mercredi, 25 février 2026
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FRANCE | Entre lettres et haute fonction publique, Entretien avec Ann Fen

Depuis son départ en retraite, l’écriture est devenue centrale. Elle décrit une pratique quotidienne : relire le matin, noter en marchant, écrire l’après-midi. Cette discipline rappelle les « gammes » de Flaubert ou les carnets de Paul Valéry. Elle insiste…


 Ann Fen, entre lettres et haute fonction publique

L’entretien avec Ann Fen révèle une personnalité singulière, à la croisée des humanités et de l’action publique. Agrégée de lettres et énarque, elle incarne cette double vocation : la passion des mots et la volonté de servir la société. Son parcours illustre ce que Paul Ricoeur appelait « l’homme de l’action et l’homme du récit », capable de conjuguer réflexion littéraire et engagement civique.


Lettres et ENA : une trajectoire plurielle

Issue d’une famille d’enseignants, Fen s’inscrit d’abord dans la tradition des humanités classiques : hypokhâgne, agrégation, enseignement. Elle évoque les « instants miraculeux » où un élève se révèle à lui-même, rejoignant l’idée de Montaigne que « l’enfant n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on allume ».

Mais elle refuse la répétition stérile et choisit l’ENA, pour servir la société solidaire. Cette bifurcation rappelle les parcours de figures comme André Malraux ou Régis Debray, qui ont mêlé littérature et action politique.


L’enseignement : éveiller plutôt que former

Fen critique la conception traditionnelle de la littérature comme « formation » obligatoire. Elle défend une approche fondée sur le plaisir, l’éveil, la révélation. Cette vision rejoint Barthes dans Le plaisir du texte et Kundera dans L’art du roman, qui insistent sur la liberté du lecteur. Pour elle, la littérature doit être une expérience jubilatoire, non un exercice scolaire. Ses ateliers théâtre et ses expériences musicales avec Debussy rappellent l’importance de l’art comme déclencheur d’émotion.


Administration et regard sur la société

Son expérience dans la haute fonction publique lui donne une connaissance systémique des mécanismes sociaux. Elle insiste sur l’effet domino des réformes, rejoignant les analyses de Michel Crozier sur les organisations. Mais cette immersion l’éloigne des fresques sociales ou historiques en littérature : elle privilégie l’intime, la mémoire, les fissures. Cette orientation rappelle Marguerite Duras ou Annie Ernaux, qui explorent l’intériorité plutôt que le grand récit collectif.


Romans et nouvelles : fragments et mémoire

Fen a publié un recueil de nouvelles et plusieurs romans (La cafetière italienne, La renverse, Ses yeux, tels qu’au premier jour, La villa Remembrer). Elle décrit son passage du fragment au roman comme une évolution naturelle, rejoignant la démarche de Virginia Woolf ou de Proust, où l’écriture devient exploration de la durée et de la mémoire. La nostalgie et la mémoire traversent ses récits, non pour ressusciter les morts, mais pour s’en délester. L’écriture devient catharsis, comme chez Sénèque ou chez Cioran.


Déplacements et vitalité

Fen insiste sur l’importance du déplacement : Paris, Saint-Malo, voyages. Elle cite Pablo Neruda : « Il meurt lentement celui qui ne voyage pas… » Cette mobilité rappelle les écrivains voyageurs comme Nicolas Bouvier ou Claudio Magris, pour qui le déplacement est source d’inspiration. Son roman en cours, Ryoko (voyage en japonais), explore cette tension entre Europe et Japon, rejoignant la tradition des récits de voyage comme ceux de Segalen ou Barthes (L’Empire des signes).


Lire et écrire : une relation transformée

Sa pratique de l’écriture modifie sa lecture : elle lit moins, mais avec plus d’intensité. Elle évite les textes proches de ses thématiques pour ne pas être paralysée. Elle passe d’une lecture analytique (professeur de lettres) à une lecture émerveillée, sensible au style. Cette évolution rappelle l’expérience de Roland Barthes, qui distinguait la lecture studieuse de la lecture de plaisir.


Processus d’écriture : habitude et persévérance

Depuis son départ en retraite, l’écriture est devenue centrale. Elle décrit une pratique quotidienne : relire le matin, noter en marchant, écrire l’après-midi. Cette discipline rappelle les « gammes » de Flaubert ou les carnets de Paul Valéry. Elle insiste sur la réécriture, rejoignant l’idée de Proust que « les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ». L’écriture est pour elle une passion, mais aussi une arme à double tranchant.


Conseils aux jeunes auteurs

Fen propose des constats : sincérité, nécessité intérieure, intention claire. Elle met en garde contre les recettes d’atelier qui formatent l’écriture. Le style, dit-elle, ne s’apprend pas, il évolue avec la passion des mots. Elle cite Yannick Haenel : « Il n’y a rien de plus beau qu’un roman qui s’écrit ; le temps qu’on y consacre ressemble à celui de l’amour. » Ses conseils rejoignent ceux de Rilke dans Lettres à un jeune poète : écrire seulement si l’on ne peut pas faire autrement.


Une écriture de mémoire et de vitalité

Ann Fen apparaît comme une écrivaine qui conjugue mémoire et mouvement, intimité et société, lettres et action publique. Son œuvre explore les fissures de l’individu, les réminiscences, les déplacements, dans une langue qui cherche l’authenticité. Elle incarne cette conviction que la littérature n’est pas un message, mais une expérience, une manière de vivre « ici et maintenant ».


Entretien avec Ann Fen

I

1- Vous êtes agrégée de lettres et énarque : comment ces deux univers se sont-ils rencontrés dans votre vie ?

Vous ne déviez pas de l’orbite sur laquelle vous place votre histoire si celle-ci vous agrée. D’une famille d’enseignants – lettres, philosophie, histoire- j’ai mis mes pas dans les leurs : hypokhâgne à Paris. Après quelques mois assez rudes pour la provinciale que j’étais, j’ai adoré. La découverte de la capitale y était pour beaucoup. Cinémas, théâtres, bibliothèques, librairies à gogo… un humus culturel dans lequel je me suis sentie germer. Un monde nouveau, enthousiasmant.

Mais après cinq ans de loyaux services en collège de banlieue (seul moyen à l’époque de rester en région parisienne), l’urgence d’un changement d’activité professionnelle s’est imposée : inconcevable de rabâcher jusqu’à la retraite et, surtout, de me sentir si marginalement utile dans le cadre imposé. D’où l’ENA. Trajectoire différente donc, avec, cette fois, une vocation chevillée au corps : servir (l’améliorer ou, pour le moins, la maintenir) une société solidaire en laquelle je veux croire encore.

2- Quels souvenirs marquants gardez-vous de vos années d’enseignement ?

Les instants presque miraculeux où l’on parvient à révéler un enfant à lui-même : malheureusement trop rares, ils survenaient en sortant du format classique (dictées, grammaire, rédactions…). Je me rappelle en particulier le jour où j’ai demandé à mes élèves d’écrire tout ce qui leur passait par la tête en écoutant La mer de Debussy. Un jardin sous la pluie aussi. Après quelques minutes de sidération et de petits rires gênés, ils se sont mis à gratter. Quels textes ! J’ai été très émue de les voir s’étonner d’avoir produit ça, émerveillés et fiers d’eux. Même joie en confiant des premiers rôles à mes cancres, dans un atelier théâtre que j’organisais pendant la pause déjeuner. Je me souviens d’un garçon en particulier, le cancre de fond de classe, devenu un irrésistible Harpagon. Quand même plus gratifiant pour eux et pour moi que de passer des heures sur la distinction entre le « que » relatif et le « que » conjonctif, alors qu’ils utilisaient les deux naturellement, sans aucun problème.

  • Et quel rôle attribuez-vous à la littérature dans la formation des jeunes générations ?

Le terme de « formation » m’évoque un peu trop la conception traditionnelle de l’enseignement de la Littérature avec un grand L. Un passage obligé dans le cursus qui conduit au baccalauréat. Il me semble contre-productif, voire mortifère, de survoler des extraits d’œuvres (le plus souvent françaises, rarement contemporaines) et de laisser à penser aux jeunes qu’il s’agit là d’un fonds culturel incontournable dont, dans le meilleur des cas, une panoplie succincte d’outils d’analyse permettrait de comprendre les « messages ». De quoi détourner à jamais de l’envie de lire.

Franchement, c’est faire injure à la puissance des mots, à leur capacité à apporter du plaisir, qu’on les lise et/ou les écrive. Selon moi, la littérature (comme la musique ou la peinture) ne doit pas « former », mais éveiller, révéler d’autres voix, d’autres regards, d’autres univers. Seule la pratique-plaisir régulière, débarrassée de toute notion d’effort et d’obligation, permet vraiment cette découverte jubilatoire.

3- Qu’est-ce qui vous a conduite à ne jamais abandonner vos passions artistiques malgré vos responsabilités dans la haute fonction publique ?

Aucun abandon à m’infliger, ni aucun antagonisme à gérer entre mon goût pour la matière artistique et ma nouvelle activité professionnelle (entièrement dédiée aux systèmes de protection sociale). J’utiliserais volontiers une image pour vous faire comprendre : je crois qu’un individu est le produit d’une longue sédimentation. Les strates se superposent, cohabitent sans problème, la nouvelle se déposant sur la précédente sans l’écraser.

4- Votre expérience dans l’administration a-t-elle influencé votre regard sur la littérature et la société ?

Sur la société, oui, heureusement ! Plus qu’influencée d’ailleurs. J’ai acquis peu à peu une connaissance de mécanismes complexes, très techniques, souvent opaques pour le commun des mortels, et compris que, seule, une approche systémique de cette machinerie doit guider l’action publique. Modifier un dispositif, si minime soit-il, suppose d’appréhender d’abord l’ensemble des leviers interconnectés, d’anticiper le jeu de dominos, en d’autres termes d’évaluer les effets (positifs mais aussi pervers) de la réforme envisagée.

En revanche, mon expérience « administrative » n’a pas eu d’impact direct sur mon regard littéraire. Ou plutôt, avec le recul, je dirais qu’elle m’a même éloignée de tout ce qui s’apparentait aux romans sociaux ou fresques historiques pour privilégier l’intime, le cheminement individuel, les fissures, oscillations et bascules, le frémissement, la fabuleuse machine qu’est la mémoire…

  • Mais selon vous, la fiction peut-elle néanmoins contribuer à éclairer des enjeux sociaux ou politiques actuels ?

Oui, une fiction (y compris une autofiction) est presque toujours ancrée dans un cadre spatio-temporel précis auquel les romanciers donnent plus ou moins de place : selon les œuvres, le curseur se déplace. En tant que lectrice, j’ai une préférence, pour les récits qui évitent toute intention didactique et documentaire pour privilégier l’intériorité des personnages.

Pour moi, le roman n’est pas fait pour délivrer un message politique (ce qui n’empêche pas de suggérer des opinions parfois bien tranchées), mais pour appréhender l’évolution d’individus en conflit avec leur environnement : dans mes récits, cet environnement est le plus souvent le creuset familial (sœurs, demi-frères, père-fils…). Et les tensions qu’on y perçoit sont, elles, plutôt atemporelles.

II

  • Vous avez déjà écrit un recueil de nouvelles et trois romans (La cafetière italienne, La renverse, Ses yeux, tels qu’au premier jour et La villa Remembrer). Vous alternez les formes : comment choisissez-vous la forme narrative la plus adaptée à une histoire ?

Au risque de vous décevoir, ni alternance, ni choix réfléchi de LA forme idéale, adaptée à mon propos. En réalité, j’ai commencé par écrire beaucoup de fragments et nouvelles. Ces formats brefs m’apparaissaient comme des mondes finis, rassurants en ce qu’ils me donnaient le sentiment que je parviendrais toujours à en venir à bout : construction bétonnée, concision, épure.

Mais, une fois mené à bien mon premier récit long, mon envie ne m’a plus portée que vers le roman. Cette forme m’ouvre un espace dont la cartographie fluctue souvent en cours d’écriture : où mon écriture m’emmène t elle ? Un parcours de longue haleine, une aventure avec ses chemins de traverse, des frontières qui se déplacent. Là réside mon plaisir, mais aussi le danger – m’y perdre.

En parallèle, je continue d’écrire des fragments ou des récits brefs, souvent en ateliers coachés, pour me contraindre à resserrer mon style : trouver le mot juste, nettoyer adjectifs et adverbes etc. Pour moi, c’est un peu comme faire des gammes.

  • La nostalgie et la mémoire traversent vos récits. Est-ce un choix conscient ou une tonalité naturelle ?

Ma foi, plus probablement une conséquence « naturelle » du vieillissement. Face à cette expérience radicale de la perte, écrire répond pour moi à un besoin de me retourner : non pour réveiller mes blessures ni ressusciter mes morts, mais au contraire pour m’en délester. Une fois formulées et externalisées, mes réminiscences douloureuses me laissent davantage en paix. Quant aux « beaux » souvenirs qui surgissent et s’invitent en cours d’écriture, j’essaie là encore de les enclore dans mes pages. L’écriture comme purgation pour vivre « ici et maintenant. »

  1. Mais à vous lire, votre « ici » n’est pas un point fixe  : double ancrage entre Paris et Saint-Malo, voyages…

En effet. Je constate, sans l’avoir décidé, que le déplacement m’est vital –changement de lieux, de sphères professionnelles ou de langages (musique ou peinture). Trois semaines chez moi, à Paris ou à Saint Malo, et je tourne comme un fauve en cage. Je crains et exècre la répétition qui écrase le temps et éteint l’émotion. D’où la formulation de Pablo Neruda que je cite souvent  : « Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas rire de lui-même. »

  • Quelle destination vous a le plus inspirée dans vos récits ?

Sauf dans le roman en cours (titre provisoire, Ryoko, qui signifie voyage en Japonais), aucune destination n’a constitué le fil conducteur de mes récits. En revanche, mes personnages évoluent toujours dans des lieux que je connais. Je me pense incapable de situer une fiction là où je n’ai pas été bombardée d’impressions et d’émotions.

Je me rends compte d’ailleurs que, dans mes récits, ces lieux se construisent souvent en tension entre deux univers complémentaires, voire antinomiques : actuellement, Europe/Japon.

  1. Et en quoi le fait d’écrire a-t-il modifié votre façon de lire ?

Premier constat : le temps d’écriture a pris sur mon temps de lecture. Je lis donc moins, mais chaque jour bien sûr. Second constat : par crainte de la paralysie, j’évite de lire ce qui croise ma thématique du moment. Difficile d’écrire, quand on a sous les yeux les mots et formulations après lesquels on court depuis des jours.

Enfin, ma façon de lire a évolué avec le temps : professeur de lettres, je ne pouvais m’empêcher de crayonner mes livres, de repérer les procédés etc. Ce qui me privait souvent du plaisir. Aujourd’hui, je suis plus dans l’emballement devant un style, une image, une formule qui me laissent émerveillée, mais dubitative quant à ma propre capacité à écrire. Quand on lit Proust ou Virginia Woolf, on a du mal à se remettre au clavier !

9-  Comment se déroule votre processus d’écriture au quotidien et quelles différences (évolutions, changements) avec le temps et l’expérience ?

Il est évident que ma pratique a changé avec mon départ en retraite : question de temps disponible, également de disposition d’esprit. D’activité périphérique (par la force des choses), l’écriture est devenue centrale. Une sorte d’invasion progressive de mon espace intérieur, pas forcément voulue, autour de laquelle le reste de ma vie a tendance à s’organiser. Un bonheur, une passion, mais aussi un renoncement à d’autres choses, une arme à double tranchant en somme.

Peu à peu, s’installent des habitudes grignotent mes heures de liberté (je préfère le mot « habitude » à celui de « rituel » qui suggère une sorte de sacralisation de moments ou d’endroits dont on ne pourrait se passer pour créer, ce qui n’est pas mon cas). Je dors peu : très tôt, ordinateur, mug de café. C’est le moment propice pour relire et corriger la production de la veille qui, en une nuit, s’est détachée de moi et m’autorise un regard plus critique. Les idées, phrases, formulations nouvelles, en revanche, me viennent plutôt après, quand je sors de chez moi : marche, rêvasserie dans un café plein de brouhaha et de vie. Je note absolument tout ce qui me vient dans mon smartphone, car j’ai abandonné l’usage du papier-stylo depuis des décennies. Une fois rentrée, je fais ma cueillette et continue le travail en cours.

10- Quels conseils donneriez-vous à de jeunes auteurs qui souhaitent se lancer dans l’écriture aujourd’hui ?

Plutôt que des conseils, je proposerais quelques constats qui résultent de ma seule expérience, sans valeur normative. Pour moi, l’écriture doit être sincère, dense, authentique, sous peine de tomber dans les clichés et l’artifice (ce que j’appelle familièrement « ouvrir le robinet d’eau tiède »). Et cet élan ne peut jaillir que s’il répond à une nécessité intérieure. Il faut d’abord pelleter en soi, même si cela passe ensuite par la voix d’un personnage.

De la même façon, je crois qu’il n’est pas de bonne écriture sans « intention ». Finalement, de quoi est-ce que je veux vraiment parler ? C’est sans doute le plus difficile : cerner son propos et s’y tenir malgré le fourmillement d’idées que déclenche l’acte d’écrire. J’ai vu, en ateliers, tant de personnes se précipiter sur une intrigue sans avoir préalablement réfléchi au pourquoi de leur projet. La tendance actuelle qui consiste, dans des ateliers, à inculquer les recettes de l’arc narratif parfait (absolument nécessaire par ailleurs) est un chemin pavé de bonnes intentions, mais elle présente l’inconvénient de formater et de vider l’acte d’écrire de son essence. Quant au style (le fameux « trouver sa voix »), il ne s’apprend pas : il est le produit d’une évolution et d’une passion plus ou moins prononcée pour les mots et l’euphonie des phrases. Pour moi, écrire, c’est beaucoup besogner. Je passe plus de temps à réécrire qu’à écrire.

Besoin impérieux, engagement, disponibilité et persévérance pourraient résumer ce que je dois sentir en moi avant de me lancer. En guise de conclusion, je citerais volontiers Yannick Haenel (Le Trésorier-payeur, 2022) : « Il n’y a rien de plus beau qu’un roman qui s’écrit ; le temps qu’on y consacre ressemble à celui de l’amour : aussi intense, aussi radieux, aussi blessant. » 

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