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FICTION ORIGINALE | Microrécit | Carnet de voyage d’un inconnu

Sujet : Une femme trouve un carnet de voyage abandonné dans un aéroport. Chaque page révèle une vie, un secret, une énigme.

Angle : Récit intimiste, puzzle narratif ou aventure humaine.

Nouvelle originale sur le thème du carnet de voyage d’un inconnu, dans un style intimiste et mystérieux, avec une narration fluide et littéraire.


Elle l’avait trouvé sur un banc, entre deux halls d’embarquement, posé là comme un oubli volontaire. Un carnet de cuir brun, usé sur les bords, sans nom, sans adresse. Juste un mot griffonné sur la première page :

« À celui ou celle qui saura lire entre les lignes. »

Clara hésita. Elle était en transit, entre deux vols, entre deux vies. Elle ouvrit le carnet.

La première page racontait une escale à Lisbonne. Une ruelle pavée, un vieux libraire, une femme aux yeux d’ambre qui vendait des poèmes roulés dans des tubes de verre. Le ton était poétique, presque fiévreux. Mais à la fin, une phrase étrange :

« Elle m’a dit que les mots pouvaient guérir ce que le silence détruit. »

Clara tourna la page. Barcelone. Une nuit sur un toit, des musiciens improvisant sous les étoiles. L’auteur parlait d’un homme qui ne dormait jamais, qui écrivait des lettres à des inconnus. Et encore une phrase énigmatique :

« Il m’a confié que l’amour véritable ne s’écrit qu’à l’encre invisible. »

Chaque page était une ville. Une rencontre. Un fragment de vie. Mais aussi un secret. Une énigme. Comme si le carnet était un puzzle, une quête. Clara lut pendant des heures, oubliant son vol, sa destination. Elle était happée.

À Tokyo, l’auteur évoquait une femme qui collectionnait les sons : le rire d’un enfant, le craquement d’un vieux parquet, le souffle d’un train. Elle les enregistrait sur des cassettes qu’elle enterrait dans des jardins publics.

« Elle disait que le monde oublie trop vite ce qui le rend vivant. »

À Buenos Aires, un vieil homme lui avait offert une montre arrêtée. « Elle ne donne pas l’heure, elle donne le souvenir », avait-il dit. Clara sentit une émotion étrange monter. Ce carnet n’était pas un simple journal. C’était une cartographie de l’âme.

Puis vint une page sans lieu. Juste une date : 14 novembre. Et un texte plus personnel. L’auteur parlait d’un chagrin, d’une perte. D’une femme qu’il n’avait pas su retenir. Il écrivait :

« Si tu lis ceci, sache que chaque ville est une tentative de fuite. Mais le cœur, lui, ne voyage jamais. »

Clara referma le carnet. Elle avait l’impression d’avoir rencontré quelqu’un. Intimement. Profondément. Sans visage, sans voix. Juste par les mots.

Elle décida de ne pas le garder. Elle le déposa dans une boîte à livres, à l’entrée du terminal. Mais avant, elle ajouta une page. Elle parla de son propre voyage, de ses doutes, de cette rencontre silencieuse avec un inconnu. Elle termina par :

« À celui ou celle qui lira après moi : ce carnet ne vous appartient pas. Il vous traverse. »

Et quelque part, dans un autre aéroport, quelqu’un ouvrit le carnet. Et lut.

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