Les concours d’agrégation, nés en France, sont des dispositifs de recrutement hautement sélectifs pour les enseignants et chercheurs. Leur modèle s’est diffusé dans plusieurs pays francophones et au-delà, avec des variantes adaptées aux contextes locaux.
Le modèle français, avec ses dissertations et leçons magistrales, a inspiré de nombreux pays francophones, notamment en Afrique où le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur) harmonise les concours d’agrégation en droit, médecine, sciences et lettres. Figures comme Cheikh Anta Diop ou Léopold Sédar Senghor ont souligné l’importance de ces institutions pour affirmer une autonomie intellectuelle africaine tout en s’inscrivant dans une tradition internationale. Dans le Maghreb, au Maroc, en Tunisie ou en Algérie, l’agrégation s’est adaptée aux besoins nationaux, tout en conservant le prestige hérité du modèle français.
À l’inverse, les pays anglo-saxons privilégient le tenure track, système souple mais exigeant, où la titularisation dépend de la productivité scientifique et de la reconnaissance académique. Les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada anglophone illustrent une philosophie institutionnelle fondée sur la flexibilité et l’innovation, mais marquée par une forte pression sur les chercheurs. En Asie, la tradition des examens nationaux — de la Chine impériale aux concours contemporains en Inde et au Japon — montre une autre logique : celle de la standardisation et de la transparence par épreuves centralisées, parfois au prix d’une uniformisation excessive.
Ce panorama révèle trois philosophies contrastées : l’élitisme sélectif du modèle francophone, la flexibilité institutionnelle du modèle anglo-saxon, et la standardisation nationale du modèle asiatique. Comme le soulignait Michel Foucault, « le savoir est pouvoir » : ces concours et dispositifs de recrutement ne sont pas seulement des instruments pédagogiques, mais des outils de régulation sociale et politique. Dans un monde où l’enseignement supérieur est devenu un enjeu global, comprendre ces modèles, leurs forces et leurs limites, c’est saisir les différentes visions de la transmission du savoir et du prestige académique.
Panorama des concours d’agrégation dans le monde
1. Origine française
- France : L’agrégation est un concours national créé au XIXᵉ siècle pour recruter des professeurs du secondaire et de l’université.
- Caractéristiques :
- Concours externe et interne.
- Épreuves écrites (dissertations, problèmes scientifiques) et orales (leçons, explications).
- Très sélectif, réservé aux titulaires d’un master (bac+5, bientôt bac+3 avec réforme).
- Spécificité : L’agrégé bénéficie d’un statut prestigieux et d’une rémunération supérieure.
2. Diffusion dans l’espace francophone
- Afrique francophone :
- Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun, Burkina Faso, Bénin, Togo, RDC : organisation de concours d’agrégation en droit, sciences économiques, médecine, lettres.
- Souvent coordonnés par le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur), qui harmonise les critères et délivre le titre de professeur agrégé.
- Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie) :
- Concours d’agrégation en médecine, sciences, droit.
- Inspirés du modèle français, mais adaptés aux besoins nationaux.
3. Autres adaptations
- Canada (Québec) : Pas de concours d’agrégation formel, mais un système de titularisation universitaire qui joue un rôle similaire.
- Belgique, Suisse romande : Recrutement académique sans concours national, mais avec habilitations et évaluations proches de l’esprit de l’agrégation.
- Pays non francophones : Le terme “agrégation” est rare, mais des équivalents existent :
- Tenure track aux États-Unis.
- Habilitation à diriger des recherches (HDR) en Allemagne et Europe centrale.
- Civil service exams en Asie (Chine, Japon) pour enseignants et fonctionnaires.
Tableau comparatif
| Région/Pays | Type de concours | Disciplines principales | Particularités |
| France | Agrégation nationale | Lettres, sciences, droit | Statut prestigieux, concours écrit + oral |
| Afrique francophone (via CAMES) | Agrégation inter-États | Droit, médecine, sciences | Harmonisation régionale, reconnaissance internationale |
| Maghreb | Concours nationaux | Médecine, sciences, droit | Adaptation locale, inspiré du modèle français |
| Québec | Titularisation universitaire | Toutes disciplines | Pas de concours, mais évaluation stricte |
| Belgique/Suisse | Habilitations académiques | Sciences, lettres | Processus proche de l’agrégation |
| USA | Tenure track | Toutes disciplines | Évaluation continue, pas de concours unique |
Limites et enjeux
- Sélectivité extrême : taux de réussite souvent inférieur à 10 %.
- Critiques : rigidité, reproduction sociale, faible prise en compte des pédagogies innovantes.
- Atouts : prestige, garantie de qualité académique, reconnaissance internationale.
- Tendance actuelle : diversification des voies de recrutement (contrats, tenure track, habilitations) pour compléter ou assouplir le modèle.
COMPARAISON APPROFONDIE DES MODELES DE CONCOURS D’AGREGATION ET DE RECRUTEMENT ACADEMIQUE ENTRE LES TRADITIONS ANGLO-SAXONNES, ASIATIQUES ET AFRICAINES FRANCOPHONES.
Trois modèles contrastés
1. Modèle africain francophone (CAMES et États)
- Structure : Concours d’agrégation organisé par le CAMES (Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur), ou par des États (Sénégal, Cameroun, Côte d’Ivoire, etc.).
- Disciplines : Droit, médecine, sciences économiques, lettres.
- Épreuves : Dissertation, leçon magistrale, soutenance de travaux.
- Finalité : Sélectionner des enseignants-chercheurs de haut niveau, harmoniser les standards dans l’espace francophone africain.
- Forces :
- Reconnaissance régionale et internationale.
- Uniformisation des critères.
- Prestige académique.
- Limites :
- Très sélectif, parfois perçu comme élitiste.
- Faible prise en compte des innovations pédagogiques.
2. Modèle anglo-saxon (Tenure Track, États-Unis, Royaume-Uni, Canada anglophone)
- Structure : Pas de concours national unique. Recrutement par université, suivi d’une période probatoire (“tenure track”).
- Évaluation : Publications, enseignement, financement de projets, réputation académique.
- Finalité : Accorder la “tenure” (titularisation) après 5 à 7 ans, garantissant la stabilité de carrière.
- Forces :
- Flexibilité institutionnelle.
- Valorisation de la recherche et de l’innovation.
- Adaptation aux besoins locaux.
- Limites :
- Pression intense sur la productivité scientifique.
- Inégalités entre universités prestigieuses et régionales.
- Moins de reconnaissance “symbolique” qu’un concours national.
3. Modèle asiatique (Chine, Japon, Inde)
- Structure : Tradition des examens nationaux (civil service exams) adaptée au monde académique.
- Évaluation :
- Chine : importance des publications indexées (SCI, SSCI), classement des universités.
- Japon : concours pour certaines positions, mais surtout habilitations internes.
- Inde : UGC-NET (National Eligibility Test) pour recruter enseignants-chercheurs.
- Finalité : Sélectionner sur la base de performance académique et examens standardisés.
- Forces :
- Grande transparence par examens nationaux.
- Importance accordée à la recherche quantitative.
- Limites :
- Risque de standardisation excessive.
- Moins de valorisation des sciences humaines.
- Pression énorme sur les candidats.
Tableau comparative
| Critère | Afrique francophone | Anglo-saxon | Asiatique |
| Mode de recrutement | Concours régional/national (CAMES) | Université autonome + tenure track | Examens nationaux + habilitations |
| Évaluation | Épreuves écrites/orales, travaux | Publications, enseignement, projets | Examens standardisés, indexation internationale |
| Prestige | Très élevé, titre d’agrégé | Variable selon université | Fort prestige lié aux concours |
| Flexibilité | Faible (uniformisation) | Forte (institutionnelle) | Moyenne (examens centralisés) |
| Limites | Élites, rigidité | Pression productiviste | Standardisation, stress |
Enjeux contemporains
- Afrique francophone : renforcer la visibilité internationale et intégrer davantage les innovations pédagogiques.
- Anglo-saxon : réduire la précarité du tenure track et équilibrer recherche/enseignement.
- Asie : diversifier les critères au-delà des publications indexées et alléger la pression des concours.
Ce type de confrontation est idéal pour un dossier comparatif éditorial : il montre comment chaque modèle reflète une philosophie de l’enseignement supérieur (sélection élitiste, flexibilité institutionnelle, standardisation nationale).


