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- Le Tour D'Afrique du Livre

Episode 7 | Kateb Yacine – Nedjma (Algérie)

Dans cet épisode du Tour d’Afrique du livre, nous faisons halte en Algérie pour rencontrer une œuvre-monde, un cri poétique et politique : Nedjma de Kateb Yacine. Publié en 1956, ce roman incandescent bouleverse les formes, les langues et les appartenances. Il est à la fois mythe, mémoire et manifeste.

CAN

Une œuvre de rupture, née dans la tourmente

Nedjma paraît deux ans après l’insurrection du 1er novembre 1954, en pleine guerre d’indépendance. Mais son origine remonte à un autre choc : les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, auxquels Kateb assiste adolescent. Ce traumatisme fonde son engagement littéraire. Nedjma est le fruit de cette blessure : un roman éclaté, polyphonique, où la langue française est prise à revers, travaillée de l’intérieur, pour dire l’indicible.

Nedjma, femme-pays, femme-mystère

Au cœur du roman, une figure insaisissable : Nedjma, jeune femme née d’un père algérien et d’une mère française, aimée par quatre hommes — Lakhdar, Mustapha, Rachid et Mourad. Elle n’est pas une héroïne au sens classique, mais une allégorie de l’Algérie colonisée, convoitée, divisée, silencieuse. Elle incarne la beauté, la douleur, l’énigme d’un pays en quête de lui-même.

Une narration éclatée, une langue insurgée

Nedjma ne suit pas une intrigue linéaire. Le récit est fragmenté, circulaire, traversé de retours en arrière, de monologues intérieurs, de visions hallucinées. Kateb Yacine y invente une langue de la décolonisation, mêlant lyrisme, oralité, fulgurances poétiques. Il détourne le français — langue du colon — pour en faire un outil de résistance et de réinvention.

Un roman politique sans slogans

Nedjma ne proclame pas, il suggère. Il ne décrit pas la guerre, mais la dépossession, l’exil intérieur, la mémoire fracturée. Il donne voix à des personnages en errance, pris entre révolte et fatalité, entre fidélité aux ancêtres et vertige de la modernité. C’est un roman de la tension, de l’entre-deux, de l’attente.

Pourquoi lire Nedjma aujourd’hui

  • Parce qu’il est fondateur : Nedjma est considéré comme le roman matriciel de la littérature maghrébine moderne.
  • Parce qu’il est toujours inadapté : Aucun cinéaste n’a osé le porter à l’écran, tant sa forme est libre, sa langue indomptable.
  • Parce qu’il parle à l’Afrique entière : De la dépossession coloniale à la quête d’identité, ses thèmes résonnent bien au-delà de l’Algérie.

Pour aller plus loin dans Le tour d’Afrique du livre

  • Lire Nedjma en écho à Une si longue lettre de Mariama Bâ ou Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma : d’autres voix, d’autres formes, même urgence.
  • Organiser une lecture collective autour de la figure de Nedjma : femme, pays, mythe — que représente-t-elle pour les lecteurs d’aujourd’hui ?
  • Explorer le théâtre de Kateb Yacine, notamment Le cadavre encerclé ou Mohamed, prends ta valise, où il poursuit sa quête d’une langue populaire et subversive.

Avec Nedjma, Kateb Yacine ne raconte pas une histoire : il fait éclater le roman pour dire l’Algérie. Il écrit comme on résiste, comme on aime, comme on rêve — avec feu.

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