🎙️ “Entre Molière et le Modem : paroles d’un passeur de lettres” –
1. Journaliste : Bonjour Étienne, ravi de t’accueillir aujourd’hui.
2. Étienne : Le plaisir est partagé. C’est rare qu’on interroge un prof sans que ce soit pour une réunion parents-profs.
3. Journaliste : Tu es enseignant en français et littérature depuis 17 ans. Qu’est-ce qui t’anime encore ?
4. Étienne : La langue. Elle est vivante, insaisissable, et elle change plus vite que mes élèves n’envoient un texto.
5. Journaliste : Et tu enseignes où ?
6. Étienne : Dans un lycée public à Lyon. Avec vue sur l’anaphore et des élèves épatants.
7. Journaliste : D’où vient ton amour pour la littérature ?
8. Étienne : D’un vieux manuel jauni, d’un prof un peu fou… et d’un vers de Baudelaire.
9. Journaliste : Lequel ?
10. Étienne : “Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.”
11. Journaliste : Très symbolique pour un enseignant. Et ce rôle sur GMSavenue ?
12. Étienne : C’est ma cour de récré numérique. Je lis, je commente, je modère avec le sourire.
13. Journaliste : Que représente GMSavenue pour toi ?
14. Étienne : Une agora moderne. On y débat de syntaxe et de slam, de théâtre classique et de fanfiction.
15. Journaliste : Tu arrives à concilier enseignement et engagement en ligne ?
16. Étienne : Les deux se nourrissent. Le forum me connecte aux écritures vivantes. La classe m’ancre dans le réel.
17. Journaliste : Tes élèves savent que tu es modérateur littéraire ?
18. Étienne : Certains m’ont démasqué. Ils trouvent ça “archi stylé”.
19. Journaliste : Et toi, tu trouves quoi de stylé chez eux ?
20. Étienne : Leur audace. Et leur manière de réinventer Ronsard en story Instagram.
21. Journaliste : Une œuvre que tu ne te lasses jamais d’enseigner ?
22. Étienne : Phèdre. Parce que même à 17 ans, on comprend la brûlure du désir interdit.
23. Journaliste : Un texte qu’ils n’aiment jamais ?
24. Étienne : Malherbe. J’ai tout tenté : rap, mime, origamis. Rien à faire.
25. Journaliste : Tu écris aussi ?
26. Étienne : Un peu. Des chroniques pour GMSavenue et quelques poèmes qui n’oseront jamais sortir du tiroir.
27. Journaliste : Tu les caches ou tu les protèges ?
28. Étienne : Les deux. Comme un prof qui garde ses bulletins non corrigés trop longtemps.
29. Journaliste : Comment choisis-tu les textes que tu défends sur le forum ?
30. Étienne : À l’instinct. Ce qui bouscule, ce qui rit, ce qui pleure bien.
31. Journaliste : Tu as modéré combien de débats houleux ?
32. Étienne : Assez pour devenir diplomate à l’ONU… ou surveillant de cantine.
33. Journaliste : Et dans ta salle de classe, ça débat aussi ?
34. Étienne : Plus qu’on ne croit. Montaigne et TikTok font parfois bon ménage.
35. Journaliste : Tu as déjà été censuré sur GMSavenue ?
36. Étienne : Une fois, pour avoir défendu Céline dans un thread sur la moralité. Sacrilège !
37. Journaliste : Tu es plutôt puriste ou explorateur de langage ?
38. Étienne : Les deux. Le passé m’éclaire, le présent me parle.
39. Journaliste : Le français est-il en danger ?
40. Étienne : Il survit depuis mille ans à toutes les modes. Ce n’est pas un correcteur automatique qui l’achèvera.
41. Journaliste : Tu lis quoi en ce moment ?
42. Étienne : Syngué sabour d’Atiq Rahimi. Une langue nue, ciselée.
43. Journaliste : Une anecdote insolite avec un élève ?
44. Étienne : Il a rendu un devoir en vers… d’inspiration rap. Et c’était du Hugo 2.0.
45. Journaliste : Tu le recrutes pour GMSavenue ?
46. Étienne : C’est déjà fait. Sous le pseudo “QuatrainX”.
47. Journaliste : Tu es exigeant comme modérateur ?
48. Étienne : Je suis plus Corneille que Racine : le cœur prime sur la forme.
49. Journaliste : Tes collègues connaissent ton engagement numérique ?
50. Étienne : Oui. Certains lisent mes posts en salle des profs. Ça remplace le café.
(à suivre dans la suite du message…)
51. Journaliste : Ton double rôle de professeur et modérateur, c’est une forme de militantisme culturel ?
52. Étienne : Absolument. Militer pour la langue, pour l’accès à la littérature et pour une parole partagée, c’est peut-être la mission la plus urgente aujourd’hui. Et je crois qu’on peut faire acte de résistance en corrigeant une syntaxe sans humilier, ou en révélant à un élève qu’il a de la poésie dans les doigts.
53. Journaliste : Que penses-tu de l’usage du français sur les réseaux sociaux ?
54. Étienne : C’est fascinant. On y voit naître des formes brèves, hybrides, décomplexées. Parfois ça pique les yeux, mais souvent ça ouvre des brèches de création. Le “français des réseaux” n’est pas une déchéance, c’est un terrain d’observation de la langue en mutation.
55. Journaliste : Tu interviens parfois dans des débats sur les anglicismes ou l’évolution du lexique. Où te situes-tu ?
56. Étienne : Je ne suis pas du tout puriste. Quand un mot anglais fait mieux le job, je l’accepte. Mais j’essaie aussi de creuser dans notre langue pour trouver des équivalents oubliés. L’enjeu, c’est pas de résister au changement, c’est de s’assurer qu’on le pense, qu’on ne le subisse pas.
57. Journaliste : Ton rôle de modérateur a-t-il modifié ta manière d’enseigner ?
58. Étienne : Sans aucun doute. Sur GMSavenue, je rencontre des voix multiples, des sensibilités parfois à l’opposé de la mienne. Modérer, c’est écouter. Et c’est aussi ce que j’essaie de faire en classe, avec plus de bienveillance encore qu’avant.
59. Journaliste : Tu sembles avoir un rapport presque sensoriel à la langue.
60. Étienne : C’est vrai. Pour moi, un vers de Rimbaud peut être aussi tactile qu’un tissu. Un paragraphe bien rythmé a une musique. C’est cette sensualité de la langue que j’essaie de faire sentir à mes élèves – au-delà des notes et des examens.
61. Journaliste : As-tu déjà pensé à quitter l’enseignement ?
62. Étienne : Oui, parfois, dans les moments de doute ou d’épuisement. Mais une rédaction inattendue ou une lecture en classe qui fait silence me ramènent toujours. C’est un métier de passion, d’usure, mais aussi de renaissance permanente.
63. Journaliste : Comment gères-tu la charge mentale entre travail, forum, et vie personnelle ?
64. Étienne : En marchant beaucoup. Je fais des balades sans téléphone, juste avec un carnet de poche. Et j’écris. L’écriture, même modeste, est une façon de m’équilibrer.
65. Journaliste : Y a-t-il un débat mémorable sur GMSavenue qui t’a marqué ?
66. Étienne : Oui. Un fil où une adolescente défendait Madame Bovary comme un roman féministe, face à des lecteurs chevronnés qui ricanaient un peu. Elle a tenu tête, avec brio. Je n’ai presque rien eu à modérer – c’était magique.
67. Journaliste : As-tu l’impression d’appartenir à une communauté avec GMSavenue ?
68. Étienne : Complètement. C’est un foyer d’idées, un espace de contradictions fécondes. C’est aussi une manière de ne pas enseigner seul. On échange, on se nourrit mutuellement.
69. Journaliste : Un auteur contemporain que tu suis avec passion ?
70. Étienne : Maylis de Kerangal. Pour son souffle romanesque, sa langue organique. Elle invente une syntaxe qui colle au réel.
71. Journaliste : Ton rapport aux classiques a-t-il changé avec le temps ?
72. Étienne : Oui. Avant, je les vénérais un peu trop. Aujourd’hui, je dialogue avec eux. Je les interroge, je les trahis parfois, mais avec affection. Le classique, ce n’est pas ce qui est figé, c’est ce qui nous résiste et nous oblige à penser.
73. Journaliste : Et avec tes élèves ? Les classiques passent encore ?
74. Étienne : Quand on les relie à leur présent, oui. Il suffit souvent d’un angle : montrer que Racine parle du contrôle du corps féminin, ou que Molière règle ses comptes avec l’ordre social. Et soudain, les yeux brillent.
75. Journaliste : Tu as évoqué des poèmes que tu écris. Un jour les publieras-tu ?
76. Étienne : Peut-être. Mais j’y tiens comme à des confidences. Ce sont mes silences entre deux cours, mes exutoires secrets.
77. Journaliste : Le numérique, c’est une extension ou une menace pour la littérature ?
78. Étienne : Les deux, comme tout outil. Il peut enfermer dans des bulles ou ouvrir à des écritures nouvelles. GMSavenue le prouve : la littérature se réinvente aussi en ligne.
79. Journaliste : Que penses-tu du “français inclusif” ?
80. Étienne : Il faut distinguer le combat social de la forme. Je crois à une langue hospitalière, qui ne blesse pas. Si l’écriture inclusive permet cela, alors elle mérite d’être entendue, discutée, pas moquée.
81. Journaliste : Quelle figure t’inspire le plus : l’écrivain, l’enseignant ou le médiateur ?
82. Étienne : Le passeur. Celui qui tend la main pour faire traverser un texte, une idée ou une émotion. Les trois rôles y contribuent.
83. Journaliste : As-tu un rituel avant de corriger une pile de copies ?
84. Étienne : Une infusion de gingembre et une citation motivante collée au coin du bureau. En ce moment, c’est : “Corriger, c’est écouter entre les lignes.”
85. Journaliste : Tes élèves savent-ils que tu écris sur eux, parfois, de façon anonyme ?
86. Étienne : Certains l’imaginent. Mais je suis discret. Ce sont des fragments d’humanité que je consigne, jamais des portraits entiers.
87. Journaliste : Une lecture qui t’a bouleversé récemment ?
88. Étienne : Notre part de nuit de Mariana Enriquez. Une traversée de l’horreur et de la tendresse. Magistral.
89. Journaliste : Si tu pouvais parler à l’adolescent que tu étais… que lui dirais-tu ?
90. Étienne : Continue à lire dans ton coin. Un jour, tu verras, ce sera ton métier. Et tu ne seras plus seul.
91. Journaliste : Tu as une définition personnelle de la littérature ?
92. Étienne : C’est une preuve d’existence. Tant qu’on raconte, qu’on écrit, qu’on lit, on résiste à l’effacement.
93. Journaliste : Tes plus belles découvertes sur GMSavenue, ce sont…
94. Étienne : Les écrivain·e·s en herbe qui ignorent encore qu’ils le sont. Ceux dont un commentaire révèle une profondeur inouïe.
95. Journaliste : Comment rêves-tu l’enseignement dans dix ans ?
96. Étienne : Moins vertical, plus collaboratif. Avec des classes qui lisent ensemble des forums, des blogs, des romans graphiques, et qui écrivent en choeur, pas juste pour une note.
97. Journaliste : Une citation qui te suit comme une ombre ?
98. Étienne : “L’art de la conversation est l’art d’écouter.” Ça s’applique au prof, au modérateur, à l’humain.
99. Journaliste : Un dernier mot, Étienne ?
100. Étienne : Merci à celles et ceux qui croient encore que les mots ont un poids, une chaleur, une force. Ils ne sauveront peut-être pas le monde, mais ils peuvent changer une vie. Et c’est déjà immense.
gmsavenue.com


