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OCCITANIE | PIERRE MELENDEZ : « Du Premier Matin à Néandertal Blues : itinéraire d’un poète engagé »

Dans le paysage foisonnant de la littérature contemporaine française, Pierre Melendez occupe une place singulière, celle d’un poète et romancier qui avance « sur le fil du rasoir », selon une image qui lui est souvent associée.

Son œuvre, traversée par la tension entre lyrisme et critique sociale, s’inscrit dans une tradition où la poésie n’est pas seulement un exercice esthétique, mais un acte de résistance, un témoignage, une manière de faire vibrer les mots au cœur des fractures du monde.

À l’instar de figures comme Louis Aragon, qui voyait dans la poésie un instrument de combat, ou encore Charles Bukowski, qui en faisait un cri brut et désenchanté, Melendez revendique une parole incisive, parfois provocatrice, toujours habitée par une quête de vérité.

Son parcours littéraire débute avec La Touque (2014), roman nourri de son expérience en Guyane, où l’exil et la mémoire se mêlent à la construction d’un univers romanesque. Mais c’est dans la poésie qu’il trouve rapidement son terrain d’expression privilégié, héritier d’une tradition qui va de Villon à René Char, en passant par les expérimentations de Georges Perec ou les fulgurances de Jean Genet.

Ses recueils – Le Premier Matin, La Première Nuit, Nuits Bleues – explorent les amours contrariées, les éclats du quotidien et les dérives de l’actualité, dans une langue qui juxtapose les fragments pour mieux faire résonner l’inattendu.

Avec Les langues cannibales (2020), Pierre Melendez s’impose comme un écrivain engagé, montrant « les crocs » selon le Journal d’Ici. Ce titre provocateur rappelle les audaces de la Beat Generation, où la langue devient à la fois instrument de séduction et arme critique. De même, Les bienfaits du rasoir (2018) joue sur une métaphore tranchante, évoquant à la fois la fragilité de l’existence et la violence des désillusions.

Quant à Sous le vent des mots (2017), il témoigne de la conviction que le langage est mémoire et résistance, rejoignant ainsi les réflexions de Paul Celan ou d’Edouard Glissant sur la puissance des mots face à l’oubli et à l’homogénéisation.

Son dernier recueil, Néandertal Blues, s’inscrit dans cette continuité tout en ouvrant un nouvel horizon. Le titre associe la mélancolie du blues – musique de la plainte et de la résistance – à l’image archaïque du Néandertal, figure d’un passé enfoui mais toujours présent.

Ce choix rappelle la manière dont Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor ont su convoquer les mythes et les origines pour interroger le contemporain. Ici, Melendez déploie une critique de l’homogénéisation du monde moderne, tout en affirmant la poésie comme espace de liberté, de trouble et de recherche intérieure.

Au-delà des livres, Pierre Melendez est aussi parolier et performeur. Ses textes trouvent une dimension orale et musicale, portés sur scène au Théâtre Les 7 Chandelles à Maubourguet, ou mis en musique dans La Tchave : De beaux lendemains (2017). Cette articulation entre poésie, roman et chanson rappelle la démarche de Léo Ferré, qui voyait dans la poésie une matière vivante, faite pour être dite, chantée, partagée.

https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/auteur/pierre-melendez/11983

Dans cet entretien, Pierre Melendez revient sur son parcours, ses influences, ses œuvres et ses projets. Il y évoque la force des mots, la nécessité de l’engagement, la musicalité de la langue, mais aussi la réception de ses textes par les lecteurs.

À travers ses réponses, se dessine le portrait d’un écrivain qui refuse l’uniformité, qui cherche à surprendre, et qui croit profondément en la capacité de la poésie à éclairer les zones d’ombre de notre époque.

Interview Avec… Pierre Melendez

1. Parcours et inspirations

Bonjour Pierre, quel serait le descriptif parfait de ton profil ?
Je suis loin d’être parfait.

Pouvez-vous nous raconter vos débuts en littérature et ce qui vous a conduit à écrire votre premier roman La Touque (2014) ?
Après 5 années passées en Guyane, le retour en métropole m’a convaincu de laisser une trace de mon passage outre-mer et la construction de ce roman m’a permis de faire rejaillir souvenirs et héros de papier en ces lieux si surprenants.

Quels auteurs ou courants littéraires ont nourri votre imaginaire et influencé votre style ?
Tous azimuts : Pérec, Tesson, Ellroy, Céline, Dessaint, Pagnol, Bazin, Vallès, Rousseau, Bukowski, Fante père et fils, Ph. Garnier, Djian, etc.

Comment la poésie est-elle devenue un terrain d’expression privilégié pour vous après vos premiers récits ?
La poésie s’est imposée à moi par l’intermédiaire de la chanson. Parolier de quelques groupes, j’ai toujours eu l’habitude d’en dire le plus possible sur peu de place…

2. Œuvres et thématiques

Dans vos recueils poétiques (Le Premier Matin, La Première Nuit, Nuits Bleues), quels fils conducteurs relient vos textes ?
La vie quotidienne, les amours contrariées, l’actualité délirante…

Votre ouvrage Les langues cannibales (2020) a marqué les lecteurs par sa force critique. Quelle était votre intention en choisissant ce titre provocateur ?
Justement de provoquer le lecteur : cette langue cannibale est celle d’un amour dévorant mais aussi celle dont on use pour parler, déclamer, murmurer.

Les bienfaits du rasoir (2018) joue sur une image tranchante et métaphorique. Que représente ce « rasoir » dans votre univers poétique ?
Tout simplement, on peut utiliser ce rasoir pour être beau avant un rendez-vous galant et se trancher la gorge après le rendez-vous qui se serait mal placé.

Dans Sous le vent des mots (2017), vous semblez explorer la puissance du langage. Quelle place accordez-vous aux mots comme vecteurs de mémoire et de résistance ?
J’accorde la première place aux mots, à leur utilisation si possible de façon « unique » dans mes textes. J’espère surprendre par la juxtaposition de termes qui font alors résonner d’autres idées que les plus banales.

3. Néandertal Blues

Qu’est-ce qui vous a inspiré l’écriture de Néandertal Blues ?
L’image choisie pour illustrer la couverture.

Pourquoi avoir choisi cette image du « blues néandertalien » comme titre et fil conducteur ?
Parce qu’associer blues à toute évocation suggère justement qu’il se passe quelque chose.

Le synopsis évoque une tension entre « quête d’ouverture et mur ». Comment cette dualité traverse-t-elle vos textes ?
Ce sont les mots eux-mêmes qui se cognent dans ma tête jusqu’à être libérés sur le papier ou le clavier.

Vous parlez d’un monde contemporain « en plein exercice d’homogénéisation ». Quelle critique ou réflexion souhaitez-vous porter sur notre époque ?
Je cherche à m’extraire de la pensée commune.

Le recueil est présenté comme un « témoignage poétique ». En quoi la poésie vous semble-t-elle un outil privilégié pour témoigner du trouble et de la recherche intérieure ?
La poésie représente une totale liberté pour l’auteur qui peut s’y raconter, s’y inventer, et surtout faire de l’alphabet la chape sur laquelle construire un univers imaginaire.

4. Style et démarche créative

Votre écriture oscille entre poésie, roman et chanson (La Tchave : De beaux lendemains, CD, 2017). Comment articulez-vous ces différents modes d’expression ?
Chansons et poésies se relient dans la forme et la pratique alors que la rédaction d’un roman change le fonctionnement de création au quotidien. Pour la chanson, il s’agit de trouver les bons interprètes, de s’accorder parfaitement avec les musiciens pour que le tout ait du relief. Le travail d’un romancier est, lui, tout à fait différent : il faut du temps, de la patience, de l’ordre ; c’est pour moi, bien plus difficile.

On vous décrit comme un « poète funambule sur le fil du rasoir ». Reconnaissez-vous cette image et comment définiriez-vous votre style en quelques mots ?
C’est bien sur le fil du rasoir que j’avance, sans trop savoir où va me mener cet acte funambule… je dois rester concentré pour ne pas chuter.

Quelle est votre relation avec la musicalité des mots et la dimension orale de vos textes ?
Je dis souvent mes textes lors de soirées dans des bars, des bibliothèques, des librairies, et j’ai la chance d’être le « poète associé » au Théâtre Les 7 Chandelles à Maubourguet (65) dont la directrice artistique, Rosemonde Cathala, me commande chaque année depuis 4 ans un nouveau recueil sur le thème de la saison théâtrale. Ces textes sont interprétés par la troupe amateur en première partie du spectacle officiel. C’est un réel plaisir, ainsi qu’un grand honneur, d’être ainsi mis sur les planches.

Quelle place accordez-vous aux éclats, aux fragments, aux « mille facettes » dans votre écriture ? Est-ce une esthétique du discontinu volontaire ?
Je voudrais vraiment que ma poésie soit un éclat ! Que ma volonté de transmission esthétique touche le plus large public possible, sans m’enfermer dans un style ou une façon de faire.

5. Réception et impact

Comment vos lecteurs réagissent-ils à vos textes, souvent empreints de critique sociale et de lyrisme ?
Le recueil qui connaît le plus grand succès, Les Chemins de l’Exil (Éditions Arcane17), traite de la retirada des républicains espagnols en 1939, l’histoire de ma famille en poésie. Il touche directement les lecteurs qui me contactent pour me donner leur ressenti, puisque tous les exils possibles sont évoqués…

L’article du Journal d’Ici évoquait que vous « montrez les crocs » avec Les langues cannibales. Est-ce une posture revendiquée : celle d’un écrivain engagé et incisif ?
Être engagé c’est simplement oser dire ce que l’on pense, avec plus ou moins de faconde et de lyrisme, et de force de persuasion.

Comment espérez-vous que les lecteurs reçoivent Néandertal Blues : comme une plainte, une méditation, ou une invitation à la résistance ?
La longue plainte d’un résistant qui médite. Une plainte dans le sens du blues : elle aide à supporter la douleur. Une résistance : savoir courber l’échine pour mieux préparer sa révolte. La méditation : être sans rêve ni espoir, plutôt dans l’absolue clarté de soi.

Avez-vous déjà eu des retours de lecteurs qui vous ont surpris ou éclairé sur votre propre démarche ?
Ah oui, souvent, car chacun prend le poème à sa façon et se l’approprie. Le lecteur comme le comédien interprète le texte et en joue sans se soucier d’en faire une analyse.

6. Perspectives et projets

Quels thèmes souhaitez-vous explorer dans vos prochains ouvrages ?
Les Pyrénées ! D’ailleurs un recueil est prêt, à nouveau pour Arcane 17, à suivre…

Comment voyez-vous l’évolution de votre œuvre : davantage de romans, de poésie, ou de projets hybrides (comme vos chansons) ?
Davantage de poésie et j’aimerais beaucoup retravailler en chansons. Un florilège de mes paroles sortira sous peu, il s’intitule « Mémé Blues » !

Si vous deviez adresser un message aux jeunes écrivains ou poètes, quel serait-il ?
Ce serait un message d’encouragement ! Il y a de la place pour tout le monde, pour tous les créateurs, pour tous les artistes !

Si vous deviez résumer en une phrase l’expérience que vous souhaitez transmettre avec Néandertal Blues, quelle serait-elle ?
« Il n’y a pas que le monde que l’on voit. »

On a parlé de :

  • « Pierre Melendez, funambule sur le fil du rasoir »
  • « La poésie comme témoignage : l’univers tranchant de Pierre Melendez »
  • « Entre mémoire et résistance : la voix de Pierre Melendez »

  • « Du Premier Matin à Néandertal Blues : itinéraire d’un poète engagé »
  • « Les langues cannibales et autres éclats : Pierre Melendez en dialogue »
  • « Néandertal Blues : plainte, méditation et résistance poétique »

  • « Montrer les crocs par les mots : Pierre Melendez face à l’homogénéisation du monde »
  • « La poésie comme arme douce : Pierre Melendez et l’art de l’incision »
  • « Quand les mots deviennent mémoire et résistance »


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