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- Le Tour D'Afrique du Livre

TOUR D’AFRIQUE DU LIVRE | Léopold Sédar Senghor (Sénégal) – Éthiopiques | Episode 13

Publié en 1956, le recueil Éthiopiques de Léopold Sédar Senghor constitue une pierre angulaire de la poésie francophone africaine. À la croisée de la négritude, du lyrisme classique et de la spiritualité africaine, ce texte déploie une esthétique du chant, du souffle et de la mémoire. Il incarne une poétique de l’enracinement et de l’ouverture, où l’Afrique devient source, rythme et vision.

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Léopold Sédar Senghor – Éthiopiques (Sénégal)

Une poétique de la négritude incarnée

Dans Éthiopiques, Senghor donne corps à la négritude, concept qu’il a cofondé avec Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Mais là où Césaire privilégie la révolte et la tension, Senghor choisit l’hymne et la célébration. Le recueil chante l’Afrique noire dans sa beauté, sa sagesse, sa sensualité, sa spiritualité. Il évoque les masques, les danses, les tam-tams, les femmes, les arbres, les ancêtres — autant de figures qui composent une cosmogonie poétique.

La négritude, chez Senghor, n’est pas une posture politique seulement : c’est une esthétique, une manière de dire le monde en rythme, en images, en souffle. Elle s’oppose à l’abstraction occidentale, à la froideur rationnelle, en affirmant une pensée sensible, incarnée, vibrante.

Une langue métissée, musicale, sacrée

Senghor écrit en français, mais un français travaillé, enrichi, traversé par les rythmes de l’oralité wolof, les images de la savane, les cadences du griot. Il invente une langue poétique où le vers devient incantation, où le mot devient offrande. Le poème « Femme noire », emblématique du recueil, célèbre le corps féminin comme terre originelle, comme matrice du monde, dans une sensualité sacrée.

La musicalité est centrale : Senghor pense la poésie comme chant, comme danse, comme souffle. Il convoque les musiques africaines, mais aussi le jazz, les symphonies européennes, les polyphonies liturgiques. Il rêve d’un métissage harmonieux, d’une civilisation de l’universel, où l’Afrique serait source et partenaire.

Une spiritualité cosmique et politique

Éthiopiques est traversé par une spiritualité diffuse, où le sacré imprègne le quotidien. Les ancêtres, les forces naturelles, les rites, les symboles sont présents dans chaque poème. Senghor ne sépare pas le politique du spirituel : il pense la poésie comme acte de réconciliation, comme levier de dignité, comme fondement d’une souveraineté culturelle.

Le recueil est aussi un manifeste pour une Afrique debout, fière, créatrice. Il refuse les caricatures coloniales, les réductions raciales, les silences imposés. Il affirme que l’Afrique a une voix, une mémoire, une beauté — et que cette voix peut enrichir le monde.

Une œuvre de fondation et de rayonnement

Éthiopiques n’est pas seulement un recueil de poèmes : c’est une œuvre de fondation. Elle a influencé des générations de poètes africains et afro-diasporiques, elle a été traduite, étudiée, chantée. Elle a permis à la poésie africaine de s’inscrire dans le champ littéraire mondial, sans renier ses racines.

Senghor, poète-président, incarne cette tension féconde entre pouvoir et parole, entre gouvernance et création. Mais dans Éthiopiques, c’est le poète qui parle — avec ferveur, avec tendresse, avec vision. Une voix qui continue de résonner, au-delà des frontières et des siècles.

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