Et le vieux héros Halithersès
Mastoride leur parla.
Et il l’emportait sur ses égaux en âge pour
expliquer les augures et les destinées.
Et, très-sage, il parla ainsi
au milieu de tous :
– Écoutez maintenant, Ithakèsiens, ce que je vais dire. Ce signe
s’adresse plus particulièrement aux prétendants.
Un grand danger est suspendu sur eux, car Odysseus ne res
tera pas longtemps encore loin de ses amis ; mais voici qu’il est
quelque part près d’ici et qu’il prépare aux prétendants la Kèr
et le carnage.
Et il arrivera malheur à beaucoup parmi ceux qui
habitent l’illustre Ithakè.
Voyons donc, dès maintenant, comment
nous éloignerons les Prétendants, à moins qu’ils se retirent d’eux
mêmes, et ceci leur serait plus salutaire.
Je ne suis point, en effet, un divinateur inexpérimenté, mais bien instruit ; car je pense
qu’elles vont s’accomplir les choses que j’ai prédites à Odysseus
quand les argiens partirent pour Ilios, et que le subtil Odysseus
les commandait. Je dis qu’après avoir subi une foule de maux et
perdu tous ses compagnons, il reviendrait dans sa demeure vers
la vingtième année.
Et voici que ces choses s’accomplissent.
Et Eurymakhos, fils de Polybos, lui répondit :
– Ô Vieillard, va dans ta maison faire des prédictions à tes enfants,
de peur qu’il leur arrive malheur dans l’avenir ; mais ici je suis
de beaucoup meilleur divinateur que toi.
De nombreux oiseaux volent sous les rayons de Hèlios, et tous ne sont pas propres aux
augures. Certes, Odysseus est mort au loin, et plût aux dieux que
tu fusses mort comme lui ! Tu ne proférerais pas tant de prédic
tions vaines, et tu n’exciterais pas ainsi Tèlémakhos déjà irrité,
avec l’espoir sans doute qu’il t’offrira un présent dans sa maison.
Mais je te le dis, et ceci s’accomplira : Si, le trompant par ta science
ancienne et tes paroles, tu pousses ce jeune homme à la colère, tu
lui seras surtout funeste ; car tu ne pourras rien contre nous ; et
nous t’infligerons, ô vieillard, une amende que tu déploreras dans
ton cœur, la supportant avec peine ; et ta douleur sera accablante.
Moi, je conseillerai à Tèlémakhos d’ordonner que sa mère
retourne chez Ikarios, afin que les siens célèbrent ses noces et lui
fassent une dot illustre, telle qu’il convient d’en faire à une fille
bien-aimée.
Je ne pense pas qu’avant cela les fils des akhaiens
restent en repos et renoncent à l’épouser ; car nous ne craignons
personne, ni, certes, Tèlémakhos, bien qu’il parle beaucoup ; et
nous n’avons nul souci, ô Vieillard, de tes vaines prédictions, et tu
ne nous en seras que plus odieux.
Les biens de Tèlémakhos seront de nouveau consumés, et ce sera ainsi tant que Pènélopéia retien
dra les akhaiens par l’espoir de ses noces. Et, en effet, c’est à cause
de sa vertu que nous attendons de jour en jour, en nous la dispu
tant, et que nous n’irons point chercher ailleurs d’autres épouses.
Et le prudent Tèlémakhos lui répondit :
– Eurymakhos, et tous, tant que vous êtes, illustres prétendants, je
ne vous supplierai ni ne vous parlerai plus longtemps. Les dieux
et tous les akhaiens savent maintenant ces choses.
Mais donnez-moi promptement une nef rapide et vingt compa
gnons qui fendent avec moi les chemins de la mer. J’irai à Spartè
et dans la sablonneuse Pylos m’informer du retour de mon père
depuis longtemps absent. Ou quelqu’un d’entre les hommes m’en
parlera, ou j’entendrai la renommée de Zeus qui porte le plus loin
la gloire des hommes.
Si j’entends dire que mon père est vivant et
revient, j’attendrai encore une année, bien qu’affligé.
Si j’entends dire qu’il est mort et ne doit plus reparaître, je reviendrai dans
la chère terre de la patrie, je lui élèverai un tombeau, je célébre
rai d’illustres funérailles, telles qu’il convient, et je donnerai ma
mère à un mari.
Ayant ainsi parlé, il s’assit.
Et au milieu d’eux se leva Mentôr,
qui était le compagnon de l’irréprochable Odysseus.
Et celui-ci, comme il partait, lui confia toute sa maison, lui remit ses biens
en garde et voulut qu’on obéisse au vieillard.
Et, au milieu d’eux,
plein de sagesse, il parla et dit :
– Écoutez-moi maintenant, Ithakèsiens, quoi que je dise.
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