Ibrahim Sountara
Ce que révèle son livre « Les deux frontières »
Dans un monde où les frontières ne sont pas seulement géographiques mais aussi sociales, juridiques et humaines, Ibrahim Sountara nous livre avec Les deux frontières un roman d’une intensité rare, porté par une plume à la fois délicate et engagée.
Publié aux éditions Les Impliqués, ce récit poignant nous entraîne dans la vie de Nankama, un homme désigné comme « migrant irrégulier », dont le parcours révèle les rouages d’un système bureaucratique oppressant et les éclats d’humanité qui subsistent malgré tout.
Disponible à la vente ici :

Interview révélation d’Ibrahim Sountara avec GMSavenue
À travers cette œuvre préfacée par Nadia Alcaraz, Sountara donne voix aux invisibles, aux oubliés, à ceux dont la dignité est mise à l’épreuve jour après jour. Originaire d’Hermankono-diès en Côte d’Ivoire, l’auteur poursuit ici son exploration littéraire des réalités migratoires entamée avec Le Rêve brisé (2018), affirmant son rôle de passeur de récits et de conscience.
Les deux frontières n’est pas seulement un roman : c’est une traversée, une interpellation, une invitation à regarder autrement ceux que les lois effacent mais que la littérature révèle
Origines et parcours
GMSavenue : En quelques mots, qui est Ibrahim Sountara ?
Ibrahim Sountara est un écrivain ivoiro-français engagé, dont l’écriture puise à la fois dans la mémoire des traditions orales africaines et dans l’observation lucide des réalités contemporaines.
À travers mes récits, j’explore les fractures sociales, les désillusions de l’exil, mais aussi la dignité et la résilience des êtres face à l’adversité.
Mes ouvrages, mêlant profondeur humaine et portée universelle, s’inscrivent dans une démarche de témoignage et de transmission.
GMSavenue : Vous êtes originaire d’Hermankono-diès, un village que vous décrivez comme enchanteur. En quoi ce lieu a-t-il façonné votre sensibilité et votre regard sur le monde ?
Hermankono-diès est plus qu’un simple point d’origine, c’est une matrice. J’y ai grandi au rythme des saisons, bercé par la voix des anciens qui transmettaient les contes au clair de lune et par la solidarité instinctive qui liait les habitants.
Dans ce village, la pauvreté matérielle n’effaçait pas la richesse humaine : l’entraide, l’hospitalité, la proximité avec la nature. C’est là que j’ai appris à observer les nuances du monde, à comprendre que derrière chaque fragilité se cache une force, et que la beauté se révèle souvent dans la simplicité.
Ce regard, forgé au contact de cette terre et de ses visages, imprègne naturellement mon écriture et mon engagement : donner voix à ceux qu’on oublie, et rappeler que la dignité ne se mesure pas à ce que l’on possède, mais à ce que l’on partage.
GMSavenue : Très jeune, vous avez trouvé refuge dans l’écriture. Quelles émotions ou expériences ont nourri cette vocation ?
L’écriture, au départ, a été pour moi un abri. Un lieu où déposer ce que le quotidien ne me permettait pas d’exprimer : la peur, l’injustice, la douleur muette des humiliations.
Mais le véritable déclic est venu plus tard, en Libye, dans cet espace où l’humanité semblait s’être effacée. Je n’oublierai jamais ce jour où, sous nos yeux impuissants, deux femmes ont été violées.
À cet instant, quelque chose s’est brisé en moi, et une promesse est née : celle de donner voix à l’indicible, d’écrire pour dénoncer ces actes ignobles et, à travers mes récits, témoigner de ce que d’autres préféreraient taire.
Dès lors, l’écriture n’a plus été seulement une échappatoire intime, mais un engagement. Elle est devenue un acte de résistance, une manière de transformer mes blessures et celles des autres en parole partagée, en mémoire vivante.
GMSavenue : Votre premier roman Le Rêve brisé (2018) abordait déjà la migration et la quête de dignité. Comment ce thème s’est-il imposé comme fil conducteur de votre œuvre ?
Ce thème s’est imposé à moi avec la force de l’évidence. J’ai moi-même connu l’exil, ses illusions, ses blessures, ses naufrages intérieurs.
La migration, pour beaucoup, est réduite à des chiffres ou à des images fugitives dans les journaux, mais derrière chaque traversée il y a des visages, des destins, des rêves brisés ou parfois sauvés de justesse. Écrire sur ce sujet, c’était d’abord refuser l’oubli. Le Rêve brisé est né de cette urgence : dire ce que j’avais vu, ce que j’avais vécu, ce que d’autres avaient subi dans un silence imposé.
La migration n’est pas seulement un déplacement géographique, elle est une déchirure humaine, une quête obstinée de dignité. Ce fil, je ne l’ai jamais quitté, car il traverse ma propre histoire et, au-delà, celle de mon continent.
Écrire sur la migration, c’est aussi interroger notre monde : pourquoi tant d’hommes et de femmes doivent-ils risquer leur vie pour chercher ailleurs ce qu’ils n’ont pas trouvé chez eux ?
En réalité, ce n’est pas moi qui ai choisi ce thème : ce sont les cris étouffés des migrants qui m’ont choisi comme témoin.
Autour du roman “Les deux frontières“
GMSavenue : Qu’est-ce qui vous a inspiré l’histoire de Nankama, ce personnage confronté à l’exil et à l’inhumanité administrative ?
Nankama est né d’une rencontre entre ma mémoire et les ombres croisées au fil de mon parcours. Ce personnage concentre la détresse de milliers de jeunes Africains que j’ai vus, ou dont j’ai entendu les récits : des êtres réduits à des dossiers, des numéros, des empreintes digitales.
J’ai voulu donner un visage, une chair et une voix à ceux que l’on efface derrière des procédures froides. Son histoire, c’est aussi celle d’une fracture intime.
L’exil n’est pas seulement un arrachement à la terre natale, c’est une épreuve qui vous dénude face à l’inhumanité de certaines institutions. Quand un homme devient un simple formulaire, quand son destin dépend d’un tampon posé à la hâte, il n’est plus regardé comme un être humain mais comme une charge à gérer.
J’ai voulu que Nankama incarne cette douleur-là : celle d’un jeune qui ne cherche pas la lune, mais simplement une place digne parmi les vivants. Ce qui m’a inspiré, c’est l’injustice flagrante d’un monde où l’administration, censée protéger, devient parfois une machine à broyer.
Mais derrière cette dénonciation, il y a aussi une volonté de montrer la force de résistance de ces exilés, leur humanité irréductible, leur obstination à continuer d’espérer malgré tout.
GMSavenue : Le titre Les deux frontières évoque-t-il une dualité entre les frontières géographiques et celles de l’âme ?
Absolument. La frontière, dans mon écriture, ne se réduit jamais à une ligne tracée sur une carte. Elle est d’abord ce mur tangible qui sépare les peuples, empêche la libre circulation et condamne tant de jeunes à risquer leur vie sur les routes de l’exil.
Mais elle est aussi, plus sournoisement, une barrière intérieure. La peur, le doute, la culpabilité, l’espoir même : autant de frontières invisibles que chacun porte en soi et qu’il faut franchir pour avancer.
Dans Les deux frontières, Nankama affronte ce double obstacle. Le passage des frontières géographiques met son corps en danger ; le franchissement des frontières de l’âme met à l’épreuve son humanité.
J’ai voulu explorer cette tension : que devient un homme lorsqu’il est contraint de négocier non seulement avec les gardes et les barbelés, mais aussi avec ses propres fragilités, ses déchirures intimes ?
Ce titre est donc une métaphore de notre époque. Il rappelle que les murs les plus redoutables ne sont pas toujours ceux que l’on érige entre les nations, mais ceux que l’on laisse grandir en nous, par peur de l’autre, par refus d’accueillir, par incapacité à reconnaître la dignité de celui qui frappe à nos portes.
GMSavenue : Comment avez-vous travaillé la construction du récit pour faire ressentir au lecteur la pression du système bureaucratique ?
J’ai choisi une écriture qui épouse la lenteur, les silences et les labyrinthes du système administratif. La bureaucratie, ce n’est pas seulement des formulaires à remplir : c’est une mécanique qui use les corps et ronge les esprits.
Pour que le lecteur en ressente le poids, j’ai construit le récit comme une succession d’attentes, d’impasses, de recommencements absurdes. Chaque scène porte en elle cette impression d’étau qui se resserre, de temps suspendu, de vie confisquée.
Le lecteur avance avec Nankama dans ce couloir sans fin, où chaque porte s’ouvre sur un nouveau refus, chaque tampon devient une frontière de plus. J’ai voulu que cette oppression administrative ne soit pas décrite de manière abstraite, mais incarnée dans les gestes, les regards, les humiliations infimes qui s’accumulent jusqu’à devenir insupportables.
En filigrane, il y avait pour moi une évidence : montrer que l’inhumanité ne s’exprime pas seulement dans les violences spectaculaires, mais aussi dans ces violences froides, banales, presque invisibles.
Cette bureaucratie sans visage, qui prétend appliquer des règles neutres, écrase des existences entières dans le silence d’un bureau. Écrire cela, c’était rappeler que l’exil ne se joue pas uniquement dans les déserts ou sur les mers, mais aussi dans ces salles d’attente où l’espoir s’éteint lentement.
GMSavenue : Le roman met en lumière les « invisibles » et les « oubliés ». Avez-vous rencontré des personnes réelles qui ont inspiré ces personnages ?
Oui, chaque personnage porte en lui des fragments de vies réelles.
Au fil de mes voyages et de mes expériences personnelles, j’ai croisé des hommes et des femmes dont les existences semblaient effacées du monde : des migrants coincés dans des camps, des jeunes livrés à eux-mêmes dans des villes étrangères, des familles dont la survie ne tient qu’à l’obstination quotidienne.
Ces rencontres m’ont profondément marqué. Les « invisibles » de mon roman ne sont donc pas de simples constructions fictionnelles.
Ils sont le reflet de ceux que j’ai vus souffrir en silence, mais aussi de ceux qui continuent à sourire, à résister et à espérer malgré l’oubli qui les entoure. J’ai cherché à rendre justice à leur humanité, à leur courage discret, à cette dignité que personne ne remarque mais qui persiste.
Écrire ces personnages, c’était leur donner enfin une voix, les tirer de l’ombre pour rappeler que derrière chaque statistique, derrière chaque dossier, se cache une vie pleine de complexité, de souffrance et de beauté.
GMSavenue : Quelle place occupe la solidarité humaine dans le parcours de Nankama ? Est-ce un message d’espoir que vous souhaitez transmettre ?
La solidarité est le fil invisible qui traverse tout le parcours de Nankama. Dans un monde où les institutions échouent souvent à protéger, où la bureaucratie et l’indifférence peuvent broyer des existences, ce sont les gestes humains, parfois minuscules, qui deviennent des ponts.
Un sourire, un partage de nourriture, une main tendue à celui qui sombre : ces moments, aussi fragiles soient-ils, portent une force immense.
J’ai voulu montrer que même dans les situations les plus extrêmes, la capacité à s’entraider ne disparaît jamais totalement.
C’est ce que Nankama découvre au fil de son voyage : que l’humanité se trouve souvent là où on ne l’attend pas, chez ceux qui n’ont rien à donner sinon leur présence et leur écoute. Oui, c’est un message d’espoir.
Mais ce n’est pas un espoir naïf : il n’efface pas la souffrance, les épreuves, ni l’injustice. Il montre simplement que, malgré tout, l’homme reste capable de bonté, de courage et de fidélité à ses semblables.
La solidarité devient alors une résistance silencieuse, un moyen de traverser les frontières, visibles ou invisibles, avec dignité et humanité.
GMSavenue : La préface de Nadia Alcaraz apporte une lecture sensible de votre œuvre. Comment s’est faite cette collaboration ?
La rencontre avec Nadia Alcaraz a été, pour moi, une évidence presque nécessaire. Son regard sur la littérature, sa capacité à percevoir les interstices de l’âme humaine, rejoignaient exactement ce que je cherchais à transmettre dans mes récits.
Nous avons échangé longuement sur le rôle de la littérature comme témoin des injustices, comme miroir des fragilités et des forces silencieuses des hommes.
Lorsque je lui ai proposé de rédiger la préface, elle a accepté non seulement par amitié et respect, mais surtout parce qu’elle a compris la portée universelle des histoires que je raconte.
Sa lecture, sensible et profonde, éclaire des aspects que je n’avais pas toujours mis en mots, et offre au lecteur un point de vue complémentaire : celui de celui qui observe avec attention la dignité dans la souffrance, la beauté dans la résilience, la solidarité là où tout semble perdu.
Travailler avec elle, c’était confier mes personnages à une voix qui amplifie leur humanité, qui souligne les nuances entre l’ombre et la lumière de leurs existences.
Sa préface n’est pas une simple introduction : c’est un écho, une résonance qui prépare le lecteur à entrer pleinement dans le monde que j’ai tenté de restituer avec fidélité et intensité.
Style et engagement
GMSavenue : Votre écriture est décrite comme « délicate et puissante ». Comment définiriez-vous votre style littéraire ?
Je définirais mon style comme une écriture de tension et d’intimité. Délicate, parce qu’elle cherche à capter les infimes nuances de l’âme humaine, les frôlements de la peur, de la joie, de la mélancolie.
Puissante, parce qu’elle ne peut se permettre d’ignorer la violence du monde, l’injustice, la misère et l’exil. C’est un style qui tente de rendre sensibles les paradoxes de la vie : la fragilité et la résistance, la misère et la générosité, le silence et le cri.
J’essaie toujours d’instaurer un équilibre entre la densité émotionnelle et la fluidité de la lecture, pour que le lecteur se sente à la fois immergé dans les situations et invité à réfléchir à leur portée universelle.
Chaque mot, chaque phrase est choisi pour sa capacité à traduire une vérité intime tout en portant un écho social ou philosophique.
Mon écriture est donc à la fois un témoignage et une exploration : témoin des réalités que je traverse ou observe, et exploration de ce que signifie être humain au cœur de ces réalités. Elle cherche à donner une voix à ceux que l’on n’entend pas, et à rappeler que la littérature peut être un acte de résistance, de mémoire et de partage.
GMSavenue : Pensez-vous que la littérature peut être un outil de transformation sociale, notamment sur les questions migratoires ?
Oui, je crois profondément que la littérature peut changer les regards et ouvrir des espaces de compréhension. Elle ne remplace pas l’action politique, ni les lois, mais elle a le pouvoir de toucher les consciences, de créer de l’empathie là où souvent règne l’indifférence.
Par la lecture, le lecteur se retrouve à marcher dans les pas de ceux que l’on considère comme « invisibles » : il sent leur fatigue, partage leur espoir, comprend la complexité de leurs choix et de leurs sacrifices.
Sur les questions migratoires, la littérature permet d’humaniser des situations souvent réduites à des statistiques ou des clichés. Elle raconte les histoires derrière les frontières, celles qui échappent aux journaux et aux débats publics.
Montrer la vulnérabilité et la dignité de ces personnes, c’est provoquer une réflexion, inviter à l’action, et rappeler que chaque vie compte. À travers mes livres, j’essaie d’ouvrir une fenêtre sur ce monde méconnu, de donner voix à ceux que l’on entend peu.
La littérature devient alors un acte de mémoire et de justice, une manière de transformer le regard des autres et, peut-être, d’inspirer des changements concrets dans notre rapport à l’exil, à la solidarité et à l’humanité.
GMSavenue : Comment conciliez-vous l’émotion poétique avec la rigueur du témoignage social dans vos romans ?
Pour moi, l’émotion poétique et le témoignage social ne sont pas des incompatibles, mais deux visages d’une même exigence : dire la vérité des hommes tout en captant la profondeur de leur expérience.
La poésie naît de l’observation attentive, de l’écoute des silences, des gestes et des paysages, de tout ce qui échappe aux statistiques et aux faits bruts. Elle permet de traduire le vécu, l’intime et l’universel, avec une sensibilité qui touche le lecteur au-delà de la simple information.
La rigueur sociale, elle, exige que chaque situation, chaque personnage, repose sur un ancrage réel, crédible, documenté. Elle impose la véracité des contextes, la justesse des conflits, la cohérence des trajectoires humaines.
C’est cette alliance entre sensibilité et précision qui donne à mes romans leur densité : la lecture devient à la fois émotionnelle et réflexive, esthétique et engagée.
Ainsi, quand je décris un migrant traversant le désert ou une famille aux prises avec la misère, chaque mot porte le poids de la réalité, mais aussi la lumière fragile d’une expérience intérieure.
La poésie n’adoucit pas la dureté du réel, elle en révèle la profondeur, et le témoignage social ne restreint pas la beauté du récit : ensemble, ils construisent une vision du monde à la fois vivante, sensible et exigeante.
Résonance et responsabilité
GMSavenue : À travers Les deux frontières, vous interpellez sur notre responsabilité collective. Qu’attendez-vous du lecteur après avoir refermé le livre ?
Mon souhait le plus profond est que le lecteur sorte de cette lecture avec un écho intérieur, une conscience éveillée de ce que signifient la solidarité et l’humanité face aux souffrances invisibles.
Je ne cherche pas à imposer une morale, mais à inviter à la réflexion, à faire sentir que derrière chaque statistique, chaque dossier administratif ou chaque titre de journal, se cachent des vies complexes, fragiles et précieuses. Je voudrais que le lecteur se demande : que puis-je faire à mon niveau ?
Comment mes choix, mon regard, mes gestes peuvent-ils peser sur le destin de ceux que la société tend à oublier ? L’œuvre cherche à créer ce vertige nécessaire, cette tension entre empathie et action, entre émotion et conscience sociale.
En refermant Les deux frontières, j’espère qu’il reste plus qu’une histoire : une capacité à voir et à reconnaître l’autre, à ressentir sa dignité et sa vulnérabilité, et, peut-être, à transformer ce sentiment en actes, même modestes.
La littérature, pour moi, n’est complète que si elle touche le cœur et, en silence, transforme les mains et les consciences.
GMSavenue : Quel regard portez-vous sur les politiques migratoires actuelles en Afrique et en Europe ?
Je les observe avec inquiétude et frustration. Trop souvent, elles semblent déconnectées des réalités humaines qu’elles prétendent réguler.
En Afrique comme en Europe, ces politiques privilégient la sécurité, la bureaucratie et les chiffres au détriment de la dignité et des droits fondamentaux des individus. Les frontières se durcissent, les procédures s’allongent, et les personnes vulnérables deviennent invisibles ou suspectes.
Pourtant, derrière chaque décision, chaque règlement, se cachent des vies concrètes, des espoirs brisés, des familles séparées. Ces politiques ne prennent pas suffisamment en compte la complexité des parcours migratoires, les violences, la pauvreté ou les conflits qui poussent des hommes, des femmes et des enfants à partir.
Mon regard est donc critique mais aussi engagé : je crois que la littérature a un rôle à jouer pour réhumaniser ces débats. En racontant les histoires de ceux qui traversent ces frontières, je souhaite rappeler que derrière chaque dossier administratif se trouve une personne avec ses souffrances, ses choix et sa dignité.
Si les politiques restent sourdes à cela, nous, écrivains et citoyens, devons continuer à donner voix à l’humanité qui résiste.
GMSavenue : Si vous deviez adresser un message aux jeunes écrivains africains, quel serait-il ?
Je leur dirais avant tout de ne jamais sous-estimer la force de leur voix. L’Afrique regorge de récits, de mémoires et de visions qui méritent d’être entendus.
Chaque jeune écrivain porte en lui un trésor d’expériences, de traditions, de luttes et d’espérances ; il lui suffit de trouver le courage de les transcrire avec sincérité et exigence. Il est essentiel de comprendre que l’écriture n’est pas seulement un art : c’est un acte de mémoire, de transmission et parfois de résistance.
Écrire, c’est donner une voix à ceux qui n’en ont pas, questionner les injustices, dénoncer ce qui doit l’être, mais aussi célébrer la beauté et la dignité de nos peuples. Je leur dirais enfin de ne jamais renoncer face aux doutes, aux critiques ou aux obstacles.
L’écriture demande persévérance et patience, mais elle possède le pouvoir de transformer le regard des autres, de provoquer des débats, de créer des ponts.
Soyez fidèles à votre sensibilité, mais aussi attentifs au monde qui vous entoure : c’est dans ce dialogue entre l’intime et le collectif que naissent les œuvres qui perdurent et qui parlent à l’universel.
Projets et perspectives
GMSavenue : Travaillez-vous actuellement sur un nouveau roman ou projet littéraire ?
Oui, je poursuis plusieurs projets parallèlement. Les perles des conducteurs, dont la sortie est prévue pour janvier 2026, s’intéresse au quotidien des conducteurs du réseau STAR, le réseau de transport public de Rennes Métropole.
À travers leurs récits, leurs épreuves et leurs moments d’humanité souvent ignorés, le recueil met en lumière les liens singuliers qu’ils tissent avec les voyageurs, la ville et ses habitants.
Chaque trajet devient une scène de vie, chaque arrêt un microcosme d’histoires humaines, révélant la richesse des rencontres et la complexité des défis auxquels ils font face. Un second projet, Les poids de l’horizon, est attendu pour le deuxième trimestre 2026.
Cette œuvre plus introspective continue d’explorer les questions de migration, d’exil et de résilience, à travers le parcours de Seydou, un adolescent sénégalais confronté à l’épreuve du départ, à l’injustice et aux incertitudes de l’exil.
Le roman interroge la manière dont chacun porte son histoire et ses responsabilités face aux turbulences du monde, tout en suivant le cheminement intérieur d’un jeune confronté à des choix impossibles.
Ces deux projets prolongent mon engagement littéraire : donner voix à ceux que l’on n’entend pas, révéler des vérités souvent invisibles, et rappeler que chaque existence, même humble ou fragilisée, recèle une richesse et une force qui méritent d’être racontées.
GMSavenue : Envisagez-vous d’adapter Les deux frontières en format audiovisuel ou théâtral ?
Oui, absolument. L’histoire se prête à une transposition audiovisuelle ou théâtrale, permettant de rendre tangibles les émotions et les parcours des personnages.
L’objectif est de conserver la profondeur sociale et humaine du roman, tout en offrant au public une immersion directe dans les épreuves et les rencontres des exilés. Le théâtre offrirait une intimité et un dialogue immédiat avec le spectateur, tandis que l’audiovisuel permettrait de donner corps aux paysages, aux villes et aux émotions, amplifiant la force de leur humanité.
J’en profite également pour lancer un appel aux acteurs, metteurs en scène et professionnels du cinéma et du théâtre : ce récit attend d’être porté à la scène ou à l’écran par des talents capables de transmettre toute sa force émotionnelle et sociale.
Votre créativité et votre engagement peuvent donner vie à ces histoires et toucher un public encore plus large.
GMSavenue : Où peut-on vous suivre ou vous contacter pour échanger autour de vos œuvres ?
On peut me retrouver et dialoguer avec moi sur ma page Facebook : Ibrahim SOUNTARA, où je partage mes actualités, mes réflexions et des extraits de mes projets en cours.
Cet espace est avant tout un lieu d’échange convivial avec mes lecteurs et tous ceux qui s’intéressent aux thématiques que j’explore dans mes écrits.
Pour les demandes professionnelles (éditeurs, journalistes, organisateurs d’événements…), il est également possible de me contacter directement par courriel à l’adresse suivante : sountaraibrahim@gmail.com.
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