Thème : Tragédies africaines et réinvention du roman
Deux continents dans un même cri. Deux plumes pour dire l’Afrique autrement.
Ce match oppose deux figures majeures de la littérature africaine, séparées par le temps mais unies par une ambition commune : réinventer le roman pour mieux dire les tragédies, les fractures, les complexités du continent.
Yambo Ouologuem, né en 1940 au Mali, fut un météore littéraire. Son roman Le Devoir de violence (1968), Prix Renaudot, fit l’effet d’un séisme. Il brise les mythes panafricains, déconstruit les figures héroïques, et expose les violences internes, coloniales et postcoloniales. Dans une langue dense, baroque, parfois brutale, Ouologuem refuse l’innocence et convoque l’histoire comme champ de bataille. Son œuvre, censurée, controversée, mais incontournable, reste un jalon dans la décolonisation du regard littéraire.
Namwali Serpell, née en 1980 en Zambie, professeure à Harvard, incarne une nouvelle génération d’écrivains transnationaux. Son roman The Old Drift (2019), salué par la critique internationale, tisse une fresque polyphonique mêlant science-fiction, réalisme magique et chronique historique. Elle explore les tragédies coloniales, les utopies technologiques, les tensions identitaires, avec une audace formelle qui bouscule les genres. Serpell écrit en anglais, mais son imaginaire est profondément africain, traversé par les voix du fleuve Zambèze, les mémoires familiales et les visions d’un futur africain.
Le match est intense, vertigineux.
Ouologuem frappe fort, avec une prose qui dérange et libère. Serpell esquive, invente, tisse des récits en spirale. L’un déconstruit le roman africain, l’autre le recompose. L’un regarde l’histoire en face, l’autre la projette dans l’avenir.
Tragédie, mémoire, invention.
Ce duel littéraire est une leçon de courage et de création. Deux écrivains, deux époques, deux visions — mais une même exigence : faire du roman un lieu de vérité, de complexité, et de puissance narrative.



