal. Et depuis lors, cela a été comme une évidence… Je n’ai plus jamais eu peur de me rendre toute seule et ce même à l’autre bout du monde

Ce récit est autobiographique. Qu’est-ce qui vous a motivée à partager votre histoire personnelle avec le public ?

La rancœur ! Voilà. J’étais dans mon studio du 5ème arrondissement de Paris, après tout juste un ou deux mois à Paris après avoir quitté Budapest et rien dans ma vie ne me plaisait en ce moment-là et surtout ma vie professionnelle alors pour noyer mon désarroi, je m’étais mise à écrire un soir, posée sur mon lit. Et honnêtement, jamais je n’aurai pensé que j’aurai terminé ce livre et à plus forte raison, le publier…

J’avais commencé à écrire les détails de mes expériences quelques années plus tôt mais lorsque je pensais à mon séjour à Singapour cela me faisait mal et j’arrêtais… Alors oui la colère m’avait donné la force de le finir et de l’envoyer à des maisons d’édition pour la publication.

Cela m’a fait du bien, car j’y pense moins depuis que j’ai écrit tout ce que j’avais sur le cœur, mais j’ai du mal à le lire… Et en parallèle, j’ai laissé passer aussi quelques semaines avant de répondre à votre questionnaire pour ne pas me les remémorer.

Vous avez traversé trois continents. Quel moment ou quel lieu vous a le plus transformée ?

L’Egypte et Singapour. L’Egypte car j’y ai appris à vaincre mes peurs, à me défendre car personne d’autre pour le faire. J’y ai côtoyé des personnes et des nationalités que je n’avais jamais rencontré auparavant, et à être plus ouverte face à l’inconnu sans jugement.

Et Singapour, qui m’a appris que dans la vie, il faut d’abord compter sur soi avant d’espérer compter sur quiconque, que les gens ne sont pas toujours comme ils prétendent être. Et cela m’a appris aussi que je devais travailler dur pour réussir par mes propres moyens.

Aussi, depuis que j’y suis allée, bizarrement je suis devenue plus maniaque, je l’étais avant mais maintenant dix mille fois plus, je suis plus centrée sur le détail, même trop. Parfois, j’aimerai retourner en arrière pour ne plus être autant obsédée par la propreté, rires.

Vous évoquez des embûches mais aussi des rencontres marquantes. Y a-t-il une personne en particulier qui a changé votre trajectoire ?

Alors oui, Sarah Diedenhoven, mon amie Allemande, c’est clair. S’il y a bien une chose que je n’ai pas regretté en me rendant à Singapour c’est de l’avoir rencontré. Elle m’a aidé dans beaucoup de situations et m’a apporté son soutien. Elle m’a apporté ma valise de Singapour en Malaisie parce que j’étais bloquée à l’aéroport, en pleurs alors que l’on se connaissait que depuis cinq jours. Elle m’a payé mon billet car le billet d’avion que j’avais n’incluait pas de bagages alors que j’avais deux grosses valises et pas assez d’argent pour les payer.

Donc, j’avais jeté des vêtements dans la poubelle de l’aéroport mais même avec cela, ils ne voulaient pas me laisser embarquer et me proposaient de laisser les valises à Singapour, ce qui n’était pas possible car toutes mes affaires étaient dedans. J’ai été voir la police aux frontières, en passant les barrières leur disant que mon visa se terminait ce jour-là même et que je ne voulais pas rester sur leur territoire un jour de plus mais ils ne pouvaient rien faire…

Alors que je m’étais assise sur ma grosse valise noire, en pleurs, capuche sur ma tête. Lorsque j’eus relevé la tête, j’avais vu une vieille dame Singapourienne en train de trier et de prendre dans la poubelle tous les vêtements que j’avais jeté, je me suis alors approchée d’elle et je lui ai demandé si elle avait une fille de mon âge, elle avait hôché la tête, disant oui… Alors, je suis retournée à ma valise et je lui en ai donné d’autres, en plus de bijoux et du matériel de femmes, fer à lisser etc… C’et en retournant m’assoir que l’idée d’envoyer un message à Sarah m’est venu à l’esprit, comme si on me l’avait souffllé. Je me rappelle même avoir répondu dans ma tête, mais je ne la connais même pas. Alors je me suis lancée, et elle avait accepté de m’aider en utilisant sa carte bancaire, je me suis rendue après à la gare pour prendre un bus avec mes bagages, je l’ai remboursé en liquide lorsqu’on s’était retrouvée en Malaisie.

Sur l’écriture et la démarche littéraire

Vous avez commencé à écrire en 2015. Qu’est-ce qui vous a donné le goût de l’écriture ?

En fait, j’avais l’habitude de beaucoup écrire…  même en classe, le français faisait partie de mes matières préférées ou sinon c’était ma matière préférée à cause de la dissertation, dictée etc…. Mais, honnêtement, je n’aurai jamais imaginé que je publierai un livre, un jour, mais alors là plusieurs, cela ne m’avait jamais traversé l’esprit !

Cependant mon premier roman a été publié en 2015 oui, je l’avais commencé au premier trimestre de l’année et je l’avais terminé au bout de trois semaines ! Et en ce moment-là, ma grand-mère Ya Soda était venue nous voir et on partageait un même lit, comme tout le temps lorsqu’elle venait à la maison. En plus d’être ma grand-mère, c’est mon amie… Alors, on discutait de tout et de rien, comme à notre habitude, jusqu’à ce qu’elle s’endorme et moi, vue que je n’arrivais pas à dormir, j’avais pris mon Smartphone vers 00h et j’avais commencé à écrire mes idées sur l’histoire d’amour de Leonira. C’est comme cela que le premier Roman vit le jour.

Comment avez-vous vécu le processus d’écriture de ce récit intime ? Était-ce libérateur, difficile, ou les deux ?

Alors les deux, c’était libérateur car j’avais réussi à mettre sur papier ce qui était dans mon esprit, que j’avais gardé pour moi et difficile aussi car il avait fallu que je dise tout… et que je raconte aussi les côtés négatifs, de revoir le film pour décrire le tout au mieux.

Pourquoi avoir choisi la maison d’édition Les Impliqués pour publier ce livre ?

Il faut savoir que je l’avais envoyé à Harmattan en premier lieu, le challenge que je m’étais imposée est qu’il soit cette-fois publié par une grande maison d’édition. 

L’Harmattan était à ce que je me souvienne la maison d’édition de nombreux livres scolaires que l’on utilisait en primaire, donc je voyais ça comme une consécration s’ils acceptaient de me publier. Alors l’Harmattan m’a répondu positivement en me proposant qu’il soit publié par les impliqués, qui appartient aussi à l’Harmattan, compte tenu du genre littéraire qu’est mon livre : les Aventures Automnales.

Avez-vous été influencée par d’autres autrices ou auteurs africains dans votre style ou votre démarche ?

Non, je n’ai pas été influencée par d’autres autrices ou auteurs africains dans ma démarche. Cela peut paraitre bizarre, je suis écrivaine mais je ne lis pas beaucoup.

Le récit est qualifié de « captivant, déroutant, mais aussi plein de leçons ». Quelle est la leçon principale que vous souhaitez transmettre ?

Ne changez pas, où que vous soyez dans le monde. Vos parents, vos proches peuvent ne pas vous voir peut-être, mais le bon Dieu, votre créateur vous voit. Et si vous êtes sincère avec vous-mêmes, il ne vous lâchera jamais, peu importe les situations difficiles que vous rencontrez, vous allez vous en sortir.

Sur le parcours personnel et professionnel

Vous avez étudié le Management à Dakar et les Relations Internationales en Hongrie. Comment ces formations ont-elles influencé votre vision du monde ?

Alors j’ai fait ces formations car je savais où je voulais aller à un jeûne âge alors il fallait que je passe par le Management. 

D’un autre côté, les relations internationales m’ont toujours captivé, il y a toujours des rebondissements dans les relations internationales, dans la géopolitique et c’est très intéressant, d’autant plus que je n’aime pas tout ce qui reste figé, d’où mon amour pour cette discipline.

D’ailleurs j’ai pu suivre cette formation en Hongrie, justement parce que je suis allée en Egypte la première fois pour chercher un stage. Le fait que j’ai passé ce stage m’a conduit à retourner en Egypte, une fois diplômée, et c’est au cours de ce deuxième voyage pour le Caire cette fois, que j’avais fait la connaissance de deux Gabonais qui m’ont parlé de cette formation en Relations Internationales, que j’ai suivi trois années plus tard, entre trois voyages. Tout a été lié…

Vous avez multiplié les expériences professionnelles à l’international. Quelles compétences ou qualités vous ont le plus aidée dans ces contextes ?

Alors, le fait que je parlais anglais déjà avant de quitter le Sénégal m’avait beaucoup aidé, j’ai eu des embauches, que je n’aurais certainement pas eu si je ne parlais pas anglais, en plus de mes multiples expériences au fur et à mesure dans différentes entreprises et dans différents pays. Les recruteurs voyaient tout de suite que je pouvais relever de nouveaux défis et ils me félicitaient toujours pour mon parcours.

Et comme qualités, je dirai mon sens de l’écoute et ma persévérance.

En tant que femme africaine, avez-vous rencontré des défis particuliers dans vos aventures à l’étranger ?

Non, et j’en remercie le bon Dieu car beaucoup de gens que j’ai rencontrés et ce même dans la rue, sympathisaient avec moi. Parfois, j’avais l’impression même qu’ils me connaissaient alors que non. Au contraire, je m’intégrais un peu partout malgré le fait que je sois calme et réservée de nature. Je ne peux pas compter le nombre de fois où des inconnus m’ont intercepté en me disant : You seem to be lost, where do you want to go ? Maybe I can help you… Et ensuite ils m’aidaient soit à retrouver un endroit ou littéralement, ils laissaient leur chemin et venaient avec moi pour me montrer.

Cela m’est arrivé en Egypte, à Singapour etc.. La première fois que je suis arrivée à Budapest pour y vivre après mon Master à Szeged, à ma sortie du métro, avec mes valises, deux personnes, un espagnol et une tunisienne ont accouru et chacun tenait une valise, ils ne m’avaient même pas laissé en tenir une.

À Singapour aussi, deux hommes d’affaires Singapouriens avaient tenu mes valises à l’aéroport à mon arrivée, et m’ont dit que je ne m’en sortirai pas en métro, puis l’un m’a donné 50 dollars pour que je prenne un taxi. Et au Maroc aussi, à mon arrivée à l’aéroport de Casablanca, un couple de français m’avait aussi aidé, avec mes bagages alors que la femme avait un bébé au bras.

Cela m’avait tellement touché ! Malheureusement je n’ai revu aucun d’entre eux, mais leurs gestes resteront à jamais gravés dans ma mémoire… et Pareil au travail, on m’approchait facilement. J’ai toujours eu de très beaux rapports avec mes collègues.

Comment conciliez-vous votre vie professionnelle avec votre passion pour l’écriture ?

Je les concilie très bien, j’écris de temps à autre surtout pendant la nuit, avant de m’endormir ou les weekends et lorsque j’ai des vacances, j’accélère pour terminer ce que j’ai commencé, comme pour mon dernier Roman : NORTHTOWN VILLAGE, je l’ai terminé durant mes vacances de Noël et au 31 Décembre 2024 il était sur Amazon puis vint la version française en Janvier 2025.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille sénégalaise qui rêve de découvrir le monde et de raconter son histoire ?

De croire en ses rêves, car rien n’est impossible. Il suffit d’avoir de la bonne volonté et de l’ambition. Aussi de rester soi-même tout en apprenant des autres pour grandir.


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