Des Keju chinois instaurés sous la dynastie Sui au VIIᵉ siècle aux concours impériaux européens, l’histoire du recrutement académique reflète les philosophies éducatives et politiques des civilisations. En France, l’agrégation, créée en 1766 et réformée par Napoléon en 1808, est devenue le symbole d’un élitisme intellectuel où des figures comme Louis Pasteur, Henri Bergson ou Victor Hugo ont incarné le prestige du titre. Comme le rappelait Paul Valéry, « l’université est un lieu où l’on apprend à penser », et l’agrégé en est longtemps resté l’incarnation.
En Afrique francophone, le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur), fondé en 1968 à Niamey, a adapté ce modèle pour harmoniser les standards académiques et constituer une élite professorale reconnue à l’échelle régionale. Cheikh Anta Diop et Joseph Ki-Zerbo ont montré que l’Afrique pouvait affirmer sa rigueur scientifique tout en s’inscrivant dans une tradition internationale.
À l’opposé, le monde anglo-saxon privilégie le tenure track, système souple mais exigeant, où la titularisation dépend de la productivité scientifique et de la reconnaissance académique. Noam Chomsky au MIT ou Cornel West à Harvard illustrent la puissance de ce modèle, garantissant liberté académique mais imposant une pression intense sur les jeunes chercheurs. En Asie, la tradition des examens nationaux — de la Chine impériale aux concours contemporains en Inde et au Japon — montre une autre logique : celle de la standardisation et de la transparence, parfois au prix d’une uniformisation excessive.
Ce panorama révèle trois philosophies contrastées : l’élitisme sélectif du modèle francophone, la flexibilité institutionnelle du modèle anglo-saxon, et la standardisation nationale du modèle asiatique. Comme le soulignait Michel Foucault, « le savoir est pouvoir » : ces dispositifs ne sont pas seulement des instruments pédagogiques, mais des outils de régulation sociale et politique. Dans un monde où l’enseignement supérieur est devenu un enjeu global, comprendre ces modèles, leurs forces et leurs limites, c’est saisir les différentes visions de la transmission du savoir et du prestige académique.
1. Origine française : l’agrégation, un concours d’élite
- Création : instaurée en 1766 sous Louis XV, puis réformée par Napoléon Bonaparte en 1808 avec la fondation de l’Université impériale.
- Figures emblématiques :
- Victor Hugo et Paul Valéry ont célébré l’agrégé comme figure intellectuelle.
- Louis Pasteur et Henri Bergson furent agrégés avant de marquer la science et la philosophie.
- Lieux : Sorbonne, Collège de France, École Normale Supérieure (ENS, rue d’Ulm à Paris).
- Événements : chaque année, des centaines de candidats se présentent aux épreuves écrites (dissertations, problèmes scientifiques) et orales (leçons magistrales). Le taux de réussite est inférieur à 10 %.
- Prestige : le titre d’agrégé ouvre les portes des lycées prestigieux (Louis-le-Grand, Henri-IV) et des universités.
2. Afrique francophone : le modèle du CAMES
- Institution : le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), créé en 1968 à Niamey (Niger).
- Concours d’agrégation : organisé à Dakar, Ouagadougou, Abidjan, Yaoundé, pour les disciplines de droit, médecine, sciences économiques et lettres.
- Figures :
- Cheikh Anta Diop (UCAD, Dakar), symbole de la rigueur scientifique africaine.
- Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso), historien et intellectuel agrégé.
- Événements : les sessions du CAMES rassemblent des centaines de candidats de 19 pays africains francophones.
- Impact : harmonisation des standards académiques, reconnaissance régionale et internationale, constitution d’une élite professorale africaine.
3. Anglo-saxon : le tenure track
- Origine : développé aux États-Unis au début du XXᵉ siècle, notamment à Harvard et Yale.
- Processus : recrutement par université, suivi d’une période probatoire de 5 à 7 ans.
- Figures :
- Noam Chomsky (MIT), linguiste mondialement reconnu, passé par ce système.
- Cornel West (Harvard, Princeton), philosophe et intellectuel public.
- Événements : débats récurrents sur la précarité des jeunes chercheurs, notamment dans les années 2000 avec la montée des “adjunct professors”.
- Prestige : la titularisation (“tenure”) garantit la liberté académique et la stabilité de carrière.
4. Asie : examens nationaux et standardisation
- Chine : héritage des Keju (examens impériaux) instaurés sous la dynastie Sui (VIIᵉ siècle). Aujourd’hui, recrutement académique basé sur publications indexées (SCI, SSCI) et concours nationaux.
- Japon : tradition des concours universitaires, mais forte importance des habilitations internes. Universités comme Tokyo University et Kyoto University dominent.
- Inde : le UGC-NET (National Eligibility Test), créé en 1989, sélectionne les enseignants-chercheurs.
- Figures :
- Amartya Sen (Prix Nobel d’économie, ancien professeur à Delhi University).
- Tu Youyou (Prix Nobel de médecine, Pékin), issue du système académique chinois.
- Événements : réforme du système chinois dans les années 2000 pour limiter la fraude et renforcer l’évaluation internationale.
5. Comparaison des modèles
| Région | Mode de recrutement | Figures célèbres | Institutions clés |
| France | Concours national (agrégation) | Pasteur, Bergson | ENS, Sorbonne |
| Afrique francophone | Concours CAMES | Cheikh Anta Diop, Ki-Zerbo | UCAD, U. Ouagadougou |
| Anglo-saxon | Tenure track | Chomsky, Cornel West | Harvard, MIT, Yale |
| Asie | Examens nationaux + indexation | Amartya Sen, Tu Youyou | Univ. Tokyo, Delhi Univ., Pékin |
6. Enjeux contemporains
- France/Afrique francophone : maintenir le prestige tout en intégrant les pédagogies numériques.
- Anglo-saxon : réduire la précarité et équilibrer recherche/enseignement.
- Asie : diversifier les critères au-delà des publications indexées et alléger la pression des concours.
Les modèles de recrutement académique révèlent des philosophies différentes :
- France/Afrique francophone : élitisme et prestige par concours.
- Anglo-saxon : flexibilité institutionnelle et productivité scientifique.
- Asie : standardisation nationale et performance quantitative.
Tous convergent vers un même objectif : sélectionner une élite intellectuelle capable de porter le savoir et l’innovation au niveau mondial.
Cette capsule convoque des références universelles (Pasteur, Bergson, Hugo, Valéry, Cheikh Anta Diop, Ki-Zerbo, Chomsky, Cornel West, Amartya Sen, Tu Youyou, Foucault), des institutions emblématiques (Sorbonne, ENS, UCAD, Harvard, MIT, Tokyo University, Delhi University), et des événements marquants (réformes napoléoniennes, création du CAMES, débats sur la précarité du tenure track, réformes chinoises).
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