Match littéraire : Comores vs Mali
Ali Zamir vs Amadou Hampâté Bâ
Thème : Récits fluides et sagesse ancestrale
Round 1 : Sources et horizons
- Zamir, né à Anjouan, compose des romans sans ponctuation, portés par une langue torrentielle. Dans Anguille sous roche ou Dérangé que je suis, il donne voix aux exclus, aux femmes, aux errants. Son récit est fluide, musical, océanique. Il écrit comme on respire sous l’eau — avec urgence et grâce.
- Hampâté Bâ, maître du récit oral malien, est l’un des plus grands passeurs de la sagesse africaine. Dans L’étrange destin de Wangrin ou Amkoullel, l’enfant peul, il transmet les savoirs des anciens, les contes, les proverbes, les rites. Son récit est enraciné, circulaire, patient. Il écrit comme on écoute au coin du feu — avec respect et profondeur.
Round 2 : Langue et souffle
- Zamir manie le français comme une matière liquide. Il supprime les points, laisse couler les phrases, crée un rythme organique. Sa langue est une nage, une transe, une dérive. Il fait du roman un fleuve intérieur.
- Hampâté Bâ écrit dans un français classique, mais traversé par les structures de l’oralité peule. Sa langue est claire, proverbiale, rythmée par les silences et les reprises. Il fait du récit une sagesse incarnée, une pédagogie vivante.
Round 3 : Mémoire et transmission
- Zamir politise la fluidité. Il montre comment les corps, les voix, les récits sont pris dans les courants de l’histoire coloniale, de la marginalisation, de l’oubli. Son écriture est une résistance liquide, une mémoire en mouvement.
- Hampâté Bâ sacralise la mémoire. Il célèbre les anciens, les griots, les maîtres spirituels. Il transmet les valeurs, les visions du monde, les équilibres invisibles. Son écriture est une archive vivante, une école de l’écoute.
Round final : Qui gagne ?
Ce match est une confluence.
- Zamir nous offre une littérature fluide, océanique, indocile, où le récit devient souffle.
- Hampâté Bâ nous donne une littérature enracinée, sage, généreuse, où le récit devient transmission.
Deux manières de dire l’Afrique : l’une en courant, l’autre en cercle. Ensemble, ils dessinent une cartographie des récits vivants — entre vertige et sagesse, entre voix et mémoire.


