Claudine Becq-Vinci a fait de l’écriture un prolongement naturel de sa mémoire et de ses engagements. Entre carnets intimes, récits familiaux et témoignages politiques, elle tisse une œuvre où se mêlent histoire personnelle et histoire collective.
Cette interview revient sur son parcours, ses inspirations et le message qu’elle souhaite laisser aux générations futures.
Dès mon jeune âge, j’ai aimé lire et essayé de donner le goût de la lecture à mes enfants.
Interview avec … Claudine Becq-Vinci
- Mémoire et écriture
Vos Nouvelles réelles retracent des épisodes intimes de votre enfance, de votre vie estudiantine puis de vos engagements familiaux, professionnels et politiques. Qu’est-ce qui vous a poussé à transformer ces souvenirs en récits littéraires ?
Elles vont permettre à mes enfants, petits-enfants, neveux, nièces, cousins et cousines de savoir d’où ils viennent.
Elles éclaireront, sur mes origines, les nombreuses personnes que j’ai côtoyées de par mes fonctions professionnelles, associatives et électives.
J’ai de nombreux carnets que j’accumule depuis plusieurs décennies où j’écris les idées qui me passent par la tête, ce qui m’inspire et les citations et remarques que je relève dans mes lectures. Puis je les retranscris dans mon ordinateur dans un fichier appelé « Projets d’écriture ».
- Identité et héritage
Dans Les six filles du Père Vinci, vous racontez l’exil de votre famille italienne en France. Comment cet héritage migratoire a-t-il façonné votre regard sur la société française et votre engagement féministe ?
Pour Paul Valéry « L’histoire est la science des choses qui ne se répètent pas ». Dans l’histoire de l’immigration, elle semble bégayer!
Parler de moi et de ma famille, c’est parler des immigrés et de tous ces enfants d’immigrés qui ont vécu peu ou prou, les mêmes expériences.
Je fais des conférences sur l’immigration italienne. Il m’a suffi de puiser dans mes écrits. J’en ai tiré l’essentiel que j’ai replacé dans un contexte historique et politique. Mais je ne suis ni historienne ni professeure d’histoire. De nombreux enfants d’immigrés italiens et polonais, d’après leurs témoignages, se sont reconnus.
- Féminisme vécu
Votre formule « On ne naît pas féministe, on le devient » résume un parcours de construction personnelle. Quels moments-clés de votre vie vous ont permis de prendre conscience de cette évolution ?
Simone de Beauvoir a écrit « on ne naît pas femme, on le devient ». Moi, je dis : « Je suis née XX, donc Femme, mais quelle femme suis-je devenue ? – On ne nait pas féministe on le devient ».
Trois moments-clés :
À la maison, nous étions sept femmes : six filles et maman. Mon père régnait en maître et seigneur : le coq au milieu de la basse-cour, le Rital macho. J’ai obéi à mon père mais je savais que je n’obéirais pas à mon mari. Heureusement, il ne m’a jamais demandé de lui obéir.
À la fac de médecine, nous étions 3 % de filles, à une époque où le rôle des femmes était de s’occuper des enfants et de la cuisine. Je n’ai plus associé Rital et macho, mais, excusez-moi Monsieur, Mec et macho.
Et enfin en politique, il n’y avait pas de parité, nous étions deux Conseillères générales et trente-deux Conseillers généraux : en matière de machisme, c’était le pompon !
Mais je suis féministe féminine. J’aime la galanterie : je veux bien servir le café aux hommes à condition qu’ils me servent le vin.
Sans être égocentrique, « Qui témoignera mieux que moi et de ma famille, sinon moi »!
- Transmission et avenir
Vos ouvrages s’inscrivent dans une démarche de mémoire et de transmission. Quel message souhaitez-vous laisser aux jeunes générations, en particulier aux femmes et aux enfants d’immigrés qui cherchent leur place aujourd’hui ?
Aux femmes et aux jeunes générations : malgré le machisme, nous avons très bien vécu à l’époque des trente glorieuses. Si Me Too a sa place, dans ce monde qui change, il faut se garder de certaines exagérations qui empêchent les hommes de s’exprimer et de « draguer gentiment ».
Aux enfants d’immigrés : « Ce qui subsistait de rancune s’est peu à peu résorbé. Les descendants transalpins sont devenus transparents au sein d’une société hexagonale qui s’est forgé d’autres objets d’inimitiés » (Pierre Milza – voyage en Ritalie)
A PROPOS :
- « Claudine Becq-Vinci : écrire pour transmettre »
- « On ne naît pas féministe, on le devient »
- « Carnets de vie, carnets de lutte »
Le choix dépend du ton que vous souhaitez donner : plus intime (mémoire et transmission), plus politique (engagement citoyen), ou plus identitaire (féminisme et héritage migratoire).





