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BOLA TINUBU | Le Nigeria peut-il redevenir moteur continental sous sa présidence ?

La jeunesse, l’économie, la diplomatie sont les clés. Si Tinubu réussit à les mobiliser, le Nigeria redeviendra moteur. Sinon, il restera un géant aux pieds d’argile.

I. Le retour d’un vétéran politique

En mai 2023, Bola Ahmed Tinubu, surnommé « l’Asiwaju » (le leader), accède à la présidence du Nigeria. Ancien gouverneur de Lagos, figure influente du parti au pouvoir, il incarne une continuité politique mais aussi une promesse : celle de redonner au Nigeria son rôle de moteur continental.

À 71 ans, Tinubu n’est pas un novice. Son parcours est celui d’un stratège politique, capable de bâtir des alliances et de résister aux tempêtes. Mais son accession au pouvoir intervient dans un contexte difficile : insécurité persistante, crises économiques, tensions sociales.

La question est donc posée : le Nigeria peut-il redevenir moteur continental sous sa présidence ?

II. Le Nigeria, géant aux pieds d’argile

Le Nigeria est souvent présenté comme le géant de l’Afrique. Avec plus de 220 millions d’habitants, une économie diversifiée, des ressources naturelles abondantes, il possède tous les atouts pour jouer un rôle majeur.

Mais ce géant est fragile. Les crises sécuritaires – Boko Haram dans le nord-est, banditisme dans le nord-ouest, tensions communautaires dans le centre – minent la stabilité. L’économie, dépendante du pétrole, souffre de la volatilité des prix et d’une mauvaise gestion. La corruption reste endémique.

Le Nigeria est donc un paradoxe : puissance potentielle, mais fragilité réelle. Tinubu hérite de ce paradoxe et doit le transformer en opportunité.

III. Lagos, laboratoire de gouvernance

Le parcours de Tinubu est indissociable de Lagos, mégapole de plus de 20 millions d’habitants. Gouverneur de l’État de Lagos de 1999 à 2007, il a contribué à moderniser la ville, à renforcer ses infrastructures et à diversifier son économie.

Lagos est devenu un hub financier et technologique, attirant des investissements et des talents. Cette expérience est souvent présentée comme un modèle que Tinubu pourrait appliquer à l’échelle nationale.

Mais gouverner Lagos et gouverner le Nigeria sont deux réalités différentes. Le défi est de transposer une réussite locale dans un pays marqué par des disparités régionales et des tensions politiques.

IV. La sécurité comme priorité

Tinubu a placé la sécurité au cœur de son agenda. Sans stabilité, aucune ambition continentale n’est possible. Le Nigeria doit vaincre Boko Haram, réduire le banditisme, apaiser les tensions communautaires.

La tâche est immense. Les forces armées sont sous-équipées, la coopération régionale est limitée, et les causes profondes – pauvreté, marginalisation, radicalisation – ne se résolvent pas par la seule force militaire.

Tinubu doit donc inventer une stratégie globale : combiner action militaire, développement économique et dialogue politique. C’est un test décisif pour sa présidence.

V. L’économie comme levier continental

Le Nigeria possède la plus grande économie d’Afrique, mais elle reste vulnérable. Le pétrole représente plus de 90 % des exportations, exposant le pays aux chocs externes. L’agriculture, pourtant essentielle, est sous-développée. L’industrie peine à décoller.

Tinubu promet de diversifier l’économie, de renforcer le secteur technologique, de soutenir les PME. Il veut faire du Nigeria un hub continental, capable de rivaliser avec l’Afrique du Sud et de séduire les investisseurs internationaux.

Mais la diversification exige des réformes profondes : lutte contre la corruption, amélioration des infrastructures, stabilité réglementaire. Tinubu devra prouver qu’il peut transformer les promesses en réalités.

VI. La jeunesse nigériane, force et défi

Le Nigeria est un pays jeune : plus de 60 % de sa population a moins de 25 ans. Cette jeunesse est dynamique, créative, connectée. Elle anime des mouvements sociaux, des startups technologiques, une scène culturelle mondiale (musique, cinéma, mode).

Mais elle est aussi frustrée : chômage élevé, manque d’opportunités, corruption. Les manifestations #EndSARS en 2020 ont montré la puissance de cette jeunesse, capable de défier l’État.

Tinubu doit convaincre cette génération qu’elle a une place dans son projet. Sans elle, aucune ambition continentale n’est possible. Avec elle, le Nigeria peut redevenir moteur.

VII. La diplomatie nigériane en quête de leadership

Le Nigeria a longtemps joué un rôle majeur dans la diplomatie africaine. Leader de la CEDEAO, acteur clé dans les opérations de maintien de la paix, voix influente dans les débats continentaux.

Mais ces dernières années, son influence a reculé. Les crises internes ont affaibli sa capacité à agir à l’extérieur. Tinubu veut restaurer ce leadership. Il doit renforcer la CEDEAO, jouer un rôle dans la résolution des crises régionales, et affirmer la voix du Nigeria dans les forums internationaux.

La diplomatie nigériane est un outil essentiel pour redevenir moteur continental. Mais elle dépend de la crédibilité interne : un pays instable ne peut pas être un leader.

VIII. Les résistances du système

Toute tentative de réforme se heurte aux résistances du système. Les élites politiques et économiques, souvent liées aux réseaux clientélistes, défendent leurs intérêts. Les institutions, fragiles, peinent à appliquer les réformes.

Tinubu, en tant que vétéran politique, connaît ces résistances. Mais il doit montrer qu’il peut les dépasser. Sa longévité politique peut être un atout : il sait naviguer dans les alliances. Mais elle peut aussi être un handicap : il incarne une continuité que certains rejettent.

Le défi est de transformer son expérience en force de réforme, et non en reproduction du statu quo.

IX. Le regard continental

Le Nigeria est observé avec attention par tout le continent. Sa réussite ou son échec aura des répercussions au-delà de ses frontières.

Si Tinubu parvient à stabiliser le pays, à relancer l’économie, à mobiliser la jeunesse, le Nigeria redeviendra moteur continental. Il inspirera d’autres pays, renforcera la CEDEAO, et jouera un rôle majeur dans l’Union africaine.

Mais si le Nigeria échoue, il renforcera l’idée que le géant est condamné à rester fragile. Le continent perdra un leader potentiel, et les équilibres régionaux seront affectés.

X: Entre ambition et réalité ?

Le Nigeria peut-il redevenir moteur continental sous la présidence de Bola Tinubu ? La réponse dépend de sa capacité à transformer l’ambition en réalité.

Tinubu incarne une promesse : celle d’un Nigeria fort, stable, influent. Mais cette promesse se heurte aux réalités : insécurité, corruption, fragilité institutionnelle.

La jeunesse, l’économie, la diplomatie sont les clés. Si Tinubu réussit à les mobiliser, le Nigeria redeviendra moteur. Sinon, il restera un géant aux pieds d’argile.

La question posée – le Nigeria peut-il redevenir moteur continental sous sa présidence ? – reste ouverte. Mais elle n’est plus théorique : elle est incarnée, vécue, expérimentée. Et c’est là que réside toute sa force.


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