Chapitre I – La classe des voix multiples
Le soleil de Dakar filtrait à travers les vitres poussiéreuses de la salle 12 du lycée Blaise Diagne. Amina, seize ans, s’asseyait toujours au premier rang. Elle aimait écouter les langues qui se croisaient dans sa classe : wolof, sérère, peul, français, parfois même arabe. Chaque élève portait en lui une histoire, une culture, une musique différente.
Ce jour-là, le professeur de littérature annonça un projet spécial pour la Saint-Valentin : “Écrivez une nouvelle sur l’amour.” Les élèves soupirèrent. Trop banal, trop attendu. Mais Amina leva la main :
— Et si chacun écrivait une phrase dans sa langue maternelle ? On pourrait les assembler comme un poème collectif.
Le professeur sourit. “Voilà une idée. L’amour sans sous-titres.”
Chapitre II – Les premières phrases
Le lendemain, les élèves arrivèrent avec leurs phrases. Samba écrivit en wolof : “Sopp naa la, mais l’amour est plus fort que les mots.”
Fatou, en sérère : “L’amour est une calebasse qui se remplit sans jamais se vider.”
Ali, en peul : “L’amour est comme le troupeau, il faut le guider avec patience.”
Amina, elle, hésita. Elle voulait écrire en français, mais aussi en wolof. Finalement, elle nota : “L’amour est une voix qui traverse les frontières.”
Julien, un élève franco-sénégalais, ajouta en français : “L’amour est ce qui nous traduit quand les mots nous manquent.”
Chapitre III – Les tensions
Mais tout le monde n’était pas convaincu. Moussa, le plus sceptique, déclara :
— C’est joli, mais ça ne veut rien dire. On ne se comprend pas.
Amina répondit calmement :
— Justement. L’amour n’a pas besoin de traduction. Quand ta mère te serre dans ses bras, tu comprends, même sans mots.
La classe resta silencieuse. Certains hochèrent la tête. D’autres restaient dubitatifs.
Chapitre IV – Le projet prend vie
Ils décidèrent de coller toutes les phrases sur un grand panneau au milieu de la classe. Les mots formaient une mosaïque colorée. Chaque langue brillait comme une étoile dans une constellation.
Amina proposa d’aller plus loin :
— Et si on présentait ce poème collectif lors de la fête de la Saint-Valentin du lycée ?
Le professeur accepta. Les élèves se mirent à répéter, chacun lisant sa phrase dans sa langue. Les voix s’entremêlaient, créant une polyphonie étrange mais belle.
Chapitre V – Les confidences d’Amina
Un soir, Amina resta seule dans la salle. Julien entra.
— Tu crois vraiment que ça va marcher ? demanda-t-il.
— Oui. Parce que l’amour, c’est ce qui relie nos différences.
Julien la regarda. Il avait toujours admiré sa conviction.
— Tu sais, mon père est français, ma mère sénégalaise. J’ai grandi entre deux langues. Parfois, je me sens perdu. Mais avec toi, j’ai l’impression que les mots se rassemblent.
Amina rougit. Elle comprit que ce projet n’était pas seulement scolaire. C’était une déclaration implicite.
Chapitre VI – La fête de la Saint-Valentin
Le jour arriva. La salle des fêtes était décorée de guirlandes rouges et blanches. Les élèves montèrent sur scène. Chacun lut sa phrase. Les langues s’entrechoquaient, mais au lieu de créer du chaos, elles formaient une harmonie.
Quand vint le tour d’Amina, elle dit :
— “L’amour est une voix qui traverse les frontières.”
Puis Julien ajouta :
— “L’amour est ce qui nous traduit quand les mots nous manquent.”
La salle éclata en applaudissements. Les professeurs, les parents, les élèves, tous étaient émus.
Chapitre VII – La révélation
Après la fête, Moussa s’approcha d’Amina.
— Tu avais raison. J’ai compris ce que tu voulais dire. Quand Fatou a parlé en sérère, je n’ai pas compris les mots, mais j’ai senti l’émotion.
Amina sourit.
— Voilà. L’amour n’a pas besoin de sous-titres.
Julien, à côté, lui prit doucement la main.
— Et parfois, il suffit d’un geste pour tout traduire.
Chapitre VIII – L’héritage
Le projet fit le tour du lycée. On parla de “la classe des voix multiples”. Le poème fut affiché dans le hall, traduit en français mais avec les phrases originales conservées.
Amina reçut un message du directeur : “Votre idée a donné une leçon à toute l’école. Vous avez montré que l’amour est universel.”
Julien lui envoya un autre message, plus personnel :
— “Amina, je crois que je t’aime. Pas seulement pour ton idée, mais pour la façon dont tu fais parler les silences.”
Chapitre IX – L’avenir
Des années plus tard, Amina devint traductrice et écrivaine. Son premier livre s’intitulait “L’amour sans sous-titres”. Elle y racontait cette expérience, cette mosaïque de voix, cette Saint-Valentin où l’amour avait parlé toutes les langues.
Julien, devenu journaliste, écrivit la préface :
— “Amina m’a appris que l’amour n’a pas besoin de dictionnaire. Il suffit d’écouter.”
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