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L’Odyssée d’Homère | Chant 2 | Episode 4

Plongez dans les premières pages de *L’Odyssée* d’Homère : une ouverture mythique où se dessinent les thèmes du voyage, de la mémoire et de l’identité. Analyse littéraire et éclairage culturel sur l’un des récits fondateurs de la civilisation occidentale.

L'odyssée illustration visuelle 8

Craignez qu’un roi porte-sceptre ne soit plus jamais ni bienveillant, ni doux, et qu’il ne médite plus de bonnes actions dans son esprit,
mais qu’il soit cruel désormais et veuille l’iniquité, puisque nul
ne se souvient du divin Odysseus parmi les peuples auxquels
il commandait aussi doux qu’un père. Je ne reproche point aux prétendants orgueilleux de commettre des actions violentes dans un esprit inique, car ils jouent leurs têtes en consumant la
demeure d’Odysseus qu’ils pensent ne plus revoir.


Maintenant, c’est contre tout le peuple que je m’irrite, contre vous
qui restez assis en foule et qui n’osez point parler, ni réprimer les
prétendants peu nombreux, bien que vous soyez une multitude.


Et l’Euènoride Leiôkritos lui répondit :

– Mentôr, injurieux et stupide, qu’as-tu dit ? Tu nous exhortes à
nous retirer ! Certes, il serait difficile de chasser violemment du
festin tant de jeunes hommes.

Même si l’Ithakèsien Odysseus, survenant lui-même, songeait dans son esprit à chasser les illustres
prétendants assis au festin dans sa demeure, certes, sa femme,
bien qu’elle le désire ardemment, ne se réjouirait point alors de
le revoir, car il rencontrerait une mort honteuse, s’il combattait
contre un si grand nombre.

Tu n’as donc point bien parlé. allons !
Dispersons-nous, et que chacun retourne à ses travaux.

Mentôr et Halithersès prépareront le voyage de Tèlémakhos, puisqu’ils sont
dès sa naissance ses amis paternels. Mais je pense qu’il restera
longtemps ici, écoutant des nouvelles dans Ithakè, et qu’il n’accomplira point son dessein.

Ayant ainsi parlé, il rompit aussitôt l’agora, et ils se dispersèrent, et
chacun retourna vers sa demeure. Et les prétendants se rendirent
à la maison du divin Odysseus.


Et Tèlémakhos s’éloigna sur le rivage de la mer, et, plongeant ses
mains dans la blanche mer, il supplia athènè :

– Entends-moi, déesse qui est venue hier dans ma demeure, et qui
m’as ordonné d’aller sur une nef, à travers la mer sombre, m’in
former de mon père depuis longtemps absent.

Et voici que les akhaiens m’en empêchent, et surtout les orgueilleux prétendants.


Il parla ainsi en priant, et athènè parut auprès de lui, semblable à
Mentôr par l’aspect et par la voix, et elle lui dit ces paroles ailées :

– Tèlemakhos, tu ne seras ni un lâche, ni un insensé, si l’excellent
esprit de ton père est en toi, tel qu’il le possédait pour parler
et pour agir, et ton voyage ne sera ni inutile, ni imparfait.

Si tu n’étais le fils d’Odysseus et de Pènélopéia, je n’espérerais pas que
tu pusses accomplir ce que tu entreprends, car peu de fils sont
semblables à leur père.

La plupart sont moindres, peu son meilleurs que leurs parents. Mais tu ne seras ni un lâche, ni un insensé,
puisque l’intelligence d’Odysseus est restée en toi, et tu dois espé
rer accomplir ton dessein. C’est pourquoi oublie les projets et les résolutions des prétendants insensés, car ils ne sont ni prudents,
ni équitables, et ils ne songent point à la mort et à la kèr noire qui
vont les faire périr tous en un seul jour.

Ne tarde donc pas plus
longtemps à faire ce que tu as résolu. Moi qui suis le compagnon
de ton père, je te préparerai une nef rapide et je t’accompagnerai.
Mais retourne à ta demeure te mêler aux prétendants.


Apprête nos vivres ; enferme le vin dans les amphores, et, dans les
outres épaisses, la farine, moelle des hommes.

Moi, je te réunirai des compagnons volontaires parmi le peuple. Il y a beaucoup de
nefs, neuves et vieilles, dans Ithakè entourée des flots. Je choisi
rai la meilleure de toutes, et nous la conduirons, bien armée, sur
la mer vaste.


Ainsi parla athènè, fille de Zeus ; et Tèlémakhos ne tarda pas plus
longtemps, dès qu’il eut entendu la voix de la Déesse.

Et, le cœur triste, il se hâta de retourner dans sa demeure. Et il trouva les pré
tendants orgueilleux dépouillant les chèvres et faisant rôtir les
porcs gras dans la cour. Et antinoos, en riant, vint au-devant de
Tèlémakhos ; et, lui prenant la main, il lui parla ainsi :

– Tèlémakhos, agorète orgueilleux et plein de colère, qu’il n’y ait plus dans ton cœur ni soucis, ni mauvais desseins. Mange et bois en paix comme auparavant.

Les akhaiens agiront pour toi. Ils
choisiront une nef et des rameurs, afin que tu ailles promptement
à la divine Pylos t’informer de ton illustre père.


Et le prudent Tèlémakhos lui répondit :

– Antinoos, il ne m’est plus permis de m’asseoir au festin et de me
réjouir en paix avec vous, orgueilleux ! N’est-ce pas assez, prétendants, que vous ayez déjà dévoré mes meilleures richesses, tandis que j’étais enfant ?


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