Wilfried Soédja Gnanvi incarne une figure singulière dans le paysage culturel et intellectuel contemporain, à la croisée de la communication internationale, de la littérature, de la musique et du théâtre.
Auteur du livre Un mental de vainqueur, il témoigne de la résilience et de la force intérieure face aux épreuves, inscrivant son écriture dans une démarche de transmission et d’espérance. Son engagement ne se limite pas au champ littéraire : compositeur et scénariste, il a contribué à des productions audiovisuelles telles que La famille de Chegoun ou Le rêve de Kadi, qui associent humour, pédagogie et sensibilisation. Sous le nom de Capitaine Christi, il explore également la dimension spirituelle de la musique, en proposant des chants porteurs de lumière et de foi.
Sa pièce Les oreilles du ciel illustre la profondeur de son regard sur la souffrance invisible et la quête de sens, en mettant en scène Mawulé, personnage en crise existentielle. À travers cette œuvre, Gnanvi interroge la capacité de l’art et du théâtre à devenir des instruments de guérison intérieure et de transformation spirituelle. L’ensemble de son parcours révèle une constante : l’art comme vecteur de valeurs, de foi et de résilience, au service de l’humain et de la société.
Cette interview revient sur les fondements de son itinéraire, ses influences, ses créations et ses projets à venir, en mettant en lumière la manière dont il conjugue foi, engagement et créativité pour proposer une œuvre plurielle, enracinée dans l’expérience personnelle mais ouverte à l’universel.
1. Pour un nouveau public qui vous découvre, qui est Wilfried Gnanvi ?
Réponse : Je suis un passionné d’art, de culture et de foi. Profondément attaché à la préservation de la famille comme base essentielle d’une société épanouie sur tous les plans — personnel, professionnel, religieux et autres —, j’utilise l’art pour transmettre des valeurs que j’acquiers au quotidien à travers la foi et l’amour de Jésus-Christ en qui je crois.
2. Votre parcours est marqué par une double formation en journalisme et en gestion hospitalière. Comment ces deux disciplines nourrissent-elles votre regard sur la communication et sur l’humain ?
Réponse : Ma première formation universitaire, celle en gestion hospitalière, m’a fait toucher des réalités humaines, souvent douloureuses. J’ai pu voir, à travers mes cours et mes stages, des situations complexes au cours desquelles la prise en charge des malades est une équation à multiples variables. Des situations humaines exposant parfois des comportements incompréhensibles et répréhensibles, soit du personnel soignant, soit de l’accompagnant du malade (époux, parents, etc.), soit du patient lui-même.
Ces situations diverses m’ont appris à ne pas blâmer l’être humain trop tôt, mais plutôt à chercher à comprendre et à explorer d’autres solutions d’ordre mental et émotionnel pour l’aider. Enfin, mes propres épreuves de santé — lors de mes études en gestion hospitalière à l’École nationale d’administration, j’ai cumulé quatre années d’arrêts scolaires en raison d’affections comme un sévère ulcère gastrique, une tuberculose ganglionnaire, des nuits cauchemardesques, des troubles du sommeil et autres — m’ont permis d’expérimenter la douleur humaine et d’être mieux outillé pour aider mes semblables confrontés à ces genres de situations.
Ma deuxième formation, celle en journalisme et communication, m’a permis avant tout de changer mon regard sur le monde, de ne plus prendre au premier degré les flux d’information distillés au quotidien à travers les médias et internet. Cette prise de conscience me permet aujourd’hui d’observer une distance critique face aux hommes, aux systèmes et autres. Ce positionnement social renforce ma capacité à exercer l’art, la culture et la littérature librement et objectivement. Aujourd’hui, je peux affirmer que je reste indépendant d’esprit face à tout courant politique, religieux et autre.
3. Vous êtes expert en communication pour une organisation internationale. Quelles compétences clés vous semblent indispensables aujourd’hui pour faire face aux enjeux de la communication globale ?
Réponse : La communication globale requiert avant tout une multidisciplinarité. En l’occurrence, un bon communicant à l’international doit savoir s’adapter à des contextes de communication digitale, production audiovisuelle, rédaction web, storytelling, création de contenus (photos, vidéos, affiches). Il ne s’agit pas d’être expert en tout, mais il est bénéfique d’être un touche-à-tout. Cela permet d’avoir un regard critique sur les productions faites par les équipes, le cas échéant.
Ensuite, pour exercer en contexte international, il est déterminant d’être prêt à apprendre constamment, à travailler en équipe avec un grand esprit d’ouverture et de partage. Enfin, la communication globale requiert la connaissance et la prise en compte constante des politiques et stratégies des pays et des partenaires — lesquelles sont consignées dans des documents clés — pour toute conception et mise en œuvre de stratégies et plans d’action, suivies de leurs évaluations.
4. Votre livre Un mental de vainqueur explore la force intérieure et la résilience. Qu’est-ce qui vous a inspiré à écrire cet ouvrage et quel message souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?
Réponse : La réponse à cette question est dans mon livre, que j’invite les lecteurs à aller lire pour mieux comprendre. Mais en bref ici, j’explique. J’ai écrit Un Mental de Vainqueur dans un contexte de chaos lors des épreuves de quatre ans que j’ai évoquées précédemment. Ne sachant pas si j’allais survivre ou non à cette série d’épreuves, j’ai été inspiré à laisser tout de même aux générations à venir un manuscrit positif, porteur d’espoir, capable de motiver, de transformer, d’impacter.
Miracle : j’ai pu retrouver de nouvelles forces juste à la fin de la rédaction du manuscrit, puis j’ai achevé mes études d’alors à l’ENA. Plus de 16 ans après, je suis toujours là par grâce de Dieu, plus impactant que jamais.
5. Vous êtes également compositeur et scénariste de productions télévisées en ligne (La famille de Chegoun, Le rêve de Kadi, Chaleur à Nasuba). Comment passez-vous de l’écriture journalistique à la création scénaristique ?
Réponse : C’est le même univers : l’écriture journalistique et la création scénaristique s’emboîtent parfaitement. De nature, je suis très passionné d’arts (théâtre, cinéma, musique…). En 2020, en plein épisode de Covid-19, j’ai eu l’opportunité de contribuer au projet Resicovid de la fondation suisse Graines de Paix, spécialisée dans les questions de culture de la paix et d’éducation à la non-violence.
J’ai aimé cette expérience, qui m’a conduit à écrire le sitcom La Famille de Chegoun, qui aborde la pandémie avec humour sous divers angles de sensibilisation. Cette expérience a consolidé mes relations avec Graines de Paix, pour qui j’ai écrit par la suite les séries Le Rêve de Kadi et Chaleur à Nasuba.
6. Sous le nom de Capitaine Christi, vous chantez des morceaux spirituels comme Je vivrai. Quelle place la musique occupe-t-elle dans votre démarche artistique et spirituelle ?
Réponse : La musique est mon violon d’Ingres, mais elle reste une activité très importante pour moi, car elle nourrit mon âme. Dans des moments délicats, quand je suis éprouvé, j’écris et je chante pour exprimer à Dieu mes émotions, mes préoccupations, mes prières. Et je retrouve ma paix intérieure.
Quand une situation obscure apparaît, j’écris des chants pour apporter de la lumière à mon âme et à celles des autres dans des cas similaires. C’est pourquoi je n’aime pas chanter triste. Si vous regardez sur YouTube mon clip Je vivrai, c’est une chanson que j’ai écrite au cours des épreuves de quatre ans, quand l’ombre de la mort m’assaillait. Un soir, j’ai prié pour mourir avant le lendemain. Mais à mon réveil, j’ai reçu cette inspiration qui a inversé cette courbe de la mort en l’inclinant vers la vie. Près de 15 ans plus tard, en 2025, j’ai réalisé et publié le clip vidéo.
7. Votre pièce Les oreilles du ciel met en scène Mawulé, un jeune homme en crise existentielle. Qu’est-ce qui vous a conduit à explorer le thème de la souffrance invisible et du silence de Dieu ?
Réponse : La question de la souffrance invisible est un sujet universel, difficile à aborder. Car ce sont des réalités invisibles, relevant de l’abstrait mais émotionnellement fortes. C’est en cela que c’est difficile, à la fois pour ceux qui les traversent et pour leur entourage.
Vous savez, lorsque la souffrance est physique — un accident, une brûlure, une maladie par exemple —, l’entourage voit et compatit autant que possible. Par contre, lorsque la souffrance est émotionnelle, la victime souffre, esseulée ; même son entourage ne comprend pas, et cela la détruit davantage émotionnellement. Cela conduit certains au pire : surmenage, folie, suicide et autres…
Ma pièce Mawulé est un miroir pour les personnes victimes de souffrance invisible, ainsi que pour leur entourage. Elle permet à toutes les parties prenantes de se regarder véritablement et de s’interroger sur leurs responsabilités. Mais au-delà de tout, Mawulé invite ses lecteurs à garder en mémoire qu’il faut faire preuve de patience face à toutes les situations de la vie, et apprendre des leçons existentielles pour les missions du futur.
8. Le personnage de Mawulé trouve dans la prière et la musique un refuge. Est-ce une transposition de votre propre expérience ou une métaphore universelle que vous souhaitez partager ?
Réponse : Je répondrai à cette question seulement en présence de mon avocat (sourire). Plus sérieusement, mes réponses aux questions précédentes donnent aux lectrices et lecteurs des éléments de réponse clairs.
9. La pièce interroge la transformation spirituelle à travers l’épreuve. Pensez-vous que l’art, et particulièrement le théâtre, peut être un outil de guérison intérieure ?
Réponse : Bien sûr que oui ! Le théâtre est un excellent outil de guérison intérieure. La littérature et l’art en général permettent d’exposer des faits existentiels et d’aider les humains à s’identifier aux personnages et à méditer sur leurs propres situations.
Car c’est un grand soulagement de réaliser que l’on n’est pas seul dans sa situation, et qu’avant soi, d’autres sont passés par là et ont pu transcender les difficultés pour trouver des raisons de vivre, de ne pas abandonner.
10. Vous conjuguez foi, engagement et créativité. Comment parvenez-vous à équilibrer ces trois dimensions dans vos différents projets ?
Réponse : Je dois ma capacité à équilibrer ces trois dimensions à ma source d’énergie : Dieu. Sans cette force, cette lumière, il m’est impossible de faire quoi que ce soit. Je pratique une vie de méditation et de prière permanentes, en analysant la société et les relations humaines sous le prisme des récits bibliques et d’inspirations.
11. Quels sont vos prochains projets littéraires, musicaux ou scénaristiques ? Peut-on s’attendre à une continuité autour des thèmes de la foi et de la résilience, ou à une ouverture vers de nouveaux horizons ?
Réponse : J’ai enregistré trois nouvelles chansons il y a quelques mois. Mes charges professionnelles ne m’ont pas permis d’organiser leur publication pour le moment ; je le ferai en temps opportun.
S’agissant de la littérature et du cinéma, j’écris en continu de nouvelles œuvres, c’est mon passe-temps favori. Des surprises arrivent dans quelques mois, dans quelques années. Puisse Dieu nous prêter vie !
BARCELONE – Daouda Diabaté Présente son album « A New Day » [EXCLUSIF]



1 Comment
WETOHOSSOU Emmanuel
6 avril 2026Bravo champion ! Tu es un talent sûr. Plein succès à toi.