Auteure du roman Enfermées dans le temps (Harmattan Côte-d’Ivoire)
Introduction
Ce premier véritable roman de fiction, où se mêlent suspense, mystère et réflexion sociale, a déjà franchi les frontières en se distinguant sur la scène internationale. En novembre 2025, l’ouvrage a été finaliste du Grand Prix Littéraire Baobab (Canada), une reconnaissance prestigieuse qui rassemble des auteurs africains et de la diaspora.
À travers ce récit, Chiadon N’Guessan explore la symbolique du temps, la puissance de la société et la place des femmes dans la narration africaine contemporaine.
Journaliste et communicante de formation, elle transpose son souci du détail et sa maîtrise de la structuration narrative dans une œuvre où l’émotion, le voyage et l’impact se conjuguent.
Cet entretien revient sur les inspirations profondes de l’autrice, ses influences littéraires — de Paulo Coelho aux voix africaines qui l’ont marquée — et ses rêves d’avenir, dont celui de voir Enfermées dans le temps adapté à l’écran.
Interview avec N’guessan Chiadon
Autrice du roman Enfermé dans le temps
Qu’est-ce qui vous a inspiré l’écriture de “Enfermé dans le temps” ?
L’inspiration provient de deux sources distinctes. La première est une peur personnelle : l’angoisse de se retrouver dans un lieu clos sans contact avec l’extérieur, et la crainte qu’en sortant, le temps ait filé ou que l’environnement ait radicalement changé. La seconde source est une réflexion sur la gestion du temps. Nous vivons souvent avec l’illusion que nous avons tout le temps devant nous pour réaliser nos projets. Pourtant, on se rend compte un jour que les années ont passé et qu’il ne nous reste que peu de temps pour accomplir l’essentiel. C’est cette dualité que j’ai voulu explorer.
Le temps occupe une place centrale dans votre récit. Quelle symbolique lui donnez-vous ?
Pour moi, le temps, c’est la vie elle-même. J’aime beaucoup cet adage qui dit : “Le temps est la seule monnaie dont nous disposons, mais nous ne savons pas combien il nous en reste.” Dans ce livre, je voulais souligner que nous ne possédons pas le temps ; c’est lui qui dispose de nous. Nous plaquons nos projets sur une chronologie, mais si nous n’y prenons pas garde, le temps passe et nous laisse avec des regrets.
D’où est venue l’idée de la “Cérémonie de Supplique” ?
Le terme “supplique” est ici synonyme de prière. Il me fallait un prétexte narratif pour réunir et enfermer ces femmes. Comme la spiritualité et la prière — cette connexion avec une force transcendante — occupent une place prépondérante dans ma propre vie, il était naturel d’intégrer cet élément comme point de départ de l’intrigue.
Qui sont les quatre protagonistes trentenaires ?
Ces quatre femmes sont inspirées de personnes réelles de mon entourage, des proches que j’affectionne particulièrement. J’ai voulu leur rendre hommage et les immortaliser à travers ce livre, en m’inspirant de leurs personnalités respectives.
Vous mêlez suspense, mystère et dimension sociale. Comment avez-vous équilibré ces registres ?
Le mélange s’est imposé naturellement. Le suspense est le moteur du livre, né de cette angoisse de l’enfermement. Le mystère réside dans cette coupure temporelle inexplicable. Quant à la dimension sociale, elle est cruciale : je voulais montrer la puissance de la “voix de la société”. L’histoire nous prouve que lorsque le corps social s’unit, même sans armes, il peut renverser des forteresses.
Quel regard portez-vous sur la société contemporaine et l’influence du regard des autres ?
Nous sommes des êtres sociaux ; nous avons besoin de l’autre pour nous affirmer. Aujourd’hui, avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, l’information circule instantanément et le regard de la société est devenu écrasant. Je voulais montrer cet impact : la puissance de la clameur publique, qui peut être utilisée de manière positive ou destructrice.
Une seule personne détient la clé du mystère. Que représente-t-elle ?
Cette figure est centrale. Elle symbolise la présence du Créateur au milieu de son peuple. Elle est celle qui détient la vérité et la voie vers la vie, un peu à l’image du serpent d’airain dans le désert pour le peuple d’Israël : ceux qui la regardent et l’écoutent trouvent le salut.
Quel rôle attribuez-vous à la femme dans la narration africaine contemporaine ?
La femme a toute sa place. J’ai la chance d’appartenir à une époque où les femmes sont plus libres de créer, d’écrire et de s’affirmer, tant qu’elles respectent certaines règles sociétales. Je me sens libre et légitime, et ce roman en est la preuve.
Comment s’est déroulé le processus d’écriture ?
L’écriture a été fluide et naturelle. Je n’ai pas rencontré de difficultés majeures car je vivais littéralement à l’intérieur de mon histoire. C’était une période d’immersion totale, passionnante et riche en émotions. Le livre s’est presque écrit de lui-même.
En quoi ce livre se distingue-t-il de votre premier ouvrage ?
Mon premier livre, Nous les 3èmes, est un ouvrage pratique, ancré dans l’analyse du quotidien. Enfermé dans le temps est mon premier véritable roman, une œuvre de pure fiction sortie de mon imaginaire.
Votre métier de journaliste et communicante influence-t-il votre plume ? Énormément.
Ma formation journalistique m’a appris le souci du détail, l’importance de la recherche et la structuration du récit. La communication institutionnelle consiste à raconter des histoires pour valoriser des résultats ; l’écriture romanesque n’est qu’une autre facette de cette même compétence narrative.
Quelles sont vos influences littéraires ?
J’ai été marquée par de nombreux auteurs africains et internationaux, mais Paulo Coelho a eu une influence particulière sur moi, notamment sa capacité à créer des ambiances et à inviter le lecteur dans l’intériorité de ses personnages.
Trois mots pour décrire votre style ? Émotion, Voyage, Impact.
Quel regard portez-vous sur la visibilité des écrivains ivoiriens ?
La scène littéraire ivoirienne est très dynamique. Les auteurs sont présents et actifs sur les réseaux sociaux. Le défi réside davantage, à mon sens, dans l’engouement du lectorat qui doit encore grandir pour apprécier pleinement cette richesse culturelle.
Un rêve littéraire ?
Voir Enfermé dans le temps adapté à l’écran. Et bien sûr, remporter un prix littéraire majeur. Je suis d’ailleurs très fière d’annoncer que le roman a été finaliste du Grand Prix Littéraire Baobab (Canada) en novembre 2025, sélectionné parmi de nombreux auteurs africains et de la diaspora. Même si nous n’avons pas remporté le trophée final, figurer parmi les 17 finalistes est une immense victoire pour un premier roman.


