Match littéraire : Burkina Faso vs Guinée Équatoriale
Monique Ilboudo vs Juan Tomás Ávila Laurel
Thème : Féminismes et insularité en tension
Round 1 : Territoires et trajectoires
- Ilboudo, juriste, écrivaine et militante, inscrit son œuvre dans les luttes féministes africaines. Elle explore les violences systémiques, les héritages coloniaux, les silences du patriarcat. Son Burkina Faso est à la fois lieu de combat et de mémoire. Dans Le Mal de Peau, elle donne voix à une femme métisse en quête d’identité et de justice.
- Ávila Laurel, né sur l’île d’Annobón, écrit depuis une Guinée Équatoriale souvent absente des radars littéraires. Son insularité est politique, linguistique, existentielle. Dans By Night the Mountain Burns, il raconte une communauté insulaire confrontée à la maladie, au silence, à la superstition. L’île devient un théâtre du réel, un espace de tension entre modernité et tradition.
Round 2 : Corps et langue
- Ilboudo politise le corps féminin. Elle écrit en français, mais sa langue est traversée par les réalités africaines, les voix des femmes, les cris tus. Elle fait de la littérature un outil de justice sociale, un espace de réparation. Le corps devient archive, champ de bataille, lieu de renaissance.
- Ávila Laurel écrit en espagnol, mais son style est oral, circulaire, enraciné dans les rythmes de l’île. Il donne voix aux enfants, aux femmes, aux exclus. Le corps chez lui est vulnérable, collectif, pris dans les rituels et les peurs. Sa langue est une mémoire vivante, une résistance douce.
Round 3 : Féminismes et marges
- Ilboudo revendique un féminisme africain, intersectionnel, ancré dans les réalités locales. Elle interroge les rapports de pouvoir, les héritages coloniaux, les violences invisibles. Son écriture est à la fois analytique et incarnée, toujours en tension entre le droit et le vécu.
- Ávila Laurel ne se revendique pas féministe, mais son œuvre est peuplée de figures féminines fortes, ambivalentes, centrales. Il explore les marges — géographiques, sociales, symboliques — et montre comment les femmes y survivent, y créent, y transmettent. Son insularité est une métaphore du féminin : isolé, mais fertile.
Round final : Qui gagne ?
Ce match est une tension fertile.
- Ilboudo nous offre une parole féministe, incisive, réparatrice, qui traverse les frontières du droit et du roman.
- Ávila Laurel nous donne une insularité poétique, politique, peuplée de voix oubliées, de récits qui dérivent et résistent.
Deux écritures des marges, deux manières de dire l’Afrique autrement — par le corps, par l’île, par la langue. Ensemble, ils dessinent une cartographie des résistances intimes et collectives.



