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Episode 11 – Cheikh Anta Diop (Sénégal) – Civilisation ou barbarie

Publié en 1981, Civilisation ou barbarie constitue l’aboutissement intellectuel de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, historien, physicien, linguiste et penseur panafricain. Ce texte dense, rigoureux et provocateur propose une relecture radicale de l’histoire humaine, en affirmant la centralité de l’Afrique dans la genèse des civilisations. Diop y articule science, politique et épistémologie dans une démarche de réhabilitation historique et de souveraineté culturelle.

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Cheikh Anta Diop – Civilisation ou barbarie (Sénégal)

Une archéologie du savoir africain

Dans Civilisation ou barbarie, Diop poursuit son entreprise entamée avec Nations nègres et culture et Antériorité des civilisations nègres. Il y défend la thèse selon laquelle l’Égypte pharaonique fut une civilisation africaine noire, et que cette matrice culturelle irrigua l’ensemble du continent. Il mobilise des données linguistiques, anthropologiques, historiques et génétiques pour démontrer la continuité culturelle entre l’Égypte ancienne et les sociétés africaines subsahariennes.

Cette approche, longtemps marginalisée dans les cercles académiques occidentaux, repose sur une exigence méthodologique : Diop appelle à une interdisciplinarité rigoureuse, à une africanisation des sciences humaines, et à une critique des biais eurocentriques dans la production du savoir.

Science et politique : une pensée de la souveraineté

Loin d’être un simple ouvrage d’histoire, Civilisation ou barbarie est aussi un manifeste politique. Diop y affirme que la renaissance africaine passe par la maîtrise des sciences, la réappropriation de l’histoire, et la construction d’un État fédéral africain. Il insiste sur la nécessité d’une langue africaine commune, sur l’importance de l’enseignement scientifique, et sur le rôle de la culture comme levier de développement.

La barbarie, dans son lexique, n’est pas une insulte : c’est l’absence de civilisation, c’est-à-dire de projet collectif fondé sur la raison, la justice et la mémoire. Diop oppose à cette barbarie la civilisation africaine, non comme nostalgie, mais comme horizon.

Une œuvre de rupture épistémologique

Civilisation ou barbarie déconstruit les fondements de l’histoire universelle telle qu’enseignée dans les écoles coloniales. Diop y critique les classifications raciales, les mythes de la supériorité occidentale, et les falsifications historiques. Il propose une nouvelle grille de lecture, où l’Afrique n’est plus périphérique mais centrale, non plus objet mais sujet.

Son écriture, dense et technique, s’adresse autant aux chercheurs qu’aux militants. Elle exige une lecture active, une mise en question des certitudes, une ouverture à la complexité. Diop ne cherche pas à séduire : il cherche à convaincre, à démontrer, à armer intellectuellement.

Un legs toujours vivant

Quarante ans après sa publication, Civilisation ou barbarie reste une référence incontournable dans les études africaines, les mouvements panafricains, et les débats sur la décolonisation du savoir. Il inspire des chercheurs, des artistes, des enseignants, des activistes. Il rappelle que l’histoire n’est pas figée, mais qu’elle peut être réécrite — à condition d’en maîtriser les outils.

Cheikh Anta Diop, par cette œuvre, ne propose pas seulement une autre histoire. Il propose une autre manière d’être au monde : lucide, libre, enracinée.

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