I. Le président éternel
Paul Biya est l’un des dirigeants les plus anciens du monde. Président du Cameroun depuis 1982, il incarne une longévité politique exceptionnelle. À 93 ans en 2026, il est devenu une figure presque mythologique : un homme dont la présence au pouvoir semble défier le temps.
Mais cette longévité soulève une question cruciale : jusqu’où peut aller un pouvoir sans transition crédible ? Le Cameroun, pays riche en diversité culturelle et en ressources naturelles, est prisonnier d’une continuité qui inquiète autant qu’elle rassure.
II. Le Cameroun, mosaïque fragile
Le Cameroun est souvent décrit comme « l’Afrique en miniature », en raison de sa diversité géographique, culturelle et linguistique. Mais cette richesse est aussi une source de fragilité. Les tensions anglophones, les rivalités ethniques, les crises économiques et sécuritaires pèsent sur la stabilité.
Dans ce contexte, la longévité de Biya est perçue comme une garantie de continuité. Mais elle est aussi critiquée comme un obstacle à l’innovation politique. Le pays est figé dans une gouvernance qui semble incapable de préparer l’avenir.
III. La longévité comme force
La longévité politique peut être une force. Elle permet de consolider des projets, de donner une direction claire, de stabiliser les institutions. Biya a incarné cette stabilité, évitant les coups d’État et les ruptures brutales qui ont marqué d’autres pays africains.
Son expérience, sa connaissance des équilibres internes et externes, sa capacité à négocier avec les partenaires internationaux sont des atouts. Le Cameroun, sous sa présidence, a maintenu une certaine continuité.
Mais cette force est aussi une faiblesse : elle engendre l’usure, la lassitude, la contestation.
IV. La jeunesse en attente
Le Cameroun est un pays jeune : plus de 65 % de sa population a moins de 30 ans. Cette jeunesse, dynamique et connectée, aspire à participer pleinement à la vie politique.
Mais elle se heurte à une gouvernance vieillissante, centrée sur la continuité. Les jeunes Camerounais veulent des opportunités, une démocratie vivante, une transition crédible.
La longévité de Biya devient un paradoxe : elle rassure certains, mais elle frustre une génération entière.
V. Les crises anglophones
Depuis 2016, le Cameroun est confronté à une crise majeure dans ses régions anglophones. Les revendications de marginalisation ont conduit à des tensions, des violences, des séparatismes.
La gestion de cette crise illustre les limites de la longévité. Biya, en privilégiant la répression et les compromis partiels, n’a pas réussi à apaiser durablement la situation.
La transition crédible est nécessaire pour résoudre ces crises. Sans elle, la longévité devient un facteur d’instabilité.
VI. L’économie et la gouvernance
Le Cameroun possède des ressources naturelles importantes : pétrole, gaz, agriculture. Mais l’économie reste fragile, marquée par la corruption et la mauvaise gestion.
Biya a maintenu une certaine croissance, mais sans transformation profonde. Le pays reste dépendant des exportations, et les inégalités persistent.
La gouvernance, centrée sur la continuité, peine à répondre aux défis contemporains. La longévité ne suffit pas à assurer la prospérité.
VII. La diplomatie de la continuité
Biya est aussi une figure diplomatique. Sa longévité lui confère une stature internationale. Il est respecté pour son expérience, sa capacité à maintenir des relations avec divers partenaires.
Mais cette diplomatie est centrée sur la continuité. Elle ne prépare pas l’avenir. Le Cameroun doit inventer une nouvelle voix, capable de répondre aux défis régionaux et mondiaux.
La transition crédible est nécessaire pour renouveler cette diplomatie.
VIII. Les résistances internes
Toute tentative de transition se heurte aux résistances internes. Les élites politiques et économiques, liées au président, craignent de perdre leurs privilèges. Les institutions, fragiles, peinent à imposer une alternance.
Biya, en restant au pouvoir, a repoussé indéfiniment la question de la relève. Mais cette stratégie comporte un risque : celui de voir la transition se faire dans la crise plutôt que dans la sérénité.
La longévité, sans transition crédible, devient un piège.
IX. Le regard continental
Le Cameroun est observé avec attention par ses voisins. La longévité de Biya est exceptionnelle, mais elle pose une question universelle : jusqu’où peut aller un pouvoir sans transition crédible ?
Certains pays ont choisi la rupture brutale. D’autres tentent la transition douce. Le Cameroun, avec Biya, se situe dans une continuité qui inquiète.
Le continent attend de voir si le Cameroun peut inventer un modèle de transition qui respecte la longévité tout en ouvrant la voie à l’avenir.
X. Entre continuité et vertige
La longévité politique est une réalité en Afrique. Elle peut être une force, mais elle peut aussi être une faiblesse. Paul Biya incarne cette tension : entre la stabilité qu’il a apportée et la nécessité de préparer la relève.
La question posée – jusqu’où peut aller la longévité politique sans transition crédible ? – reste ouverte. Mais elle est désormais urgente. Car la jeunesse camerounaise, comme celle du continent, ne veut plus attendre indéfiniment.
Biya peut choisir de transformer sa longévité en héritage positif, en préparant une transition inclusive et apaisée. Ou il peut choisir de prolonger indéfiniment son pouvoir, au risque de voir la relève se faire dans la crise.
L’histoire jugera. Mais une chose est certaine : la longévité, pour être légitime, doit devenir transmission.


