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Gouvernance Universitaire et Modèles de Gestion | Centralisation, autonomie et hybridations

Ces modèles posent une question universelle : comment gouverner l’université pour qu’elle reste à la fois un sanctuaire du savoir et un moteur de transformation sociale ?


La gouvernance universitaire, loin d’être un simple mécanisme administratif, est un champ de tensions et de symboles où se croisent traditions nationales, ambitions globales et critiques intellectuelles.

Depuis la fondation de l’Université impériale en 1808, qui inscrivit l’enseignement supérieur français dans une logique de centralisation républicaine, jusqu’aux réformes contemporaines du plan Double First Class en Chine (2015), les modèles de gestion universitaire reflètent les trajectoires politiques et culturelles des sociétés.

En France, la Sorbonne et l’École normale supérieure incarnent une tradition marquée par Jules Ferry et ses lois scolaires, mais aussi par les critiques de Pierre Bourdieu sur la reproduction sociale (Les Héritiers, 1964). Les événements de Mai 68, analysés par Alain Touraine, ont révélé la contestation d’un système trop centralisé.

À l’opposé, le modèle anglo-saxon, porté par Oxford, Cambridge, Harvard ou le MIT, valorise l’autonomie institutionnelle et la compétitivité, mais suscite des débats sur les inégalités d’accès, comme l’ont montré les travaux de Christopher Newfield (The Great Mistake, 2016) et les critiques de Noam Chomsky sur la marchandisation du savoir.

En Afrique francophone, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et l’Université de Ouagadougou témoignent d’une hybridation héritée du colonialisme français, adaptée aux réalités locales. Le rôle du CAMES (1968, Niamey) illustre la volonté d’harmoniser les standards académiques, tandis que les réflexions de Joseph Ki-Zerbo sur l’éducation africaine (À quand l’Afrique ?, 2003) rappellent l’urgence d’une gouvernance endogène.

La Chine, quant à elle, puise dans l’héritage des examens impériaux (Keju) pour bâtir une centralisation stratégique. Pékin et Tsinghua, soutenues par des investissements massifs, incarnent une ambition mondiale, confirmée par le Nobel de médecine de Tu Youyou (2015).

Les analyses de Ruth Hayhoe (China’s Universities 1895–1995) et les débats sur la créativité académique face au contrôle étatique soulignent les paradoxes de ce modèle.

Ainsi, la gouvernance universitaire se lit à travers une constellation de références : Napoléon et Ferry pour la France, Harvard et Chomsky pour l’anglo-saxon, Diop et Ki-Zerbo pour l’Afrique, Tu Youyou et le Double First Class pour la Chine.

Elle est un miroir des sociétés, oscillant entre centralisation et autonomie, tradition et innovation, élitisme et démocratisation. La question demeure universelle : comment gouverner l’université pour qu’elle reste à la fois sanctuaire du savoir et moteur de transformation sociale ?


1. Le modèle français : centralisation et tradition républicaine

  • Origine : Napoléon Bonaparte fonde l’Université impériale en 1808, centralisant l’enseignement supérieur.
  • Institutions : Sorbonne, ENS, Université Paris-Saclay.
  • Figures : Jules Ferry (réformateur de l’éducation), Pierre Bourdieu (critique de la reproduction sociale).
  • Événements : Mai 68, contestation de la gouvernance centralisée.
  • Enjeu : équilibre entre autonomie des universités et contrôle de l’État.

2. Le modèle anglo-saxon : autonomie et compétitivité

  • Origine : Oxford et Cambridge (Angleterre), Harvard et Yale (USA).
  • Institutions : Harvard, MIT, Oxford, Cambridge.
  • Figures : John Harvard (fondateur), Noam Chomsky (MIT, symbole de liberté académique).
  • Événements : montée du tenure track et de la compétition entre universités.
  • Enjeu : autonomie institutionnelle, mais forte dépendance aux financements privés et aux frais de scolarité.

3. Le modèle africain francophone : hybridation

  • Origine : héritage colonial français, adapté aux réalités locales.
  • Institutions : Université Cheikh Anta Diop (Dakar), Université de Yaoundé I, Université de Ouagadougou.
  • Figures : Cheikh Anta Diop (UCAD), Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso).
  • Événements : création du CAMES (1968, Niamey) pour harmoniser les standards.
  • Enjeu : concilier centralisation étatique et autonomie académique, avec des défis liés au financement et à la massification des étudiants.

4. Le modèle chinois : centralisation stratégique

  • Origine : héritage des examens impériaux (Keju), modernisé au XXᵉ siècle.
  • Institutions : Université de Pékin, Université Tsinghua.
  • Figures : Tu Youyou (Prix Nobel de médecine 2015).
  • Événements : plan “Double First Class” (2015) pour créer des universités de rang mondial.
  • Enjeu : centralisation forte, mais avec investissements massifs pour la compétitivité internationale.

5. Comparaison des modèles

RégionInstitutions clésFiguresGouvernanceEnjeux
FranceSorbonne, ENS, Paris-SaclayFerry, BourdieuCentralisation étatiqueAutonomie vs contrôle
Anglo-saxonHarvard, MIT, OxfordChomsky, HarvardAutonomie institutionnelleCompétition, financement privé
Afrique francophoneUCAD, Yaoundé I, OuagadougouDiop, Ki-ZerboHybridationMassification, financement
ChinePékin, TsinghuaTu YouyouCentralisation stratégiqueLeadership mondial

6. Enjeux contemporains

  • France : réformer la gouvernance pour plus d’autonomie et d’innovation.
  • Anglo-saxon : réduire les inégalités d’accès et la dépendance aux frais élevés.
  • Afrique francophone : renforcer la gouvernance participative et attirer des financements endogènes.
  • Chine : équilibrer centralisation et créativité académique.

La gouvernance universitaire est un miroir des sociétés :

  • France incarne la tradition républicaine et la centralisation.
  • Anglo-saxons valorisent l’autonomie et la compétition.
  • Afrique francophone cherche une voie hybride adaptée à ses réalités.
  • Chine mise sur la centralisation stratégique pour dominer le savoir mondial.


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