Introduction aux poèmes de Nuno Júdice
Professeur de littérature médiévale à l’Université Nouvelle de Lisbonne, directeur de la revue Colóquio-Letras, conseiller culturel à Paris, il fut aussi lauréat du prestigieux Prix Reina Sofía de poésie ibéro-américaine en 2013.
Sa carrière, commencée avec A Noção de Poema (1972), s’est achevée par Uma colheita de Silêncios (2023), confirmant une fidélité à l’exploration du poème comme espace de révélation .
Le texte « Genèse », extrait de A Condescendência do Ser (1988), illustre cette quête : le poème y est présenté comme une force cosmique, surgissant au lever du jour, se mêlant aux brumes, aux oiseaux, aux ruisseaux, et racontant l’origine de tout sauf la sienne, née d’un « hasard gris » .
Cette tension entre lumière et obscurité, entre nécessité et contingence, inscrit Júdice dans une tradition qui dialogue avec les grands poètes méditerranéens – de Fernando Pessoa à Eugenio Montale – tout en affirmant une voix singulière, nourrie d’ekphrasis et de dialogue avec la peinture .
Références et résonances
- La lumière : comme chez Paul Celan ou Yves Bonnefoy, elle est à la fois illumination et gêne, révélant la fragilité du monde.
- Le hasard : héritage des méditations modernes sur l’absurde, de Camus à António Ramos Rosa, mais transfiguré par une douceur lyrique.
- La nature : arbres, oiseaux, ruisseaux deviennent les médiateurs d’une origine toujours fuyante, rappelant la poésie pastorale antique.
- La peinture : Júdice transpose le geste pictural dans l’écriture, chaque poème étant une toile où la lumière et la brume composent une scène.
Une lecture possible
Ces poèmes ne se contentent pas de décrire : ils pensent poétiquement. Le lever du soleil n’est pas seulement un phénomène naturel, mais une métaphore de l’acte créateur. Le poème devient origine, mais une origine sans origine, une énigme qui se dérobe. Ainsi, Júdice nous invite à contempler le poème comme une genèse inachevée, toujours recommencée.

Peinture de Biagio Fortini, Italie
Nuno Júdice, Portugal, 1949-2024
Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Génese
Todo o poema começa de manhã, com o sol. Mesmo
que o poema não esteja à vista (isto é, céu de chuva)
o poema é o que explica tudo, o que dá luz
à terra, ao céu, e com nuvens à mistura – a luz incomoda
quando é excessiva. Depois, o poema sobe
com as névoas que o dia arrasta; mete-se pelas copas das
árvores, canta com os pássaros e corre com os ribeiros
que vêm não se sabe de onde e vão para onde
não se sabe. O poema conta como tudo é feito:
menos ele próprio, que começa por um acaso cinzento,
como esta manhã, e acaba, também por acaso,
com o sol a querer romper.
Nuno Júdice, Portugal, 1949-2024
de “A Condescendência do Ser“, Assirio & Alvim, 1988


