• Home  
  • « La musique du sensible : itinéraire poétique de Lengué Kwamen Paulin Bertrand »
- INTERVIEW

« La musique du sensible : itinéraire poétique de Lengué Kwamen Paulin Bertrand »

Né à Yaoundé, marqué par l’expérience de l’exil aux États-Unis avant de revenir enseigner au pays, il a forgé une écriture nourrie de traversées géographiques et culturelles.

Poète et enseignant-chercheur, Lengué Kwamen Paulin Bertrand incarne une voix singulière de la littérature camerounaise contemporaine.

Son premier recueil, Sacerdoce, s’attaque avec force aux thèmes universels du racisme, de l’injustice et de l’amour, tandis que Horizon prolonge cette quête en ouvrant un espace d’espérance et d’altruisme.

Attaché au surréalisme, qu’il revendique comme une esthétique de libération, il compose une poésie décrite comme une « musique du sensible », où rythme et musicalité deviennent vecteurs d’émotion et de pensée. À la croisée de la rigueur académique et de la liberté créative, son œuvre se déploie dans un humanisme affirmé, appelant à la résistance, à l’amour et à la réconciliation des diversités.

https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/auteur/paulin-bertrand-lengue-kwamen/8625

Dans cet entretien, Lengué Kwamen Paulin Bertrand revient sur son parcours, ses inspirations et sa vision d’une poésie engagée, capable de relier la recherche scientifique à l’élan créatif, et de proposer un horizon où la littérature devient un instrument de dignité et de transformation.


Interview avec …  Lengué Kwamen Paulin Bertrand


  • Vous êtes né à Yaoundé et avez vécu aux États-Unis avant de revenir enseigner au Cameroun. Comment ces expériences géographiques et culturelles ont-elles façonné votre regard sur la littérature et votre écriture poétique ?

Vivre aux Etats-Unis aura été une expérience enrichissante. Mon séjour là-bas m’a permis de véritablement comprendre combien les mélanges offrent à notre monde sa plus belle face. Cela a renforcé ma posture en faveur d’une écriture qui chante la globalité plutôt que la localité. 

  • Votre premier recueil, Sacerdoce, aborde des thèmes universels tels que le racisme, l’injustice et l’amour. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ces thématiques pour une entrée en poésie publiée ?

Les thématiques choisis pour le recueil Sacerdoce sont les fruits d’une activité poétique de longue date. Les poèmes de ce recueil ont été sélectionnés parmi plusieurs dizaines de textes rédigés entre 2003 et 20019. Certes, certains de ces poèmes ont été révisés avant leur publication, mais les thématiques n’ont pas changé ; à savoir le racisme, l’injustice et l‘amour qui ont toujours retenu mon attention depuis l’adolescence.

  • Vous revendiquez un attachement à l’école surréaliste. Qu’est-ce que le surréalisme vous permet d’exprimer que d’autres formes poétiques ne permettent pas ?

Vous savez, l‘histoire du surréalisme dessine l‘intemporalité de ce courant. Son émergence coïncide avec une période de notre histoire, qui selon moi, porte en elle les stigmates les plus béants et saignants de l‘atrocité, de la brutalité et de la bestialité. L‘histoire, lorsqu’elle est moche, sait malheureusement se répéter. Je pense donc que le surréalisme est mieux indiqué pour exprimer la révolte et le désir de liberté dans un monde où l‘inhumanité ne cesse de rajeunir. D’ailleurs « Le cinquième chant », tout premier poème du recueil Sacerdoce, soulignait déjà le double caractère esthétique et libérateur du surréalisme. En réponse au texte « Le quatrième chant » de Jean Schuster qui proclama la chute du surréalisme avec le décès d’André Breton, j’appelais dans ce  poème à pérenniser l‘école de Breton pour faire de la poésie une arme forte.

  • Dans Horizon, vous insistez sur l’altruisme et l’espoir d’un monde nouveau. Comment ce second recueil prolonge ou transforme le message de Sacerdoce ?

L‘espoir d’un monde nouveau demeure le leitmotiv de mon écriture. Ce vœu est constant tant dans Horizon que dans Sacerdoce. Dans l‘un comme dans l‘autre recueil, les désuétudes et les décrépitudes de notre monde sont peintes. L‘inspiration et l‘actualité font varier les textes, mais le lyrisme reste inchangé.

  • Votre poésie est décrite comme une « musique du sensible ». Quelle place accordez-vous au rythme et à la musicalité dans votre écriture ?

Le rythme revêt un double aspect dans mes poèmes. D’une part, il est d’obédience esthétique. Pendant l‘activité de création, j’essaie de rythmer l‘écriture pour répondre au principe de musicalité qu’exige le caractère artistique de la poésie. D’autre part, cette musicalité est conçue telle une mélodie chantant d’insistance et de résonance pour mieux toucher la sensibilité des âmes.

  • Vous êtes également enseignant-chercheur en littératures et civilisations africaines. Comment votre travail académique nourrit-il votre création poétique, et inversement ?

Je pense qu’il est difficile de devenir auteur sans être un lecteur. Apprécier les œuvres des autres auteurs me permet d’identifier personnellement certaines limites de ma propre création littéraire. Parallèlement, ma posture d’écrivain me permet de mieux entendre la voix humaine qui ne crie pas, mais qui s’écrit dans le texte. Il devient plus facile de faire parler l‘auteur lorsqu’on entend sa voix invisible. Je ne perçois aucune divisibilité entre  mes activités de critique et de création littéraires ; elles concourent, toutes les deux, à faire entendre des voix qui parlent au travers des mots.

  • L’humanisme est une constante dans vos textes. Quelle définition personnelle donnez-vous à l’humanisme aujourd’hui, dans un contexte mondial marqué par les fractures sociales et culturelles ?

Pour moi, le monde actuel ne connaitrait pas tant de fractures sociales et culturelles si tous nos actes étaient guidés par l‘humanisme. L‘humanisme est cet amour de soi qu’on donne inconditionnellement aux autres sans distinction.

  • Vous avez publié des articles scientifiques parallèlement à vos recueils. Comment conciliez-vous la rigueur académique et la liberté créative de la poésie ?

Je disais précédemment ne percevoir aucune divisibilité entre mon travail académique et ma création artistique. La rigueur académique qui accompagne mon analyse d’autres textes s’impose forcément à ma liberté créative. Cette liberté n’a aucune restriction en ce qui concerne l‘expression de mes sentiments et de mes idées. Mais une certaine rigueur restreint le choix des mots et du style.

  • Quels poètes ou écrivains africains et internationaux vous inspirent le plus dans votre démarche littéraire ?

Sans doute, le style de Jacques Prévert est celui qui m’inspire davantage. J’aspire à une production littéraire multiforme à l‘instar de Victor Hugo. Au-delà de tout, l‘engagement littéraire de Mongo Béti est une source de motivation.

  • Enfin, quel message souhaitez-vous que vos lecteurs retiennent après avoir parcouru Horizon : un appel à la résistance, à l’amour, ou à la réconciliation des diversités ?

Je dirais les trois. D’abord la résistance, car notre passé et notre présent nous rappellent la renaissance permanente de fouteurs de troubles. Il faut résister face à ceux-là. Ensuite l‘amour, puisqu’il comporte toutes les vertus et s’oppose au vice. Enfin la réconciliation des diversités. Les guéguerres nées de nos différences sont souvent à l‘origine des différends qui ravivent les guerres. Si nous admettons et acceptons nos diversités, nous nous rapprocherons davantage d’un monde meilleur.

ON A PARLE DE :

  • « Lengué Kwamen Paulin Bertrand : entre exil, poésie et humanisme »
  •  « De Yaoundé à l’horizon : la voix poétique de Lengué Kwamen Paulin Bertrand »
  • « Sacerdoce et Horizon : la poésie comme résistance »
  •  « Poésie, humanisme et réconciliation : l’appel de Lengué Kwamen Paulin Bertrand »
  • « Quand la poésie devient horizon »

LA TANZANIE EN 50 LIVRES

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *