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Tunisie vs Ouganda : Abdelwahab Meddeb vs Jennifer Nansubuga Makumbi — Islam méditerranéen et féminité ancestrale.

Inspirés par l’énergie de la Coupe d’Afrique des Nations, les matchs littéraires transposent la compétition sur le terrain des idées et des imaginaires. Chaque rencontre oppose deux auteurs issus de pays africains, autour d’un thème commun : exil, mémoire, oralité, résistance, ou quête identitaire.

Ici, les écrivains remplacent les joueurs, les œuvres deviennent stratégies, et les mots marquent des points. Ces duels célèbrent la diversité des voix africaines, mettent en lumière les singularités culturelles, et invitent à une lecture croisée des récits du continent.

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Match littéraire : Tunisie vs Ouganda

Abdelwahab Meddeb vs Jennifer Nansubuga Makumbi
Thème : Islam méditerranéen et féminité ancestrale

Round 1 : Origines et visions du monde

  • Meddeb, héritier d’une Tunisie carrefour des civilisations, invoque un Islam lumineux, poétique, traversé par les vents gréco-arabes, soufis et andalous. Son œuvre est une quête de réconciliation entre spiritualité et modernité, entre Orient et Occident. Il écrit en français, mais sa pensée est polyglotte, traversée par les langues sacrées et profanes.
  • Makumbi, voix puissante de l’Ouganda, fait vibrer les racines du Buganda à travers l’anglais et le luganda. Elle réhabilite les cosmologies féminines, les lignées matriarcales, les savoirs ancestraux que la colonisation et le patriarcat ont tenté d’effacer. Sa prose est charnelle, rituelle, peuplée de femmes-oracles et de silences qui parlent.

Round 2 : Langue et sacré

  • Meddeb sculpte la langue française comme un minaret de lumière. Il y insuffle les rythmes du Coran, les vertiges du soufisme, les éclats de la poésie arabe classique. Pour lui, la langue est un lieu de transfiguration : « Le sacré ne se dit pas, il se danse dans le verbe. »
  • Makumbi revendique une langue hybride, décolonisée, où l’anglais se plie aux logiques du luganda. Elle réinvente les structures narratives pour faire entendre les voix des grand-mères, des esprits, des corps. Le sacré chez elle est incarné, quotidien, transmis par les femmes : « Ce que les ancêtres murmurent, les femmes le chantent. »

Round 3 : Philosophie et politique

  • Meddeb combat les obscurantismes en réactivant la mémoire d’un Islam pluriel, méditerranéen, ouvert aux arts et à la pensée. Il oppose à la crispation identitaire une mystique de la complexité. Son œuvre est une résistance par la beauté.
  • Makumbi déconstruit les récits coloniaux et patriarcaux en replaçant les femmes au centre de l’histoire. Elle politise la mémoire, mais sans dogme : elle préfère les mythes aux manifestes, les récits aux slogans. Sa littérature est une insurrection douce, enracinée dans la terre et les corps.

Round final : Qui gagne ?

Ce match n’a pas de vainqueur — ou plutôt, il en a deux.

  • Meddeb nous offre une architecture spirituelle où l’Islam devient poésie et pensée.
  • Makumbi nous restitue une Afrique féminine, tellurique, où les récits guérissent et transmettent.

Le lecteur sort transformé, traversé par deux sagesses : celle du désert méditerranéen et celle des collines ougandaises. Deux voix, deux visions, un même appel à la réconciliation des mémoires.


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